jeudi 30 juin 2011

Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de Dragons

Jasper Fforde

Fleuve Noire
Collection Territoires
Traduit de l'anglais par Michel Pagel
Paru en Juin 2011
296 pages
15,90 euros


Roman ados à partir de 12 ans
Thèmes : Fantasy, Angleterre, Imaginaire




Quatrième de couverture : Depuis que Jennifer Strange, 15 ans, a été choisie pour tuer le dernier dragon, elle est la personnalité la plus célèbre de tout le pays. Armée de son épée Exhorbitus, elle décide d'aller d'abord discuter avec la créature mythique. Car les raisons de sa mission sont bien moins nobles qu'elle ne le pensait...
A propos de l'auteur : Jasper Fforde vit au pays de Galles. Après avoir travaillé vingt ans dans l'industrie cinématographique, il a choisi de concrétiser son rêve d'enfant : devenir écrivain. Ses romans (L'Affaire Jane Eyre, Délivrez-moi, Le Puits des histoires perdues et Sauvez Hamlet !), situés à la frontière du thriller littéraire et du conte fantastique, sont devenus cultes aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Moi, Jennifer Strange, dernière tueuse de dragons est son premier roman jeunesse.


" A une époque, j'ai été célèbre. on a vu ma tête sur des t-shirts, des badges, des tasses à tgé et des posters. J'ai fait la une des journaux, je suis passée à la télé, et j'ai même été invitée au Yogi Baird Show. Le Quotidien des palourdes m'a proclamée "L'adolescente la plus remarquable de l'année" et j'ai été élue femme de l'année par Mollusqu-Dimanche. On a deux fois essayé de me tuer, on m'a menacée de la prison, j'ai reçu seize demandes en mariages et j'ai été déclarée hors-la-loi par le roi Snodd. Tout cela et plus encore, et en moins d'une semaine.

Je m'appelle Jennifer Strange"




Jennifer Strange, 15 ans, "enfant trouvé" et recueillie par Les Soeurs du Homard est sous directrice suppléante de Kazam, depuis que le gérant Houdini a mystérieusement disparu. Kazam est une maison d'affiliation à la sorcellerie, une entreprise d'assurances peu commune. Imaginez un royaume, celui d'Hereford, un royaume de type urbain et économique mais fonctionnant encore sur des lois médiévales où les rois cohabitent avec les mutuelles, les agences immobilières, les services du tertiaire. La sorcellerie est une activité annexe, encore présente mais réduite à des tâches d'exécution domestique. Pour s'intégrer, les magiciens et autres Ensorceleurs doivent effectuer des travaux de dépannage d' installations électriques ou d'entretien des canalisations. Pour jeter un sort, le sorcier doit se protéger et remplir un formulaire d'autorisation rigoureux sous peine d'être exposé à des dégâts matériels et risquer la crémation publique. Tout magicien doit être affilié à une maison d'Enchantement, autrement dit une maison de rattachement accréditée et validée par le roi d'Hereford. Tout se monnaie dans ce royaume où les règles sont fantaisistes, les spéculateurs immobiliers n'hésitant pas à vendre des parcelles encore non libres! C'est là qu'intervient notre histoire et le rôle fructueux de Jennifer Strange. Les Clairvoyants ont eu une grande vision qui annonce la mort du dernier dragon de Dragonie : Maltcassion. Jennifer Strange entre en scène car notre héroïne va hériter du statut élogieux de Tueuse de Dragons. Selon la prophétie, c'est elle qui tuera le dernier dragon. Mais la jeune magicienne devra s'armer de patience et d'intuition face aux tentatives frauduleuses de manipulation et aux menaces du roi d'Hereford.

