dimanche 31 janvier 2010

La Tombe des lucioles

Akiyuki Nosaka

Editions Philippe Picquier
Traduit du japonais par Patrick De Vos
Illustrations de Nicolas Delort
Paru en Novembre 2009
91 pages
13 euros

Quatrième de couverture: Avant de devenir le célèbre dessin animé de Takahata Isao, La Tombe des lucioles est une oeuvre magnifique et poignante de l'écrivain Nosaka Akiyuki.L'histoire d'un frère et d'une soeur qui s'aiment et vagabondent dans l'enfer des incendies tandis que la guerre fait rage ; une histoire qui est celle que Nosaka vécut lui-même, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Le traducteur, Patrick De Vos, décrit son écriture comme un brassage de toutes sortes de voix, de langues, la plus vulgaire comme la plus classique, où se déverse par coulées enchaînées les une aux autres le flot ininterrompu des images." Ce sont ces images que l'illustrateur Nicolas Delort fait naître, avec un réalisme stupéfiant, elles restituent toute la profondeur dramatique de cette période, la tendresse des liens qui unissent les deux enfants, l'intensité poétique et visionnaire du texte de Nosaka. Un accord texte-images d'une déchirante beauté.




Photos Copyright Droits Réservés Nicolas Delort/ Editions Picquier

Quand j'ai vu ce bel ouvrage étalé au rayon de ma librairie, je n'ai pu résister à la magnifique couverture. Je n'ai jamais vu le film Le Tombeau des lucioles et à vrai dire je ne regrette pas d'avoir lu le texte qui en découle avant de voir le film d'animation. La Tombe des lucioles est un texte poignant, plongeant dans la tourmente deux enfants, un frère et une soeur en pleine guerre. Juin 1945, Seita se retrouve orphelin de mère, et doit veiller sur sa petite soeur Setsuko. Ils ont faim et après la terrible déflagration de leur quartier, ils ne savent plus où aller pour se protéger de la guerre qui fait rage. Les B29 ne laissent aucun moment de répis. Une tante lointaine les recueille mais cela se fait avec des brimades, des reproches et Seita, adolescent débrouillard va se réfugier dans une grotte appelée la tombe des lucioles car la nuit, celles-ci éclairent les cauchemars de la petite Setsuko. Mais cette étrange lumière est bientôt rattrapée par les horreurs d'une guerre qui est loin d'épargner des enfants innocents et apeurés...

Tout d'abord, il faut savoir que l'auteur a vécu cet épisode, qui nous est raconté avec rigueur, amertume et mélancolie. L'auteur a perdu sa petite soeur dans la guerre et ce texte est comme une sorte d'expiation au fait que lui s'en soit sorti et pas elle. Un texte court dont l'intensité est émouvante et vibrante d'émotions. L'intention de Nosaka Akiyuki n'est point de nous larmoyer pourtant, ici, il rend un hommage puissant à tant d'autres enfants qui ont péri de faim, de solitude, de soif et de maladie, qui sillonnant les rues du Japon, ont vu les bombes, les cadavres et plus petits qu'eux mourir. Que faire parmi tant de misère quand l'on sait au fond de soi que notre tour viendra, sentant l'estomac gargouillé et la souffrance ? La Tombe des lucioles c'est cette histoire vraie, un témoignage de l'auteur accompagné d'illustrations au réalisme saisissant par les traits des personnages, la qualité des couleurs. Un contraste étrange entre un texte sombre et des illustrations éclatantes de vie, pleines de lumière comme pour mieux rappeler la survie de Nosaka Akiyuki, son combat contre la culpabilité. On ne ressort pas indemne de cette lecture, de ces dessins évocateurs et expressifs, on en a les larmes aux yeux. On pourrait se dire que Nosaka Akiyuki a écrit là un conte de guerre éclatant de verve et de sensibilité, hélas quand on pense que cela s'est produit, on ne peut s'empêcher d'avoir une boule dans la gorge. Une lecture que je n'oublierais pas...

Voir les illustrations de Nicolas Delort ici

jeudi 28 janvier 2010

Dreamworld

Sire Cedric (Site officiel)

Le Pré aux Clercs
Paru en Novembre 2009
282 pages

RENTREE LITTERAIRE 2009

Quatrième de couverture : Il y a, dit-on, un autre monde… Le monde des rêves, oui. Là où vivent les esprits de ceux qu’on a aimés. Là où vivent les anciens dieux, dans une ville cachée dans les couleurs de l’arc-en-ciel…Et là où attendent, aussi, nos plus terrifiants cauchemars. Certains peuvent le voir, cet autre monde. Ce sont les enfants, les poètes, les fous, les suicidés, les amoureux désespérés. Ou simplement ceux qui ont refusé de fermer les yeux en grandissant. Car on dit aussi que la magie existe tant qu’on croit en elle. Et surtout, qu’il n’est jamais trop tard pour la faire renaître… Avec ce recueil de nouvelles, nous sommes invités au voyage. Un voyage en neuf tableaux, des versants les plus lumineux de l’innocence jusqu’aux ténèbres les plus abyssales, là où, à la lisière de la conscience, les visions cauchemardesques prennent corps. Une plongée saisissante dans l’univers onirique d’un jeune écrivain talentueux.
A propos de l’auteur : Musicien et écrivain, Sire Cédric est un acteur incontournable de la scène gothique française. Son dernier roman, L’Enfant des cimetières, paru au Pré aux Clercs, a été reçu avec enthousiasme par les lecteurs et par la presse.

Lorsqu’Ulike m’a proposé cet ouvrage, j’étais en terrain inconnu. L’Enfant des cimetières m’avait interpellé, je me rappelais en avoir entendu parler. Puis le nom de l’auteur, Sire Cédric est comme entouré d’une sorte d’aura mystérieuse ! Pourquoi Sire ? Pensant qu’il cultivait l’énigmatisme, je ne me doutais pas dans quel univers j’allais tomber. Je vais sur son site internet et là je découvre qu’il est un acteur incontournable de la scène gothique. Ca devient intéressant ! Je ne sais pas vous mais moi la scène gothique française, rien ne me vient à l’esprit hormis la couleur noire sans doute. Même pas peur ! Je commence la lecture de Dreamworld avec une première nouvelle intitulée Cross Road. Ca me plaît, je suis fascinée par le style d’écriture, l’histoire d’un autre monde, celui de la magie, empreint de pensées terrifiantes. La deuxième nouvelle Cauchemars, rajoute à mon angoisse et précisément c’est à ce point de la lecture que l’on commence à saisir l’univers proposé par l’auteur.
Terreur, horreur, fantastique, les mots sont faibles pour parler de ce recueil de nouvelles impressionnantes par ses images. La puissance de la langue française est ici au service de la peur, révélant l’auteur comme un fin poète, entre lyrisme et onirisme. Lyrisme des thèmes que l’on retrouve dans les nouvelles : la mort, l’amour impossible, le suicide, le sang. Poésie dans l’esprit de l’auteur : les protagonistes sont torturés, soumis à des visions cauchemardesques, parfois fous, croyant à un univers, celui où rôde les esprits, les elfes, les anges, des créatures qui prennent vie dans une conscience vampirisée. Les images sont sublimées, les mots sont porteurs de sensations. L’écriture est incroyable de vivacité et d’énergie. Tout ceci révèle un univers gothique riche: cimetière, forêts bordent en leurs seins des créatures terrifiantes et mythiques : des maras guettant l’éclipse de lune pour s’introduire dans les rêves d’enfants et les dévorer.

Ce qui est appréciable dans ce recueil c’est la diversité des histoires mettant tour à tour en scène des enfants, des frères, des mères inquiètes, des femmes énigmatiques, des auteurs déchus, des suicidés, des férus de dragons. Diversité aussi dans les genres : on croisera des elfes, des anges, des dieux babyloniens. L’univers de l’auteur est foisonnant, inspiré par des grands maîtres du fantastique : je n’ai eu aucun mal à croiser l’influence de Clive Barker dans Cauchemars. Mais il y a un je ne sais quoi qui me contrarie. C’est certainement Muse qui a dû me rebuter, où le sexe prend une place exacerbée, se mêlant excessivement au sang, aux substances corporelles. Elle pourrait en choquer plus d’un lecteur qui ne serait pas habitué à rencontrer un univers aussi étrange et violent. Et pourtant Sire Cédric aura su toucher mon âme de lectrice, avec ce côté un brin tourmenté et complètement halluciné. Car si ma réticence était présente, elle tend à disparaître, noyée dans le flot incessant et puissant des actes et des images, plongeant ainsi dans l’extase son coupable lecteur.