Critique de notre société de consommation, du pouvoir des médias sur les mentalités et du monde impitoyable du commerce et de la finance, ce roman est d'un humour sans concession. Jasper Fforde mélange les styles, les genres, les époques et déploie tout son talent pour nous présenter une thématique contemporaine développée dans une intrigue fantasy où la magie coexiste avec les techniques de merchandising! C'est prodigieux, absolument délicieux, grâce à un univers déjanté et abracadabrant. L'effet sur le lecteur est immédiat, entre curiosité et étonnement, lui procurant une lecture réjouissante et peu ordinaire. L'auteur écrit son premier roman jeunesse, celui de la quête identitaire d'une orpheline, Jennifer Strange, qui refuse l'ordre établi et n'entend pas se faire amadouer pour tuer le fameux dragon. Héroïne attachante, réfléchie et intelligente, elle incarne idéalement la sagesse, le respect de l'environnement et la capacité à être libre de ses choix. Quelle réussite!


Les avis de Chiffonnette, Emmyne

mercredi 29 juin 2011

Lost Divine

Bree Despain

La Martinière Jeunesse
Collection Fiction J
Traduit de l'anglais (USA) par Sabine Boulongne
Paru en Avril 2011
414 pages
14,90 euros


Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Amour, Loup-Garou, Fantastique


Quatrième de couverture : Délaissée par ses parents, partis à la recherche de Jude, son frère disparu, Grace Divine mène une lutte acharnée contre la malédiction qui pèse sur elle. Sous l'influence du loup-garou, elle change de personnalité de façon inquiétante. De son côté, Daniel, privé de ses pouvoirs, cache un étonnant secret qui doit l'éloigner de Grace. Retrouvez le trio de Dark Divine, Grace, Jude, Daniel, trois destinées marquées par le Bien, la Vengeance et l'Amour.



Conquise par le premier volet Dark Divine, je reste, après avoir tourné la dernière page du deuxième tome, un peu déçue. Mais rassurez-vous, rien qu'un peu. Grace s'est sacrifiée pour sauver l'amour de sa vie Daniel, et son frère Jude l'a mordue. Dans l'attente du pire et d'une possible métamorphose, Grace tente de canaliser son énergie et apprend avec l'aide de Daniel à gérer l'apparition de ses nouveaux pouvoirs. Cela fait plusieurs mois que Jude a disparu, se sentant trahi par une famille qui lui a préféré Daniel plutôt qu'un fils. Cependant Grace ne renonce pas et promet de continuer à chercher son frère tant aimé. Un étrange et inquiétant appel la laisse perplexe : Jude la met en garde contre un danger qui approche à grand pas et détruirait toute la famille Divine. Sous l'influence du loup, elle n'hésite pas à mener l'enquête, quitte à se retrouver dans des endroits peu recommandables...

Je ne vous en dévoilerais pas plus car outre mon petit bémol, j'ai dévoré Lost Divine et je n'en ai fait qu'une bouchée. Si l'originalité est moindre, l'intrigue s'intensifie et parvient à son paroxysme à la toute fin du roman. Beaucoup d'actions, des retournements de situation feront vibrer le lecteur ainsi que la naissance d'une nouvelle idylle entre Grace et un tout nouveau personnage (Talbot), qui arrive dont je ne sais où mais qui possède un potentiel des plus intéressants, influençant vivement notre héroïne. Calqué sur le même schéma que Crescendo, je regrette que l'auteur n'est pas fait preuve d'un peu plus de personnalité. Pour comparaison, Grace et Daniel vont prendre leur distance. La personnalité de l'héroïne se détache de son côté fragile et vulnérable, pour devenir plus combative et rebelle. Grace a une volonté de fer et ne compte pas attendre le bon vouloir de Daniel pour enquêter dans des boîtes de nuit désaffectées. Elle agit en véritable guerrière au risque irrésistible de céder son esprit et son âme au loup. Un point positif : le roman s'éloigne de la trame fantastique et flirte avec le genre de l'urban fantasy, banlieues, usines, quartiers peu fréquentables et nous gratifie d'un panthéon de démons : les akhs, un gang appelé Les Rois de l'Ombre...il y a de la matière pour le plus grand plaisir du lecteur. Vous l'aurez compris, l'histoire d'amour est moins le centre d'intérêt de ce roman qui surfe sur le genre bit-lit. Fini les héroïnes esseulées, pleurnicheuses et s'adonnant à leurs états-d'âme, faites place aux nouvelles adolescentes victorieuses et surtout qui assument leur destin. Un bon moment de lecture et toujours la même envie : la suite.


Les avis de Bladelor, Fantasia, Adalana

mardi 28 juin 2011

Deux filles sur le toit

Alice Kuipers

Albin Michel Jeunesse
Collection Wiz
Traduit de l'anglais par Dorothée Zumstein
Paru en Mai 2011
250 pages
13,50 euros


Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Deuil, Adolescence, Tranche de vie


"Je fixe les mots noirs comme des petites araignées, les regarde tisser leur toile. Il y a quelque chose de plaisant à remplir une page blanche, même si je n'avouerais jamais cela à Lynda. Ce cahier vierge, elle me l'a donné quand je suis allée la voir mardi.
- Ecrire dans ce cahier t'aidera à te souvenir.
- Et si je n'en ai pas envie ?
- Tu devrais, à mon avis.
- Ca ne changera rien.
- Faudrait peut-être que tu essaies.
J'ai levé les yeux au ciel."


Le précédent roman d'Alice Kuipers, Ne t'inquiète pas pour moi fut un coup de coeur. Plus que la forme originale d'une relation mère-fille ponctuée par des post-it laissés sur le frigo, c'était l'authenticité et la sobriété avec lesquelles l'auteur a su parler du deuil qui m'avait bouleversée. Dans 2 filles sur le toit, le sujet du deuil d'un être cher est encore abordé sous une forme narrative différente mais qui n'en reste pas moins émouvante. C'est celle du journal intime où la jeune Sophie Baxter livre une tranche de sa vie. C'est sa psychologue, Lynda, qui lui conseille d'écrire et l'adolescente se livre à un exercice particulièrement difficile. Si le lecteur s'attendait à comprendre les circonstances tragiques qui ont conduit la soeur de Sophie à décéder, il n'en est rien. Car depuis un an, Sophie et sa mère dénient la mort et vivent le deuil chacune à sa manière autrement dit en distance, en non-dit, en larmes contenues et surtout en absence totale de dialogue. Sophie se sent seule, abandonnée et évolue en décalage avec les préoccupations actuelles de sa meilleure amie Abigail. Son journal décrit son quotidien : les cours au lycée, ses relations avec les professeurs, les tensions avec son amie, obnubilée par les fêtes et les garçons...mais rien sur la mort d'Emily. Sophie n'exprimera pas sa souffrance ni sa douleur et refoule toutes ses émotions pour essayer de réapprendre à vivre. C'est en la personne de Rosa-Leigh qu'elle trouvera du réconfort. Rosa-Leigh, écrivaine, poète dans l'âme, fraîchement arrivée en classe, invite Sophie à s'initier à la poésie. Devant ses accès d'angoisse et ses crises de panique, Sophie va devoir affronter la réalité et se forcer à se souvenir...

Alice Kuipers a choisit de ne rien nous révéler du drame déchirant qui est survenu, un an auparavant et qui a causé la mort d'un être cher. La mort, qu'elle survienne progressivement à cause d'une maladie ou soudainement par un accident laisse le même vide, le même trou béant pour ceux qui restent, repliés sur eux-même, harcelés par la solitude ou la culpabilité. Cela rend ce roman plus fort et subtil car le lecteur sera spectateur de la lente guérison psychologique et physique de Sophie. Avec des mots sobres, une sensibilité tout en finesse et en justesse, Deux filles sur le toit évoque la renaissance après la souffrance, le combat courageux d'une adolescente qui cherche à se reconstruire. C'est un roman bien triste, très émouvant mais en même temps, comme à chaque fois qu'on parle de la perte d'un être cher, se profile une note d'espoir, cette toute petite touche lumineuse qui rend ce texte fort et attachant. Un beau roman.