Chaud ou froid, les nouvelles plongent le lecteur dans un monde où le rêve devient flou, se mêlant intimement à une réalité noire, empreinte de désespoir. On notera ce romantisme mélancolique, des sentiments désavoués intimement liés aux cauchemars. Un univers qui a son charme. Je ne savais pas que le gothique pouvait être empreint d’une telle sensibilité. Tout n’est pas sexe, sang, drogue. Sire Cédric nous le prouve avec ce recueil qui ne peut laisser indifférent tant les résonnances sont fortes à nos propres interrogations, conférant à l’ensemble une dimension spirituelle non négligeable.

A découvrir donc ! Pour ma part je suis prête à lire L’Enfant des cimetières, mais attention toutefois ce genre d’univers, tout comme celui dans lequel s’inscrit l’auteur n’est pas accessible à tout le monde et je suis passée par nombre de sentiments contradictoires, entre attirance et rejet, entre différentes opinions mais au final je ne regrette pas. Je remercie d’ailleurs l’équipe d’Ulike pour cette réelle découverte.

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des sites de la rentrée littéraire ! Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.
Retrouvez le profil et des infos sur cet auteur sur Ulike ICI

mardi 26 janvier 2010

Night World Tome 2

Les soeurs des ténèbres

Lisa Jane Smith

Michel Lafon
Traduit de l'anglais par Florence Mantran
Paru en Janvier 2010
316 pages
14,95 euros

Romans Ados à partir de 14 ans
Genre: Fantastique, Bit-lit

Quatrième de couverture: Le Night world ne se limite pas à un endroit précis.Il nous entoure. Ses lois sont très claires : sous aucun prétexte son existence ne doit être révélée à qui que ce soit d'extérieur. Et ses membres ne doivent pas tomber amoureux d'un individu de la race humaine. Sous peine de conséquences terrifiantes. Découvrez ce qui arrive à ceux qui enfreignent les règles... Les soeurs des ténèbres. Il y a quelque chose d'étrange chez les trois filles, Rowan, Kestrel et Jade, qui emménagent dans une maison en ruine à côté de chez Mary-Lynnette et Mark Carter.Celui-ci développe d'ailleurs un amour obsessionnel pour Jade. Les trois soeurs ont une grâce presque surnaturelle et semblent cacher un lourd secret. Un soir, leurs voisins décident de les suivre dans les bois et se retrouvent témoins d'un spectacle effrayant : elles sont en fait des fugitives du Night World et sont traquées par leur frère Ash. Leur assaillant est impitoyable, terriblement beau, et il ne reculera devant rien pour ramener ses soeurs dans son monde des ténèbres.Et quand il s'aperçoit de la présence de Mary-Lynnette, il décide de l'emporter, elle aussi...

Trois soeurs, Kestrel, Jade et Rowan se rendent à Briar Creek, rejoindre leur tante...Epuisées, affamées, elles ont quitté leur famille, leur île. Issues du Night World, les trois soeurs ont décidé de fuir ce monde à part. Mais Ash, le frère ne l'entend pas de cette oreille. Il souhaite à tout prix ramener ses soeurs, surtout qu'elles ont enfreint les règles des Anciens et qu'elles risquent d'y perdre la vie. Arrivées sur les lieux, les filles découvrent le corps de leur tante...gisant avec un pieu dans le coeur. Quelqu'un à Briar Creek aurait-il eu vent de l'existence des vampires ? Cette nuit-là Mary-Lynnette observe les étoiles mais son attention est détournée par une lumière. C'est sa voisine qui doit accueillir ses nièces. Trois belles jeunes filles qui attisent la curiosité de Mary-Lynnette alors que son frère Mark n'y prête aucun intérêt. Mais la jeune humaine s'aperçoit que quelque chose cloche, les nièces présumées semblent enterrer un corps...

Le tome 2 Les soeurs des ténèbres est bien meilleur que le tome 1 Le secret du vampire. Et pour cause. L'histoire est moins banale, plus croustillante, allant de suspense et offrant au lecteur, une littérature bit-lit pure et dure. Faites place aux loups-garous, ils débarquent dans le Night World et ils cachent drôlement bien leur jeu. Qu'est-ce qu'on peut dire sur ce nouveau roman ?

L'auteur suit une certaine cohérence. James Rasmussen est évoqué brièvement par son délit, transformer une humaine et l'initier au Night World, ceci pour mettre en garde Ash (que l'on trouvait dans le tome 1) un personnage qui va prendre de l'ampleur dans le tome 2 puisque lui-même se trouve confronté à son âme soeur qui, vous l'aurez deviné, n'est autre que l'humaine du bouquin: Mary-Lynnette. Il y a donc une certaine continuité que j'ai apprécié. Le lecteur n'est pas complètement déconnecté du tome 1. Le cadre est plus recherché avec des descriptions plus poussées : les bois, la petite ville de Briar Creek, n'est pas sans rappeler Forks de Twilight, d'où peut-être l'arrivée des loups-garous !!!! Avec un premier chapitre alléchant, Lisa Jane Smith a su d'emblée attiser la curiosité. Il faut dire aussi que les personnages ont un peu plus de consistance. Petit à petit, Les soeurs des ténèbres n'est plus seulement un roman vampirique, une enquête semble se construire autour de la mort de la tante des trois soeurs. On se pose des questions: y-a t-il un chasseur de vampires à Briar Creek, d'autres vampires qui espionnent les soeurs... ? Pour toutes ces raisons, cette lecture m'a plu. Mais là encore nous n'avons pas affaire à de la grande littérature, juste un bon roman de bit-lit, bien prenant, sympathique, auquel on se laisse prendre au jeu et à l'histoire entre Ash et Mary-Lynnette, mais aussi celle de Mark et Jade...Un bon moment.

Les avis enthousiastes de Esmeraldae, Celsmoon

Je remercie vivement Silvana et les éditions Michel Lafon pour l'envoi du roman.


In the air

Walter Kirn

Michel Lafon
Traduit de l'anglais par Nathalie Bru
Paru en Janvier 2010
269 pages
18,95 euros

Quatrième de couverture: Depuis des années, Ryan Bingham ne touche plus terre : son boulot - il se charge d'organiser des licenciements - le conduit d'entreprise en entreprise, de chambre d'hôtel en chambre d'hôtel, d'aéroport en aéroport.Il ne supporte plus son métier, n'a plus de maison, plus d'épouse, plus d'attache familiale, et ne se sent chez lui que dans le cocon d'une cabine pressurisée, face au sourire d'une hôtesse de l'air ou à un plateau-repas mal réchauffé. Son but dans la vie : accumuler un million de miles sur sa carte de fidélité d'une compagnie aérienne. Il y est presque, mais des turbulences pointent à l'horizon... D'une plume décapante qui dénonce avec talent et humour l'inhumanité croissante du monde du travail, Walter Kirn décrit l'implacable descente aux enfers d'un homme qui a la tête dans les nuages.
A propos de l'auteur: Critique littéraire à Time et Vanity Fair, Walter Kirn écrit régulièrement pour les plus prestigieux journaux américains.Le film tiré de son livre a été réalisé par Jason Reitman (Juno), et George Clooney incarnera Ryan Bingham, le personnage principal.


In the air, roman tout fraîs, dont le film sortira demain en salles (27/01/2010) et dont l'acteur principal George Clooney ne sera pas de trop pour promouvoir un film dont je doute qu'il cassera les taux d'audience. Ceci étant dit, le film pourrait mettre en valeur un roman qui a quelques lacunes sur le plan littéraire. Je serais du même avis que Brize, l'écriture est plate, fade. On s'ennuie. On cherche un sens à la vie de cet homme Ryan Bingham dont la tâche de consultant en management le déprime et le conduit à avoir une vie totalement organisée par les rendez-vous et un agenda serré mais qui au final nous paraît désarticulée voire chaotique.
Pas d'enfants, pas de femme, pas de maison, Ryan est un homme nomade qui accumule les miles (points de fidélité sur sa carte de transport aérien) et les kilomètres, sillonnant l'Amérique, allant de rencontres en rencontres, sans toutefois se lier avec les gens. On s'ennuie presque, nous qui pensons qu'une vie faite d'hôtels, de salons et d'aéroports pourrait être palpitante. Il n'en est rien et l'auteur gagne en crédibilité notamment dans les dialogues et un certain cynisme de la part du personnage principal. Désabusé, il s'interroge derrière le hublot d'un avion.
Je m'attendais à une réflexion plus poussée sur le monde du management, les impitoyables licenciements, s'attendant à une vraie critique du monde du travail. Elle y est mais reste inaccessible par des dialogues où l'on se perd, et une vision des choses vraiment très américaine. Je me suis perdue dans toutes les références aux magazines américains.
Par contre j'ai trouvé un intérêt à tout ceci car en lisant le roman et à travers le personnage de Ryan, l'auteur nous donne à voir le profond désarroi d'un homme qui a perdu en quelque sorte ses repères. Il n'aime plus son travail, ses relations humaines sont dépourvues d'authenticité: il rencontre les gens, discute un moment avec eux le temps du trajet, prend des rendez-vous avec des femmes mais il ne ressent pas grand chose. Non pas qu'il n'aime pas les gens, mais son boulot, ses incessants voyages l'ont complètement déconnecté de la réalité, de la vie auprès des gens. Et c'est intéressant de voir cette déconnexion, ce décalage entre les gens normaux, qui ont une vie tout à fait banale (femme, enfants, maison) et lui qui se sent "à part", hors de tout ça car finalement le seul lieu où il se sent bien c'est à l'aéroport. Flippant non ? Le lieu même où les gens ne font que se croiser. J'ai bien aimé aussi le fait qu'il lise des guides de conversation ou Enrichir son vocabulaire pour l'aider à communiquer justement, c'est très drôle et ceci rajoute à l'ironie de sa situation lui qui est en management, il devrait avoir le contact humain facile et ne pas se poser de questions sur "comment aborder la discussion avec mon voisin".