lundi 27 juin 2011

La Peine du Menuisier

Marie Le Gall

Le Livre de Poche
Paru en Janvier 2011
317 pages
6,50 euros


Prix Bretagne 2010
Prix des Lecteurs 2011


Quatrième de couverture : La narratrice grandit dans une atmosphère lourde de non-dits, dans une maison écrasée par le silence, dont les murs de pierre suintent le mystère… Son père n’est qu’une ombre solitaire. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions, mais on est taiseux dans le Finistère. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance, mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité. D'une plume à la fois vibrante et pudique, Marie Le Gall décrypte l'échec d'une relation père-fille.


Récit intime d'une relation père-fille marquée par le silence et la distance, La Peine du Menuisier raconte l'enfance de la narratrice, dans les années 50, en Bretagne. Née d'une mère mélancolique, soeur d'un enfant handicapé mental et fille du "Menuisier", la narratrice grandit tant bien que mal, entourée de non-dits et de secrets. L'ambiance dans la maison est austère, timide, imprégnée d'une tristesse infinie. Les morts et les vivants cohabitent, les uns se fuient alors que les autres sont encadrés et posés sur les murs. Le poids des photos est lié à un passé lourd d'émotions, un passé que la narratrice s'efforce de connaître pour enfin comprendre son histoire et le mutisme d'un père absent. Avec pudeur et délicatesse, Marie Le Gall nous plonge dans une atmosphère grise, nostalgique, tournée sans cesse vers l'Ankou. On a l'impression que la mort suit cette famille modeste et l'on voudrait briser le silence instauré consciemment. Les mots sont forts, vivaces, parfois poétiques...c'est l'écriture de la quête personnelle où l'on sent à quel point le récit peut exercer sa fonction exutoire et son évocation libératrice d'une narratrice qui se livre pour guérir. Emouvant certes, mais dramatique en soi et éprouvant, oppressant. Malgré des débuts difficiles, j'ai poursuivi ma lecture grâce à la fascination d'un pays, la Bretagne pour ses traditions familiales et sa religion. J'ai beaucoup aimé le portrait de jeunesse d'une enfant qui se faisait de la mort une amie, envoûtée par les cimetières et les photos des morts, surtout des enfants. Il y a là, la douleur mais il y a aussi beaucoup d'amour. Ce récit autobiographique est très beau par sa sobriété mais il me laisse comme un goût amer : celui des regrets, celui d'un gâchis familial.



dimanche 26 juin 2011

Alvin Ho Tome 2

Allergique aux fêtes d'anniversaire, projets scientifiques et autres catastrophes d'origine humaine

Lenore Look
Illustré par Leuyen Pham

Editions Tourbillon
Traduit par Sidonie Van den Dries
Paru en Juin 2011
186 pages
9,95 euros


Lecture dès 7 ans
Thèmes : Ecole, Amitié, Famille, Vie quotidienne


Quatrième de couverture : Pourquoi Alvin Ho est-il si effrayé par les fêtes d’anniversaire et en particulier celles que les filles organisent ? Et comment réussit-il à surmonter sa peur quand il reçoit une invitation ? Un roman illustré gorgé d’humour ! Alvin Ho est de retour !