Même si ce n'est pas un de mes romans préférés, il a suscité nombre de réactions et de réflexions et je trouve que rien que pour cette bonne raison, il faut le lire. Si Brize, et beaucoup d'autres comme moi se sont ennuyées, je suis sûre qu'il trouvera des lecteurs à qui il correspondra. Je remercie Silvana et les éditions Michel Lafon pour l'envoi.

dimanche 24 janvier 2010

Aya de Yopougon Tome 5

Marguerite Abouet (Auteur)
Clément Oubrerie (Illustrateur)

Gallimard
Collection Bayou
Paru en Novembre 2009
106 pages
16,50 euros
BD Tout public

Je connais la Bd Aya de Yopougon grâce aux nombreux billets consacrés sur cette série : Girl from earth, Enna, Cathulu, et retrouvez des avis sur les précédents tomes, Theoma, Florinette (et j'en oublie bien d'autres j'en suis sûre) mais je ne l'ai jamais lu. Lorsque Véronique des éditions Gallimard me l'a proposé; je me suis dit pourquoi pas. Découvrons cette BD. J'avais un peu peur de ne rien comprendre prenant la série en cours de route mais c'était compter sans l'extrême clarté du scénario et l'énergie avec laquelle on rentre d'emblée dans cet univers.

Afrique. Côte d'Ivoire. Abidjan et le quartier de Yopougon. Là où vivait dans les années 1970 l'auteur Marguerite Abouet. Forte de ses souvenirs d'enfance, Aya de Yopougon révèle la vie quotidienne africaine et jette un regard plein de vivacité et de naturel sur ce quartier, loin de tous les clichés médiatiques. J'ai beaucoup aimé. Non seulement parce que je ne me suis pas perdue, bien que lisant le tome 5, on s'attache facilement à Aya, à ses copines Adjoua et Félicité, enlevée par son père pour cause de traditions locales (se voir mariée de force !) et surtout un de mes personnages préférés Innocent, qui "se cherche à Paris", coiffeur homosexuel vivant dans une petite chambre. Innocent s'aperçoit que la vie à Paris n'est pas si belle...pendant ce temps là à Abidjan on plonge dans des histoires de familles aussi insolites qu'authentiques; compliquées et drôlatiques comme la présentation de la petite amie d'Albert à la famille, la liaison de Mamadou, le changement vestimentaire d'Hervé et Aya qui veut à n'importe quel moyen récupérer Féli des griffes de son père. Il y a aussi les Sissoko (alors eux vraiment ils me font trop rire) qui cherchent leur fils Moussa, devenu faiseur de bonnes actions dans les villages africains... Ce tome 5 aborde beaucoup de thèmes importants dans la vie quotidienne africaine: le poids des traditions, la vie religieuse et l'émergence de groupes spirituels prophéteurs de miracles, guérisseurs par la volonté de Dieu. Réalité qui est bien ancrée au sein des quartiers africains et qui donne un éclairage intéressant dans ce domaine. J'oubliais les petits bonus ivoiriens: recette de cuisine, glossaire des expressions et explication plus précise sur les petits groupes religieux, nouveaux gourous du christianisme.

Aya de Yopougon
est une Bd originale, pleine de vivacité et d'esprit, notamment grâce à des dialogues truculents, des proverbes africains qui donnent le fou rire, un langage africain imagé et rempli de soleil. Les illustrations quant à elles sont magnifiques, entre réalisme et esthétisme, fines et colorées, vraiment attractives et qui retranscrivent avec bonne humeur cet esprit enjoué de la série. Aya de Yopougon ce sont des situations cocasses comme celle où Innocent veut aller chasser le pigeon pour préparer un bon repas à Sébastien. Bref j'ai beaucoup ri et j'ai passé un excellent moment de lecture. Une très belle découverte qui me donne envie de lire les précédents tomes et de poursuivre les aventures d'Aya, surtout que la fin de la BD me laisse en plein suspense... Aya amoureuse???


Un grand merci à Véronique et aux éditions Gallimard pour l'envoi.

vendredi 22 janvier 2010

Quand le danger rôde

La communauté du Sud Tome 1

Charlaine Harris

Editions J'ai Lu
Traduit de l'américain par Cécile Legrand-Ferronnière
Paru en Octobre 2009
314 pages


Quatrième de couverture: Les vampires vivent désormais parmi les humains grâce à un substitut leur permettant de se nourrir sans tuer.Mais la méfiance règne toujours à Bon Temps, petite ville de l'Amérique profonde. L'arrivée de Bill, ténébreux vampire du me siècle va bouleverser la vie de la jeune serveuse télépathe, Sookie, d'autant qu'une vague de crimes s'abat sur la ville.
A propos de l'auteur: Charlaine Harris a publié de nombreux romans avant de se hisser parmi les plus grands auteurs de best-sellers américains.Ses romans ont atteint la consécration en inspirant True Blood la série TV d'Alan Ball, diffusée en France par Orange Cinémax.


Sookie Stackhouse est une jeune serveuse de 25 ans qui travaille au Merlotte. Télépathe, ses journées ne sont pas de tout repos lorsqu'on songe qu'elle peut entendre les pensées les plus perverses et vicieuses des habitants de la petite ville de Bon Temps, Louisiane. C'est le cas ce soir où un couple la prend pour une débile profonde...Les gens ne pensent qu'au sexe et cela exaspère Sookie, elle qui respire l'innocence et la fraîcheur. Un inconnu entre au bar. Sookie semble capter son regard et elle comprend vite qu'elle a affaire à son premier vampire. Très vite il se fait remarquer par son attitude austère, son aura mystérieuse. A peine l'a t-elle servi que celui-ci est happé par le couple pas très catholique et...disparaît en leur compagnie...


Ce tome 1 reprend la saison 1 de la série True Blood. On note énormément de différences avec la série notamment au niveau des personnages. Le livre quant à lui reste axé autour des deux personnages principaux : Sookie Stackhouse et Bill Compton le vampire. Ca détonne sec comparé aux romans qui sortent en jeunesse ! Charlaine Harris développe un univers riche en actions. Tout d'abord dans La communauté du Sud, les vampires et les humains vivent ensemble, en toute citoyenneté, ces derniers s'alimentant grâce à du sang synthétique du nom de True Blood. Bill Compton fait partie des vampires qui veulent s'intégrer à la société des humains, ligne de conduite prônée par la Ligue. Mais à Bon Temps les vampires ne sont pas les bienvenus et sont considérés comme des monstres assoiffés de sang humain. C'est le cas de Sam Merlotte, le patron de Sookie, principal rival de Bill et c'est peu dire puisqu'il est fou amoureux d'elle. Ce tome 1 met en scène Sookie, ses pensées, son don de télépathe qui lui joue des tours, sa rencontre avec Bill. Les deux personnages tombent amoureux et le roman manipule avec ingéniosité les différents soucis qui peuvent survenir au cours d'une relation mal vue, une relation entre une humaine et un immortel. Un décalage équivoque entre Sookie, fille de notre époque et Bill né au XIXe siècle et qui a participé à la guerre de Sécession! Sookie est une fille intelligente. J'aime beaucoup l'évolution de son personnage, sans être naïve, elle a des répliques cinglantes mais parfois assez farfelues. Bon Temps devient le théâtre de meurtres de jeunes femmes, dont toutes ont eu des relations sexuelles avec des vampires. Jason, le frère de Sookie est suspecté, étant l'amant des jeunes femmes. Sookie va devoir user de ses pouvoirs afin d'innocenter son frère. Grâce à sa rencontre avec Bill, elle va faire la connaissance d'Eric, un vampire viking qui semble comme intrigué par la jeune fille. Charlaine Harris utilise le suspense à bon escient et ça marche. Une lecture sans prise de tête, des vampires à double tranchant, une héroïne attachante... ce tome 1 ne peut qu'inciter à vouloir lire la suite.