On savait qu'Alvin Ho avait peur des filles, du noir et de l'école...toujours accompagné de son KAC autrement dit sac de survie au cas où il croiserait une fille ou devrait adresser la parole à la maîtresse. Alvin Ho est de retour avec ce deuxième volet des aventures de ce jeune froussard à la langue bien pendue! Et que dire de ses aventures qui frôlent le paranormal et le surnaturel! Ca commence fort lorsqu'en pleine visite scolaire, au cours du "Circuit Abolition" au beau milieu de pierres tombales, il découvre le trépas des esclaves et fait la rencontre du fantôme de Louisa May Alcott! A partir de cet évènement très traumatisant, puisqu'il a réussi à s'évanouir devant tant de stress psychologique, Alvin va enchaîner les catastrophes...disons d'origine humaine! Qu'entend-t-on par origine humaine? Et bien une petite fête d'anniversaire...dont l'invitation provient d'une...fille! Désespéré, Alvin se voyait plutôt à la fête d'un copain avec un super déguisement de chef indien! Hélas le Dieu des anniversaires en a décidé autrement et voici notre courageux Alvin préparant un sac spécial, un KACPA (un Kit Anti-Catastrophe Pour Anniversaire). Un guide complet et précieux, élaboré avec soin grâce au cours de la cousine Betty, experte en dînette, goûter d'anniversaire et autres réunions privées où le thé est de mise! Alvin a appris les bonnes manières...mais lorsqu'il se retrouve finalement invité aux deux fêtes et que celles-ci tombent le même jour à la même heure...Euh je ne pense pas que le KACPA puisse répondre à ce genre de dilemme?

Encore une fois je me suis régalée avec mon petit héros préféré. On se demandait ce que Lenore Look allait inventer pour nous faire rire...Ne cherchez plus, elle s'inspire directement du quotidien et puise son inspiration dans l'imagination débordante et parfois décalée des enfants! Comme le fameux Miracle en pot qui permet l'invisibilité totale (sauf des yeux!), idéal pour se camoufler lorsque la copine très énervée veut régler les comptes. Le problème étant que le miracle en pot n'est autre que la crème cosmétique très très chère de maman. Et que dire de la scène d'apprentissage d'Alvin, initiation accélérée sur Comment bien se tenir à une fête remplie de filles. Ce deuxième tome est toujours aussi savoureux grâce à l'humour et à l'enthousiasme communicatif que provoquent les bêtises d'Alvin. Toujours aussi attachant malgré ses phobies, Alvin est un héros particulièrement réjouissant. Une chose est sûre : on en redemande!



Merci à Inès et aux
éditions Tourbillon pour l'envoi.
A lire ! L'article de ma copine Thalie qui elle aussi a craqué pour Alvin!
Alvin Ho. Allergique aux filles, à l'école et a tout ce qui fait peur, c'est ici

samedi 25 juin 2011

Rouge rubis

Kerstin Gier

Milan Jeunesse
Traduit de l'allemand par Nelly Lemaire
Paru en Mars 2011
350 pages
13,90 euros


Roman ados dès 12 ans
Thèmes : Fantastique, Histoire, Famille



"Elle est le Rubis, la douzième, l'ultime voyageuse. Avec elle, le Cercle est refermé, le secret révélé. Un secret qui remonte à la nuit des temps."



Rouge rubis est le premier tome d'une nouvelle trilogie qui nous arrive d'Allemagne. Intriguée par les quelques lignes de la quatrième de couverture, j'avais envie d'en savoir plus. Et je n'ai pas été déçue. Rouge rubis démarre sur une intrigue aussi passionnante que mystérieuse et dès les premières pages, le lecteur est pris dans les filets de la famille Montrose. Nous sommes à Londres dans une belle demeure ancienne, celle de Berkeley Square. Gwendolyn vit depuis sa naissance avec sa mère, sa grand-mère, ses tantes et sa cousine Charlotte. La famille Montrose descend d'une longue lignée de Gardiens, "porteurs du gène" et dotés de la capacité à voyager dans le temps. Charlotte semble déjà toute désignée à cette mission et suit une éducation stricte, accompagnée d'entraînements physiques et psychologiques. C'est que pour le jour du grand saut, il faut être prêt. Atterrir en plein XIXe siècle ne s'improvise pas ! Sous le regard amusé de Gwendolyn, Charlotte se prépare donc à son premier voyage dans le temps et se montre prétentieuse, méprisable, imbus d'elle-même. Tout le contraire de Gwendolyn qui vit une scolarité normale et se gave de culture pop en regardant des films et des séries TV (comme on la comprend!). Puis Gwendolyn a elle aussi son don particulier et cela lui suffit amplement : discuter avec les défunts rend son quotidien plus intéressant. Ses visions ne sont pas prises au sérieux par sa famille notamment sa grand-mère qui la considère comme une enfant immature et désinvolte. Alors lorsque Gwendolyn ressent les signes précurseurs d'un bond dans le passé, elle panique. Elle n'est pas censée être la porteuse du gène, ce destin est réservé à sa cousine. La famille Montrose n'a pas fini de révéler ses secrets et ses rivalités pour la place tant convoitée du Douzième Gardien...