Je ne saurais que trop conseiller de lire le roman avant de regarder la série et cela pour une raison évidente de comparaison. Cette lecture m'a frustré parce que j'ai découvert la série avant le roman et j'étais complètement perdue dans l'histoire, trop occupée à chercher les différences avec les épisodes. J'ai adoré ce tome 1 si bien que j'ai toute la série La communauté du Sud, et je pense que ce souci de décalage entre le roman et la série s'estompera au fil des autres tomes. Un début prometteur. Je n'ai qu'une hâte, connaître la suite des aventures de notre jeune Sookie...

Dîners à Bollywood

50 Recettes salées, sucrées, épicées, enamourées

Recettes de Dramandra Khassar
Textes de Séverine Souard

Photographies de Mathilde de L'Ecotais
Stylisme de John Bentham
Editions Minerva
Collection Kitsch'n
Paru en Octobre 2006
121 pages
25 euros

Quatrième de couverture: Quand un amoureux pour faire sa cour joue des sortilèges de la cuisine indienne, c'est avec des mets assez délicats pour un palais que trop d'épices effaroucheraient, mais avec ce qu'il faut d'exotisme pour charmer les papilles et de mise en scène pour éblouir la belle. Le flamboyant Dramandra Khassar vous propose 50 recettes indiennes, salées et sucrées. Alors transformez votre salon en palais bollywoodien, sortez les saris et jouez vos dîners en technicolor.

Lu dans le cadre du Club de lectures sur le thème Cuisine et délices, ce très bel ouvrage met en scène la cuisine indienne sous des plus beaux atours: son côté kitsch et très épicé. Les photos qui ornent les recettes sont friandes de couleurs, de volupté, tout droit sorties des films Bollywood. C'est une histoire d'amour qui se joue dans ce livre de cuisine pas commes les autres! De la rencontre aux fiançailles, en passant par la présentation des amoureux aux amis et la première dispute, l'auteur des recettes Dramandra a concocté une série de repas pour sa belle occidentale. Séduire par la cuisine indienne, par des senteurs pimentées, des parfums à l'eau de rose, tel est l'objectif de cet ouvrage. Cuisine et amour font bon ménage. Venez goûtez le lassi à la rose ou un chutney de mangue délicieusement fondant sous la langue. Originalité des mets, originalité de la mise en scène et photos époustouflantes, superbement mises en valeur par un photographe talentueux, voilà ce que nous offre Dîners à Bollywood. J'ai pu essayer quelques recettes notamment le lassi à la rose, mais sachez dores et déjà que les recettes sont assez compliquées à réaliser et s'adressent à des experts voire à des cuisinières confirmées. Apprentis, ne débutez pas avec les recettes proposées à moins que l'amour ne vous donne des ailes... Mais que ceci ne gâche en rien le plaisir de parcourir ce livre: qualité de la mise en page et qualité du texte le rendent unique en son genre. Il séduira également tous les amateurs de Bollywood grâce à ses détails décoratifs qui donneront des idées pour rendre votre intérieur et votre cuisine plus inventive et lumineuse. Tous à vos fourneaux, rajoutez curry et curcuma, ornez-vous d'un sari et c'est parti pour une soirée kitscheument vôtre !

mardi 19 janvier 2010

Une vie ailleurs

Gabrielle Zevin

Albin Michel
Collection Wiz
Traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff
Paru en Août 2005
14 euros

Quatrième de couverture: Liz Hall, 15 ans, vient de mourir dans un accident de vélo.Elle se retrouve sur Ailleurs, un lieu où les défunts rajeunissent jusqu'à redevenir bébés et repartir dans le grand cycle de l'humanité. Pour Liz, qui rêvait d'atteindre enfin ses seize ans, le choc est brutal. Car elle n'a aucune envie de rajeunir. Ce qu'elle voulait, c'était décrocher son permis. Entrer à la fac. Connaître enfin le grand amour ! Il va pourtant lui falloir faire le deuil de son ancienne vie sur Terre avant de trouver un sens à cette nouvelle existence...Un livre extraordinaire, à la fois émouvant, drôle et tendre.

Liz se réveille à bord du SS Nil, un bateau qui fait voyage pour l'Ailleurs. Mais ses souvenirs sont flous et les personnes qu'elle rencontre portent toutes un pyjama blanc. Liz est morte. D'un accident de vélo. Elle s'est faite renversée. Depuis la passerelle et grâce aux TP Terrasses Panoramiques, elle peut voir ce qui se passe sur Terre. Elle voit sa famille, sa meilleure amie, son enterrement. Liz n'accepte pas facilement sa mort, aussi, lorsqu'elle pose pied sur l'Ailleurs et qu'elle fait la connaissance de Betty, sa grand-mère, elle explose. Colère, révolte, tout sur l'Ailleurs semble si banal, comme dans la vraie vie. Liz parviendra-t-elle à trouver sa place dans l'au-delà ?

Une vie ailleurs propose une réflexion intelligente sur la mort. Gabrielle Zevin, vingt-sept ans a réussi ce premier roman offrant une vision originale de la vie dans l'au-delà. Il y a de très belles idées comme celle des défunts qui observent encore la vie de leurs proches grâce aux Terrasses Panoramiques, sorte de jumelles qui donnent accès aux lieux sur Terre. Bouée de raccrochage à l'ancienne vie des morts, passerelle avec le monde des vivants. Sans faire dans le pathos, Gabrielle Zevin expose la mort tout en développant des idées tendres, attachantes voire réconfortantes. L'Ailleurs, là où vont les personnes décédées ressemble à n'importe quelle ville sur Terre. Il y a des maisons, des boutiques de vêtements, des cinémas, des restaurants, on peut même passer son permis. Sur l'Ailleurs, les gens rajeunissent jusqu'à revenir à l'état de bébé et là ils repartent sur le fleuve en direction de la Terre afin de renaître. Ecrit avec sensibilité, ce roman saura toucher plus d'un coeur, entre espoir et questionnements. La mort est toujours aussi injuste et source de souffrance pour l'héroïne: elle ne se mariera jamais, n'ira pas au bal. Si jeune, il lui restait tant à vivre. Avec une étonnante proximité de la vie quotidienne et des sentiments humains, Gabrielle Zevin accomplit une boucle: de la mort à la vie, il n'y a qu'un pas. A la fois drôle et émouvante, l'écriture de Gabrielle Zevin est pleine de sérénité, proche de nous, proche du lectorat adolescent. Un très bon roman jeunesse...


5/5 champignons

dimanche 17 janvier 2010

Club de lectures Séance 5

Première séance du début d'année, hier nous nous sommes tous retrouvés pour déguster et discuter autour du thème Cuisine et délices. Lassi à la rose, flan noix de coco vanille, galette des rois, les papilles s'en sont données à coeur joie et les livres aussi...

C'est toujours fabuleux comme expérience de partager, de découvrir les lectures des autres. Pour ma part, le thème Cuisine et délices n'était pas un de mes préférés mais j'ai été agréablement surprise par les présentations des participants. J'ai appris beaucoup de choses et j'ai très envie de lire des titres qui ont été proposé au programme. C'est pourquoi la séance d'hier m'a énormément plue, inattendue, enrichissante, on apprend des autres et c'est un réel plaisir d'échanges.


Les livres présentés

Comme j'avais lu Une gourmandise de Muriel Barbery et que j'avais été très déçue, j'ai cherché un autre livre à présenter. Ce fut Dîners à Bollywood qui l'emporta (Recettes écrites par Dramandra Khassar et texte de Séverine Souard) aux éditions Minerva. Un livre de cuisine indienne mis en scène dans le kitch édulcoré de l'univers bollywoodien. Un très beau livre, magnifique pour ses photos superbes aux multiples couleurs. De la rencontre de deux jeunes amants au repas de fiançailles, en passant par les présentations aux amis et la dispute, Dîners à Bollywood explore des recettes aphrodisiaques, romantiques et gourmandes et tout ceci pour fêter l'amour à l'indienne comme il se doit.

Emilie a parlé de La colère des aubergines (ça tombe bien je voulais le lire !!) de Bulbul Sharma. Il s'agit d'un recueil de treize nouvelles sur le patrimoine culinaire indien. La cuisine est l'objet de pouvoirs sociaux. L'auteur dévoile l'importance de la nourriture dans la culture indienne (mariages, odeurs, coutumes et rituels des défunts). A la fin on y trouvera les recettes et un glossaire sur les plats et ingrédients qui alimentent la cuisine indienne.

Johanna m'a encore plus que convaincue avec son Chocolat amer de Laura Esquivel. Un film a été tiré de ce roman Les épices de la passion. Il s'agit d'une histoire d'amour tragique où la cuisine est le moyen de communiquer des sentiments interdits. Johanna nous a expliqué ce qu'était la notion de réalisme magique. Chaque chapitre est l'occasion de préparer un repas. Amour et épices, coup de foudre et caille aux pétales de rose; ce roman m'a tout l'air d'être à dévorer...

Régis a lu Le goût du café (Mercure de France). Un petit livre dirigé par Jacques Barozzi, somme totalisante de différents documents: extraits de romans, poèmes, chroniques, recettes, légendes divisée en plusieurs parties: historique, sociologique, littéraire. Vous saurez tout sur le café grâce à ce documentaire bien fourni. En plus pour l'occasion, Régis nous a chanté "Couleur Café"

Sylvie
nous a présenté un manga/ BD illustré par Jirô Taniguchi, inspiré de la nouvelle de Masayuki Kusumi Le gourmet solitaire. On ne sait rien de cet homme mais à chaque fois il est mis en scène au moment crucial où il a faim! Cet homme a peur de rentrer dans les restaurants japonais. Sur quoi vais-je tomber ? pense-t-il. Cette BD propose un rapport différent avec la nourriture. Frustré, stressé, bref ce n'est pas en lisant cet ouvrage que l'on retrouvera l'appétit.

Enfin Catherine nous a parlé de Chaud brûlant, Bill Buford dans lequel le lecteur est propulsé dans les coulisses d'un grand restaurant new yorkais. Un chef cuisinier qui décide de retrouver les origines de la cuisine italienne et se rend en Italie afin de découvrir les plats et les aliments qui la compose. De retour à New York il a ouvert un restaurant de cuisine italienne créative. Quel est le quotidien d'un chef cuisinier ? Comment décide-t-on d'ouvrir son restaurant ? Lu comme un documentaire, Catherine a apprécié sa lecture d'autant plus qu'elle était instructive, s'identifiant au personnage, notamment à son évolution par rapport au fait de cuisiner.


Qu'il soit négatif ou positif, le rapport à la cuisine est toujours fort. Il ne laisse jamais indifférent. Cette séance l'a prouvé une fois de plus, on peut réunir la diversité et la richesse des genres pour un même thème. En matière de cuisine, on a affaire aux sentiments (amour, séduction) ou bien phobie, la nourriture a ce quelque chose de viscéral. On a voyagé!! Afrique du Sud, Mexique, Inde, Italie et Japon, on a eu pour tous les goûts!!! Très belle séance et bravo à tous pour cet investissement dans vos lectures et vos recherches...

Prochain thème: Visions nyctalopes...

Night World Tome 1

T1. Le secret du vampire

Lisa Jane Smith

Michel Lafon
Traduit de l'anglais par Isabelle Saint-Martin
282 pages

Quatrième de couverture: Le Night World ne se limite pas à un endroit précis.Il nous entoure. Ses lois sont très claires : sous aucun prétexte son existence ne doit être révélée à qui que ce soit d'extérieur. Et ses membres ne doivent pas tomber amoureux d'un individu de la race humaine. Sous peine de conséquences terrifiantes. Découvrez ce qui arrive à ceux qui enfreignent les règles... Il n'y a plus aucun espoir pour Poppy : sa maladie est incurable. Elle se prépare donc au pire.Jusqu'à ce que James, le plus beau garçon du lycée qu'elle aime en secret, lui fasse le plus fabuleux des cadeaux : un baiser vertigineux qui lui donne accès à son âme. Elle apprend ainsi que James partage ses sentiments depuis toujours, mais fait partie du Night World. Bravant les interdits de son monde, le jeune homme propose à Poppy de le suivre jusqu'à la mort, et même au-delà. Mais il lui faudrait pour cela devenir un vampire...

Ayé! Je me lance dans les romans de la veine vampirique. Tout ce qui se fait en jeunesse actuellement. Peut-on vraiment y échapper quand on se veut dévoreuse de littérature jeunesse comme moi ? Je ne sais pas mais même si l'envie n'est pas si irrésistible que ça, je me laisse souvent prendre au jeu. Attention je ne suis pas encore prête à lire la dernière série à la mode Marquée parce qu'un milk-shake entre Twilight et Harry Potter, j'ai peur que cela soit indigeste.

Restons sur les vampires! Amour toujours, Immortalité oblige... Poppy, jeune adolescente apprend qu'elle souffre d'un cancer. Cette maladie n'est pas traitable par chimiothérapie, aussi Poppy affronte-t-elle l'idée d'une mort prochaine. Sa famille est anéantie et son meilleure ami James n'est pas prêt à accepter cette réalité. Créature de la Night World, James est un vampire capable de sauver Poppy à condition que celle-ci se transforme en cette créature assoiffée de sang. Mais le processus est long et difficile. Il se peut qu'il ne fonctionne pas. Poppy décide de sauter le pas. Amoureuse de James, elle voit en cette solution miracle le moyen d'éprouver son amour pour lui. Telles deux âmes soeurs Poppy et James partageraient également leurs pouvoirs surnaturels. Mais le Night World ne veut pas d'elle. Il ignore son existence. Bravant les lois, James transforme Poppy en toute illégalité...

Ce tome 1 est plutôt agréable à lire. Sans être de la grande littérature (j'ai tout de même préféré Twilight pour le style d'écriture) le lecteur notamment la jeune lectrice un brin midinette se plongera corps et âme dans cette histoire d'amour so romantic, parfumée à l'eau de vampire. C'est captivant, plein de rebondissements. On ne s'ennuie pas c'est certain. Il est dommage que Lisa Jane Smith ne développe pas plus son thème : le Night World, espace dans lequel les vampires, loup-garous et sorcières évoluent. Un monde qui ne doit en aucun cas être révélé aux humains. Ce premier roman manque de consistance malgré une intrigue bien ficelée. Il est un peu court et se dévore trop vite. Je suis restée sur ma faim. J'ai les crocs sans faire de vilains jeux de mots!!! J'aurais voulu plus de descriptions, plus de réflexions. Ce qui m'a dérangé en fait c'est le manque d'émotion que j'ai ressenti tout au long du livre. Poppy est malade. Elle affronte l'idée de la mort. La souffrance, le chagrin de la famille et de James qui ne s'avoue pas résigné devraient faire de l'effet. Sur moi pas. Je n'ai pas pleuré. C'est comme si j'avais lu ce roman en étant spectatrice et non actrice. Pourtant Lisa Jane Smith aborde des thèmes difficiles, qui appellent à la réflexion. Alors je ne peux vous dire ce qui en est vraiment. Si j'ai aimé ou pas. Tout ce que je peux vous dire c'est que oui ça se lit et plutôt bien même. Les ados vont se jetter dessus c'est sûr. Mais c'est tout. Et là je me demande mais où est l'euphorie que m'ont inspiré des séries comme Twilight et celle de Melissa de la Cruz????


Je rejoins l'avis de Clarabel, l'avis de Camille, Ankya et Virginie qui ont beaucoup aimé
4/5 champignons

Il y a quelque chose dans l'air !


























Virginie Hanna
Selma Mandine (son site)

Gecko Jeunesse

Collection Drôles d'histoires
Paru en Octobre 2009
Album Jeunesse à partir de 3 ans

Thèmes: Amour, Voyage, Respiration

Dans l'atmosphère, règne une brise de tempête. Solo le scientifique solitaire et Luna l'infirmière se percutent en plein air chacun sur son appareil. Tous les deux décident de faire un brin de causette. Solo est chercheur d'air, sur son cyclosphère à hélices, il sillonne le monde et observe l'effet de serre. Pollution, déchets, animaux malades, il analyse des échantillons d'air. Luna elle est infirmière et elle aussi a remarqué que la Terre se désole. Entre eux le courant passe et leur message est clair: Laissez-nous respirer !! Ils en ont marre des sacs plastiques, des élastiques sales, des fils électriques, de tout ces trucs chimiques, vilains destructeurs de la planète. Ils tombent amoureux et n'ont plus qu'une seule chose en tête: sauver la Terre à coups de bisous écologiques. Trions, recyclons, après chacun de leur passage, on peut sentir comme un petit changement d'air !