Rouge rubis est captivant de bout en bout. J'ai littéralement dévoré ce roman, happée par une héroïne attachante dont le regard d'observateur ne cesse de vous inciter à lire la suite. Kerstin Gier bouleverse l'intrigue en inversant les rôles. Alors qu'on avait une porteuse toute désignée, c'est la fille la moins aimée de la famille qui en hérite! Gwendolyn, novice, débarque chez les De Villiers, famille anglaise dont les élus sont masculins. Les suspicions sur son prétendu et soudain pouvoir vont bon train, sur fond de secrets et de mésentente entre les soeurs Montrose. Si le premier tome pose les bases, l'auteure a pris le soin d'étoffer son intrigue et mêle délicieusement trois thèmes : l'adolescence avec son lot de questions, l'amour (possible ? naissant ?) entre Gwendolyn et son équivalent masculin Gideon de Villiers et le fantastique. Le ton est drôle, décalé et les répliques fulgurantes entre une Gwendolyn dépassée et un Gideon de Villiers exaspéré, puisqu'il ne s'attendait pas du tout à un tel retournement de situation. Les voyages dans le temps sont l'oeuvre d'un étrange Comte de Saint-Germain, qui aurait conçu un appareil, le chronographe, transmis de génération en génération, qui permet aux Gardiens de combattre le mal...tout ceci bien évidemment formant un cercle privé, les Veilleurs. Début plus que prometteur et excellent donc, pour Rouge rubis qui réunit une ambiance londonienne, une intrigue excitante avec voyage dans le passé, enquête historique, disparitions de deux gardiens, de l'humour, une dose de mystère et un duo bien pimenté. Vivement la suite !


Un immense merci à Géraldine et aux éditions Milan Jeunesse pour la découverte!
A noter : Le deuxième tome Saphir bleu, paraîtra au second semestre 2011,
et le dernier, Vert émeraude, au premier semestre 2012.
A propos de l'auteur : Kerstin Gier, née en 1966, est allemande.
C'est une auteure très populaire dans son pays, célèbre pour ses romans d'humour
et d'amour pour jeunes adultes et adolescents.

mardi 21 juin 2011

L'été où je t'ai retrouvé

Jenny Han

Albin Michel Jeunesse
Collection Wiz
Traduit de l'américain par Alice Delarbre
Paru en Juin 2011
311 pages
13 euros


Roman ados dès 12 ans
Thèmes : Ete, Amitié, Deuil


Quatrième de couverture : Belly ne chasse plus ses tristesses. Elle les laisse venir. Après tout, elle ne passera pas l'été dans la maison de la plage. Susannah n'est plus là, Conrad ne donne aucune nouvelle. Un soir, Jeremiah préviens Belly que Conrad a disparu. Le coeur de la jeune fille se remet à battre à toute allure. Elle monte dans sa voiture et ensemble, sans un mot, ils roulent vers le même but. Retrouver Conrad. Retrouver la maison de la plage, le seul endroit où il a pu se réfugier...