Selma Mandine fait désormais partie du panthéon de mes illustrateurs préférés. Découverte grâce à l'album
Mon premier cauchemar, il me reste à lire Les secrets de Pétronille qui est dans ma PAL. Comment parler des illustrations de Selma Mandine et de son style très attachant ? Il émane de ses dessins une douceur infinie, les personnages y sont tendres et câlins. Tenir un album de Selma Mandine revient à être empli d'un sentiment cotonneux, moelleux. Les couleurs pastellisées accueillent à bras ouverts un univers délicat, au charme enfantin. Je ne pouvais qu'apprécier ce dernier album de l'illustratrice, teinté de bleu, turquoise, vert d'eau, des couleurs que j'aime énormément. Le contraste est fort avec les gris de la pollution. Le message est clair, respect de la nature, recyclage, dérives causées par la pollution. Mais grâce à des personnages mignons, à cette histoire d'amour peu commune, le ton est poétique et enchanteur. Bref j'ai adoré et je me suis bien mis dans l'idée de me procurer tous les albums de Selma Mandine.



samedi 16 janvier 2010

Cathy's Book

Stewart / Weisman / Brigg

Bayard Jeunesse
Traduit de l'anglais par Pascale Jusforgues
Paru en Octobre 2008
192 pages

Cathy Vickers, dix-sept ans, adolescente artiste bohême dans l'âme, vient de se faire plaquer par son petit-ami, Victor, jeune Chinois fortuné et mystérieux. Cathy a une mère alcoolique, un père décédé et une aversion pour les études. Mais loin d'être paumée, Cathy est drôle, délurée, pimpante, débrouillarde et futée. Alors qu'elle doit aider sa meilleure amie Emma pour un exposé en biologie, Cathy, complètement obsédée par sa rupture amoureuse décide de se rendre chez Victor. Sur les lieux, elle fouille dans les affaires de celui-ci et trouve des photos, articles de journaux. Sur son agenda elle découvre que Victor avait de nombreux rendez-vous avec une dénommée Carla, pour le compte de son agence de travail: Intrepid Biotech. Des questions sans réponses, une Carla retrouvée morte, Cathy cherche à en savoir plus. Pourquoi Victor l'a-t-il quitté aussi précipitamment ? Quelle est cette marque sur son bras ? Victor est-il un trafiquant de drogue ou pire un truand...


Le Cathy's Book est une nouveauté en littérature de jeunesse. Sous forme de journal intime, il se présente en carnet dans lequel une pochette intégrée recèle de documents: coupures de presses, photos sépias, actes de naissances, lettres, feuilles d'agenda arrachées, dessins... le Cathy's Book est un concept à lui tout seul ! Tant au niveau de l'écriture, du style déguinguandé, très personnel et original que sur la mise en page un peu "chaotique" et cela pour mieux signifier la vie d'une adolescente, l'énergie et le peps de Cathy. On aime son côté impulsif, retranscrit totalement dans ses apartés éclairées, ses petits dessins. Le tout confère à la lecture une part fantasque et sympathique.

Mais le charme opère-t-il vraiment ? Je n'ai pas trouvé ce concept très pratique, au contraire le lecteur est coupé dans sa lecture pour aller chercher des indices et les consulter. Ca casse le rythme de lecture. La lecture du Cathy's Book demande concentration. Malgré une intrigue policière prenante et captivante, les nombreuses divagations de la jeune fille m'ont fait perdre le fil de l'histoire. Ca part dans tous les sens.

Ce qui m'a réellement plu c'est surtout le côté artistique de l'héroïne: ses dessins, sa vision des choses, sa découverte du Chinatown de San Francisco. L'ambiance asiatique est pertinente et confère à l'intrigue cette part du mystère. Quoi de mieux d'ailleurs que le quartier chinois ou un temple pour placer une part de fantastique dans cette histoire. Si le journal intime de Cathy commence par être réaliste, petit à petit le lecteur entre dans un univers peuplé de culte des ancêtres, d'offrandes, superstitions chinoises et d'immortalité qui n'auront de cesse d'alimenter le secret qui rôde autour du personnage de Victor. L'enquête est au rendez-vous prête à happer le jeune lectorat qui s'y laissera prendre...

Mais voilà, ce n'est pas un coup de coeur pour moi. Je suis un peu déçue de tout ce tapage qui a été fait autour de ce roman jeunesse. Ce n'est pas le meilleur même si on doit lui accorder cette originalité, ce côté ludique et attractif. Cependant je lirais le Cathy's Key par souci d'investigation, non pas que je sois particulièrement sensible aux personnages. Mais j'ai envie de poursuivre cette aventure, essayer de comprendre ce qui est tant attirant et pourquoi chez moi ça ne marche pas... Affaire à suivre !

Le billet de Clarabel, enthousiaste ! Belle de nuit et Karine (que je rejoins totalement quand elle explique qu'on est plus convaincu par le format livre que l'intrigue!) Lily et Cynthia

Le site du livre ici

jeudi 14 janvier 2010

Devî Bandit aux yeux de fille

Christel Mouchard

Flammarion
Paru en Janvier 2010
257 pages

Thèmes : Inde, Castes, Pauvreté
Roman Junior et Ado à partir de 9 ans

Quatrième de couverture: Devi est une jeune fille révoltée.Dans une Inde où règne le pouvoir des castes dirigeantes, elle n'accepte pas d'être maltraitée et de voir sa famille humiliée par les riches. Un jour, son chemin croise celui de Vikram, le chef des bandits : elle s'engage alors aux côtés des rebelles et prend les armes pour se battre au nom du peuple opprimé. Saura-t-elle défier le destin ?


D'après l'histoire vraie de Phoolan Devî, surnommée la Reine des bandits, ce roman jeunesse retrace l'adolescence de Devî, une indienne mallah dont la famille a subie les injustices dûes à leur statut de pauvres. Shalini et Devî sont perchées en haut d'un banian, toutes éblouies d'admirer les préparatifs du mariage de la fille de Babu, le thakur du village. Saris enjoués, plats délicieusement épicés, les adolescentes rêvent de ce spectacle coloré, joyeux et mettant l'eau à la bouche; elles qui ne savent même pas si elles auront le loisir de manger du dhal pour leur dîner. Mais l'espionnage prend court quand les hommes de main de Babu les découvrent. Elles arrivent à fuir in extremis, grâce à la témérité de Devî mais ce n'est que pour le regretter plus tard. Les hommes s'en sont pris à leurs parents, dévastant la maison, cassant tout sur leur passage. Devî est en colère. Adolescente révoltée, elle ne comprend pas l'injustice qui règne en Inde, celle des castes, les pauvres et les riches, les mallahs que l'on méprise et les thakurs, êtres arrogants tout bouffis de supériorité.

La honte s'est abattue sur la famille
de Devî car elle s'est enfuie du foyer de son mari, refusant d'être l'épouse d'un homme de 40 ans alors qu'elle n'en a que 15 ! Déshonneur et mépris la poursuivent jusqu'à souiller les espoirs de sa soeur Shalini : faire un beau mariage. Prises dans les filets de Babu, les deux jeunes filles doivent réparer leurs fautes et nettoyer les latrines du thakur. C'en est trop et pour sauver sa soeur, Devî prend une grave décision: quitter sa famille, se faire passer pour morte et rejoindre les ravines, terre où sévit les bandits...


Devî "la fille aux yeux de bandit, le bandit aux yeux de fille", Devî la Déesse ou encore Devî la Reine des bandits est une figure incarnant la force, le courage et l'honneur, celui de vouloir changer les mentalités. Elle se bat pour ses opinions, elle se bat pour une liberté: celle de vivre comme un être humain, malgré la pauvreté. Elle n'admet pas le système des castes, les interdits et les tabous. Elle exècre les thakurs et vole leurs biens pour les redistribuer aux villageois. Ce roman est très bien écrit. Exploité par une écriture haletante et alerte, on plonge d'emblée dans l'Inde des années 1980. Tout y est décrit avec justesse: les saris, les fêtes locales, les plats, les religions, les dieux et déesses. On se croirait dans un film bollywood tellement les descriptions sont fines de détails. Le vocabulaire est précis. Il faut reconnaître qu'en plus de sa part romanesque, ce roman est instructif, faisant office de documentaire. Voilà un roman intelligent et différent qui a pour but de faire réfléchir au système des castes, au mode de vie en Inde, aux conditions des femmes. Devî a un destin exceptionnel, hors du commun. Sa fougue et sa passion sont révélées avec des mots forts, des sentiments poignants et des actes graves. L'importance apportée au personnage de Devî est à l'image d'une héroïne qui défend ses convictions. A la fin du roman, l'auteur propose des informations plus précises liées à l'histoire de Devî, au personnage de Gandhi, au mariage en Inde... Un très bon roman jeunesse. Dieu que cela fait du bien dans ce fouillis actuel dédié aux vampires !!!