L'été est bel et bien fini...Celui de l'enfance et de l'insouciance de Belly, qui chaque été passait ses vacances en compagnie de Conrad et de son frère Jeremiah. Amitiés, jeux de plage, promenades ensoleillées, amours cachées, à peine dévoilées par un furtif regard de Belly pour Conrad, l'aîné. Cet été, Belly ne se rendra pas à Coussins, la maison de la plage qui appartenait à Susannah, la meilleure amie de sa mère. Entre tristesse et désespoir, Belly s'apprête à passer le pire été de sa vie. Un été vide, fade et sans bonheur sans la présence des deux frères. Plus rien ne sera comme avant. Les rires, les joies, les rendez-vous familiaux...tout ceci est absent depuis la mort de Susannah. Une tragédie qui s'annonçait vers la fin de L'été où je suis devenue jolie, premier volume qui présentait les lieux, les personnages de l'histoire sur fond de bruit de vagues et de caresses au sable chaud. Le ton était plus doux, plus léger, moins grave car dans ce second tome, c'est bien le deuil qui remet tout en question. Une année s'est écoulée, difficile, marquée par la maladie de Susannah et l'éloignement de Conrad face à une Belly esseulée, en mal d'affection. Mais lorsque Conrad disparaît et que Jeremiah demande à Belly de l'aider à le retrouver, celle-ci n'hésite pas, car l'amour pardonne tout.

Le roman alterne subtilement des flash-backs de l'année précédant L'été où je suis devenue jolie et l'on comprend bien l'évolution psychologique des personnages. Un triangle amoureux se forme, inévitablement, mais là encore, Jenny Han fait preuve de sensibilité. Les souvenirs sont intacts, les sentiments aussi, notamment ceux qu'éprouvent Jeremiah pour Belly. L'été où je t'ai retrouvé est toujours empreint de cette délicatesse. L'on sent encore la brise légère du vent et le parfum de la mer, cette tonalité douce-amère qui enveloppe les souvenirs d'un voile de tendresse, les petits coups de malice qui unissent Belly, Conrad et Jeremiah. Et le lecteur n'a pas envie de quitter Coussins... parce que nos personnages y reviennent pour guérir, pour grandir et faire face aux responsabilités. Malgré la souffrance qui les unit, Coussins est leur lien, un lieu de protection, un refuge. Un très beau roman d'apprentissage sur la mort, l'amitié, les relations adolescentes, l'amour...


A noter : Albin Michel a édité ce second tome avec la couverture américaine
et a réédité L'été où je suis devenue jolie avec la couverture VO également!

Les avis de Bladelor, Clarabel, Karine.


lundi 20 juin 2011

Reportage Béatrice Bottet

L'auteur de Rose-Aimée aux éditions Matagot/ Nouvel Angle a fait l'objet d'un reportage sur France 3- Région Paris Ile-de-France. Un reportage très intéressant qui permet de mieux comprendre l'époque où se déroule l'action de Rose-Aimée.



Et pour vous rappeler de quoi parle Rose-Aimée, voici le teaser du tome 1 : La belle qui porte malheur.




Quatrième de couverture :
San Francisco, mai 1851.
Dans le saloon bruyant et enfumé bourré de chercheurs d'or, l'homme aux cheveux gris haussa la voix : - J'ai quelque chose d'important à te demander... Le jeune marin ouvrit bien grand ses oreilles. - Es-tu capable de retrouver quelque chose à Paris ? demanda Garancher, fébrile, en lui mettant une main sur le bras. Et quelqu'un ? - Ce que vous voulez, dit Martial Belleroche avec assurance. Et qui vous voulez.
- Alors je compte sur toi. Mais surtout, surtout... il faudra te méfier, fit Garancher d'une voix grave et lugubre sans s'expliquer davantage. Il leva alors son verre et les deux hommes trinquèrent. Paris, avril 1852. Fifi-Bout-d'Ficelle sourit au public et s'inclina. Tous les spectateurs sentirent leur coeur fondre. Tous sauf un. Le piano et le violon jouèrent un prélude d'une grande intensité dramatique.
Fifi salua gracieusement en tenant sa robe à deux mains. Quelques applaudissements éclatèrent encore, vite rembarrés par des " chuuut " impatients. Et Fifi chanta la complainte de la fille qui portait malheur...