5/5 champignons

Deux nouvelles d'Oscar Wilde

Le fantôme de Canterville
Le crime de Lord Arthur Savile

Editions vieilles du Livre de Poche et de Folio Gallimard
Oscar Wilde
Pour l'édition Livre de Poche
Collection Nouvelle approche
Préface et commentaires de Jean-Luc Steinmetz
Traduction de Jules Castier

Deuxième approche du sulfureux auteur classique anglais Oscar Wilde après Le portrait de Dorian Gray. Avec Le fantôme de Canterville et Le crime de Lord Arthur Savile, on entre dans la dérision et l'humour un brin moqueur d'Oscar Wilde pour les curiositiés du XIXe siècle à savoir le spiritisme et les phénomènes surnaturels. Non pas que l'auteur prenne de haut les personnes qui s'attèlent à la tâche, il n'épargne en rien la fantaisie et l'ambiance qui émanent de ces croyances et superstitions.

Dans Le fantôme de Canterville, Oscar prend un malin plaisir à nous faire sourire des déboires d'un fantôme qui n'a de cesse de passer ses journées et ses nuits à terroriser la nouvelle famille américaine qui s'est installée dans sa demeure. Mais les jumeaux de la famille ne l'entendent pas de cette oreille et c'est armés de coussins, d'épées qu'ils tiraillent notre fantôme d'injures et de mésaventures. Le fantôme est désabusé. Que devient-on si on ne peut plus effrayer les vivants ? Cette nouvelle m'a beaucoup plu, jouant d'un ton qui se veut léger et pimpant, au contraire du Portrait de Dorian Gray qui est dramatique.
Le crime de Lord Arthur Savile met en scène une autre réalité de l'époque : les réunions mondaines, les dîners entre aristocrates où les conversations vont bon train ainsi que l'expérience de nouvelles sensations. Le spiritisme faisait fureur, mais d'autres pratiques comme la voyance, la chiromancie avaient également leurs effets sur les esprits amateurs d'émotions fortes. Lors d'une soirée, Lord Arthur Savile rencontre un chiromancien, qui semble bouleversé par ses lignes de main. N'y tenant plus, Lord Arthur Savile le presse de lui en dire plus. Son destin est celui d'un crime. Ce qui est très intéressant dans cette nouvelle c'est le tour que prennent les choses pour ce personnage. Au lieu d'ignorer les dires du voyant, Lord Arthur Savile va tout faire pour concrétiser cet acte prédéterminé. Il aurait très bien pu passer outre mais non, il décide de préparer des plans pour tuer une personne de son entourage. Ironie du sort tout ce qu'il entreprend ne marche pas...

Deux nouvelles plaisantes, un regard amusé et amusant, voilà ce que nous propose Oscar Wilde dans ce registre assez différent de ma précédente lecture. Témoin et spectateur des réalités du XIXe siècle dans le cercle très fermé des bourgeois et des aristocrates. Oscar Wilde dandy cynique nous offre une vision respectueuse mais néanmoins fantasque des spiritualités, des esprits érudits amateurs d'étrange. On peut y saisir une critique discrète et subtile derrière cette apparence désinvolte du monde qui l'entoure. Une lecture divertissante, délicieusement impertinente.


1/ 2

mercredi 13 janvier 2010

Le combat d'hiver

Jean-Claude Mourlevat

Gallimard-Jeunesse
330 pages
Roman Ados à partir de 13 ans

hèmes: Hiver, Survie, Amitié

Quatrième de couverture: Le combat d'hiver est celui de quatre adolescents, évadés de leur orphelinat-prison, pour reprendre la lutte perdue par leurs parents, quinze ans plus tôt.Ont-ils la moindre chance d'échapper aux terribles «hommes-chiens» lancés à leur poursuite dans les montagnes glacées ? Pourront-ils compter sur l'aide généreuse du «peuple-cheval» ? Survivront-ils à la barbarie des jeux du cirque réinventés par la Phalange ? Leur combat, hymne grandiose au courage et à la liberté, est de ceux qu'on dit perdus d'avance. Et pourtant.

Après avoir lu Le chagrin du roi mort, je m'étais promis de poursuivre ma découverte de Jean-Claude Mourlevat avec Le combat d'hiver. Admirable conteur et tisseur de mots, on retrouve dans ses romans cet univers un brin fantastique, cette complicité entre les personnages qui confèrent à ses histoires une belle part aux sentiments et aux valeurs humaines.

Helen Dormann est la pensionnaire d'un orphelinat, dont on ne sait dans quelle ville il se situe. Ce matin là, Helen a besoin de prendre congé pour aller voir sa consoleuse. Bien que nous sommes qu'au mois d'octobre, Helen a un gros coup de déprime. Son amie Milena Bach accepte de l'accompagner selon des règles très expéditives. Si l'une des jeunes filles n'est pas rentrées avant l'heure indiquée, alors une camarade choisie au hasard en subira les conséquences et sera enfermée au cachot. Sur la route, Helen et Milena croisent deux garçons de l'orphelinat voisin: Bartolomeo et Milos. D'emblée, alors que leurs regards se croisent à peine, les quatre jeunes gens se jurent amitié en faisant colporter des messages secrets. Mais le temps presse et l'entrevue prend court. Helen va chez Paula afin de trouver un air chaud, une "maman" qui saura la réconforter de son triste destin. Bons petits plats, paroles rassurantes, détresse envolée, c'est le rôle de ses matriarches pas comme les autres. Quant à Milena, elle l'attend à la bibliothèque. Ayant fait le plein d'énergie et d'amour, Helen revient chercher son amie pour rentrer à l'orphelinat. Mais c'est seule qu'elle y retournera, le coeur lourd, l'âme en peine et désoeuvrée du comportement de Milena. Pourquoi a-t-elle fuit ? Plus tard elle apprendra grâce à Milos que Milena ne s'est pas sauvée seule. Bartolomeo a aussi disparu. Et de questions s'ajoutent celles de leur passé. Que sont devenus leurs parents ? Qui dirige l'orphelinat ?

Le combat d'hiver est à l'image du Chagrin du roi mort, un roman d'une grande qualité. Les liens qui unissent les personnages entre eux sont intenses et émouvants. Dès les premières pages, le lecteur est happé par ces jeunes adolescentes orphelines dont on pressent que la vie ne leur a pas fait de cadeaux. On s'imprègne de l'ambiance hivernale, de ce froid qui s'insinue jusqu'au fond des coeurs, à tel point que l'on a besoin d'une consoleuse qui apportera chaleur et amour.
Inattendue, l'intrigue prend une tournure haletante avec l'arrivée d'éléments perturbateurs: la fugue de Milena et de Bartolomeo, le personnage de Van Vlyck, les hommes-chiens ... L'auteur sait mêler étroitement les registres: les personnages ont un passé dont il faudra découvrir la vérité, l'Histoire est présente et prend des allures imprévisibles car Le combat d'hiver est un roman du courage, de la survie pour sa liberté. Des peuples opprimés, une voix bafouée, la fuite des orphelins, tout ceci représente ce combat d'hiver. Le fantastique et l'imagination découlent selon un naturel remarquable: une ville imaginaire, une société La Phalange, régime totalitaire qui a brimée la voix du peuple, les combats de gladiateurs pour gagner leur vie... Jean-Claude Mourlevat sait jongler avec les genres pour nous offrir un texte puissant de suspense.
Toujours poignante, l'écriture de Jean-Claude Mourlevat nous bouleverse par des mots magiques, authentiques qui signifient une rage de vaincre, une fureur de vivre. Célébrant haut et fort les valeurs humaines tels que le courage, l'amour, l'amitié, il propose une réflexion sur le choix et le libre-arbitre, les dérives des sociétés, le manque d'expression. Malgré le désespoir, il y a cette note fulgurante, cette lumière qui scintille et qui dicte les avancées des personnages. Une très belle lecture jeunesse, parmi celles qui tiennent à coeur. Comme l'a écrit Anna Gavalda "Ecriture superbe d'un auteur qui aime ses lecteurs. Qui les aime, les respecte et les honore." Je ne peux qu'approuver.



5/5 champignons

dimanche 10 janvier 2010

La saga des Vampires de Melissa de la Cruz

Coffret 4 tomes
Tome 1 Les Vampires de Manhattan
Tome 2 Les Sang-Bleu
Tome 3 Les Sang-d'Argent
Tome 4 Le Baiser du Vampire

Melissa de la Cruz

Albin Michel
Collection Wiz
Coffret paru en Novembre 2009
Traduit de l'anglais par Valérie Le Plouhinec
Romans ados

Quelle saga époustouflante ! Que d'actions, d'aventures rocambolesques, de relations amoureuses, d'intrigue. Il n'y a rien à dire, cette saga d'un autre genre vampirique sait couper le souffle à son lectorat.
Par où commencer ? J'ai dévoré ces quatre tomes, les uns après les autres, avec la même frénésie et la même irrésistible et insatiable envie de connaître la suite, autant que pour Twilight.







Les Vampires de Manhattan met en place plusieurs personnages : Theodora, une fille mal fagotée qui traîne avec Oliver, son ami de toujours et avec qui elle se rend en boîte un soir de semaine. Elle aperçoit Jack Force pour qui elle éprouve des sentiments secrets mais il semblerait que sa soeur jumelle Mimi Force n'accepte pas que les filles rôdent autour de lui. Jack est chasse gardée. Quant à Bliss, venant du Texas, elle essaye de prendre ses marques à New York, dans ce nouveau lycée huppé Duchesne. Les chapitres alternent avec les personnages, chacun prend son tour de rôle afin d'exprimer leurs craintes, leurs doutes, leurs interrogations. Ce soir où tous les jeunes sortent en ville est un soir particulier: alors que Bliss fait connaissance avec le ténébreux Dylan, une élève de Duchesne se fait assassinée. Consomption complète. Les rumeurs vont bon train mais Theodora, Bliss et Mimi ne sont pas au bout de leurs surprises. Des changements dans leur corps s'opèrent et les rendent nerveuses, anxieuses. Theodora a des marques bleues sur son corps, Bliss se réveille en plein cauchemar et vit des douleurs passées, sortes de résurgences venues d'une autre époque. A seize ans, belles et gracieuses, les trois jeunes filles sont en réalité des vampires. Theodora et Bliss vont devoir assister à des réunions issues du Conclave, Comité regroupant les héritiers les plus côtés, société abritant les sept grandes familles de vampires de Manhattan. En même temps que la découverte de leurs mystérieux pouvoirs, elles vont enquêter sur la mort de leur camarade...


Les Sang-Bleu s'ouvre sur un voyage à Venise. Le tome 1 a révélé ses cartes et ses rebondissements de dernière minute. Après plusieurs agressions, Theodora apprend que les vampires ne sont pas si puissants que cela et ils peuvent se faire attaquer par le Croatan, une créature qui se nourrit des Sang-Bleu autrement dit des vampires et devient alors un Sang-d'Argent maléfique et cruel. Theodora n'est pas une vampire comme les autres, c'est une Sang-mêlée, sa mère Allegra ne s'est pas unie avec son jumeau vampirique Charles Force. Alors qu'ils étaient promis l'un à l'autre, la mère de Theodora a conçu sa fille avec son familier humain. Elle possède la clé, l'issue du combat contre les Sang-d'Argent et c'est pourquoi, après la disparition de sa grand-mère, Theodora part à Venise à la recherche de son grand-père : Lawrence. Lui seul pourra l'aider à détruire les Sang-d'Argent. Mais de retour à New York, Theodora est en proie à son amour intact, celui de Jack Force alors qu'il est promis à sa soeur jumelle Mimi. On retrouve Bliss dont les doutes s'accumulent au fur et à mesure de ses cauchemars. Mimi quant à elle est trop occupée à préparer le Bal des Quatre-Cents, lieu où se déroulera la présentation des derniers vampires élus au Conclave...


Les Sang-d'Argent, s'essoufle un peu dans l'intrigue. Mais on apprend beaucoup de choses sur les personnages annexes: Charles Force, Lawrence Van Alen, Jack et Mimi qui sont les anges Abbadon et Azraël et sont promis l'un à l'autre alors que secrètement Jack entretient une relation amoureuse avec Theodora. Elle-même se sent coupable vis-à-vis d'Oliver, son ami et familier humain pour qui elle ressent des sentiments contradictoires. Il ne se passe pas grand chose hormis la fin explosive et spectaculaire. Les membres du Conclave partent à Rio pour un dîner gala qui va se terminer en un vrai massacre des Sang-Bleu. Les positions sont prises, Mimi combat avec force et courage mais la plupart des Sang-Bleu ne s'en sortent pas. Le Conclave est blessé et le retour des Sang-d'Argent est plus probant que jamais. Theodora Van Alen voit son grand-père mourir en luttant contre Lucifer. Il y a un traître parmi les Sang-Bleu, un vampire corrompu qui se tient à la solde des Sang-d'Argent. Et c'est sur Theodora que repose le salut de sa race...


Le Baiser du Vampire est un roman qui reprend de la rigueur dans l'étonnant tissage de relations complexes. Mimi est vaillante. Elle est devenue Venator afin de rechercher activement les traces des Sang-d'Argent...et de Jordan, la petite soeur de Bliss. Alors que Theodora fuit New York, le Conclave la croyant coupable du meurtre de son propre grand-père, elle se réfugie à Paris en compagnie d'Oliver pour trouver l'aide de la comtesse Isabelle d'Orléans. Avant de mourir, Lawrence a dédié à Theodora les secrets de son existence, elle seule peut détruire les Sand-d'Argent, il s'agit de l'héritage des Van Alen. Mais la quête de Theodora la conduit tout droit dans un piège. Les Sang-d'Argent l'attendent à Paris ainsi que Jack Force. Pourquoi est-il là ? Bliss se remet doucement de l'attentat de Rio. Elle est possédée par un Visiteur qui lui dicte sa volonté, mais courageuse et combattante, elle refuse de se livrer si facilement au Mal. Ce Visiteur n'est autre qu'un Sang-d'Argent. Mais Bliss n'est pas seule, Dylan est un puissant réconfort même si ce dernier n'existe plus. Ce tome 4 répond à d'autres questions, ouvre des pistes de réflexion mais Melissa de la Cruz n'a pas son pareille pour perdre son lecteur au milieu des méandres de son intrigue si raffinée et bien menée.


La saga de Melissa de la Cruz ne ressemble en rien à celle de Stephenie Meyer. Alors que l'actualité en littérature jeunesse tourne autour du thème vampirique (Nightworld, Journal d'un vampire...) il ne faut pas chercher à comparer cette saga. Elle a sa place singulière tant le style et l'intrigue sont différents. Tout d'abord, Melissa de la Cruz inscrit ses personnages dans un luxe nonchalant, une ambiance à la fois gothique mais raffinée, parsemée de grandes marques de la haute couture. Une version vampirique contemporaine et fantastique, mélangeant les genres et le ton. Nos vampires sont côtés, sont riches et ont le goût de l'apparât. Entre sac Chanel, chaussures Gucci et robes époustouflantes, on pourrait facilement se retrouver dans de la chik-litt version Le Diable s'habille en Prada voire Confessions d'une accro au shopping. Heureusement l'auteur n'est pas tombée dans le piège de nous affubler de ses interminables défilés de mode. Mais ce côté très froufrouteux et superficiel reste bien présent et c'est là qu'il détone totalement avec le reste de l'intrigue.
Les vampires mis en scène par Melissa de la Cruz n'ont rien à voir avec Bella et Edward. Ca non !!! A l'âge de seize ans, ils se transforment et prennent conscience de leurs différences en éprouvant des sentiments, des résurgences de vies antérieures. Ils entrent dans un nouveau cycle, si bien que leur mort n'est pas une fin en soi, ce n'est que l'achèvement d'un cycle. Ils reprendront forme dans un nouveau cycle sous une apparence différente. Les vampires de Manhattan sont des vampires réincarnés si on peut dire. Ce qui devient très intéressant ce sont leurs liens dans le passé, à l'image de Jack et Mimi, anges de l'obscurité, Abbadon et Azraël qui ont combattu contre Lucifer. Charles Force est Michel, l'ange au Coeur pur, allié et amant de Allegra Van Alen, Gabrielle l'Incorrompue. Les vampires ont été et sont des anges. Il y a ceux qui acceptent leur héritage comme Mimi et ceux qui veulent s'en préserver tel Jack qui n'admet pas leur union car il est amoureux de Theodora, celle qui est la preuve que le destin n'est pas prédéterminé. Il y a cet aspect un peu religieux, mêlé à une note profane qui rend l'intrigue foisonnante et haletante, jamais prévisible mais toute en arabesque et en rebondissements. La progression de l'histoire est également bien renflouée, tournant autour des trois personnages féminins, héroïnes de l'histoire auxquelles on s'attache facilement. Elles ont chacune leur personnalité et l'alternance des chapitres en fonction de leur avancée rend l'intrigue plus vive encore.

Sans dire que cette série est révolutionnaire, on ne peut nier ses atouts : des aventures, de l'amour contrarié, de l'amitié, de l'action. Melissa de la Cruz sait tenir son lecteur en haleine et ma foi on se laisse prendre au jeu palpitant des anges déchus, des vampires combattant d'autres créatures plus fortes et plus cruelles. On fait confiance à l'auteur comme si on avait cette certitude que l'on ne peut pas être déçu, qu'au dernier moment, Melissa de la Cruz trouvera le "petit plus" qui fait qu'on ne peut pas lâcher la série avant la fin...


Clarabel, Gawou, Francesca vous le prouveront aussi ! Un petit bémol pour Maribel
Le site de Melissa de la Cruz
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