Chronique du livre prochainement sur Sous le feuillage
Thalie l'a lu et a beaucoup aimé l'ambiance
du Paris populaire du XIXe siècle, son billet ICI
Le site des éditions Matagot / Nouvel Angle

dimanche 19 juin 2011

Into the Wild

Jon Krakauer

Editeur 10/18
Collection Domaine Etranger
Traduit de l'américain par Christian Milinier
Paru en Novembre 2008
284 pages

7,40 euros



Quatrième de couverture : Toujours plus loin. Toujours plus au nord. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Christopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. En 1990, une fois son diplôme universitaire en poche, il offre ses économies à une association caritative et part, sans un adieu, vers son destin. Celui-ci s'achèvera tragiquement au cœur des forêts de l'Alaska... Jon Krakauer évoque aussi à travers cette échappée belle ceux qui, un jour, ont cherché à quitter la civilisation et à dépasser leurs limites. Magistralement porté à l'écran par Sean Penn, lnto the Wild s'inscrit dans la grande tradition du road-movie tragique et lumineux, une histoire aux échos universels.
A propos de l'auteur : Né en 1954, Jon Krakauer a grandi dans l'Oregon. Collaborateur du magazine américain Outside, il a publié de nombreux articles dans les plus grands mensuels comme National Geographic et Rolling Stone. En 1996, le magazine Outside l'envoie sur l'Everest pour participer à une expédition. Le drame dont il est alors témoin (onze alpinistes pris dans une tempête) lui inspire un livre bouleversant, Tragédie à l'Everest (Presses de la Cité, 1998), devenu aujourd'hui un best-seller.


Sous-titré Voyage au bout de la solitude, Into the Wild raconte le périple de Christopher McCandless à travers les Etats américains, dont la route et l'esprit ne cessent de le conduire toujours plus au Nord, en Alaska. Alors âgé d'un peu plus d'une vingtaine d'années et seulement après l'obtention de son diplôme universitaire, nourri par les lectures de Thoreau et de Tolstoï, Christopher décide de tout quitter notamment sa famille avec qui il entretenait des relations distantes sauf avec sa soeur Carine.
Il part avec sa vieille Datsun cabossée à la recherche de la nature. Into the Wild raconte l'épopée tragique de ce jeune homme qui refusait de vivre dans une société de consommation, où l'homme assouvi des envies dont il n'a pas besoin, et veut toujours plus. Complètement déconnecté avec un style de vie qui ne lui convenait pas (argent, achats, travail) Christopher voulait retrouver les vraies valeurs de l'homme, l'essence de l'homme à savoir le courage, l'endurance, la persévérance, l'espoir. Récit d'aventure spirituelle, en quête de vérité et d'authenticité, Into the Wild évoque les limites de l'homme face aux éléments naturels. Et quoi de plus extrême que la nature : l'homme seul avec son coeur face à une nature sauvage. Christopher McCandless a affronté le froid, la faim, et s'est alimenté de baies, s'est abrité avec rien. La richesse de l'homme ne se mesure pas à sa maison, à son argent, à sa position sociale et à son confort. Tout ceci ne vaut rien quand vous vous retrouvez seul dans la nature, livré à vous-même, ne comptant que sur votre force et votre coeur pour vous en sortir, pour survivre...

Alors qu'un groupe de chasseurs retrouve le corps décomposé de Christopher en août 1992, certains seront tentés de le considérer comme un idiot, un inconscient, un marginal qui n'a fait que faire souffrir sa famille en leur infligeant des années d'absence et de silence. Mais qui est-on pour juger ce qu'il y a dans le coeur d'un homme? Christopher est mort en défendant ses idées, ses valeurs d'humanité et son road movie est un hymne puissant à la nature, au respect qu'elle inspire, à sa beauté. Jon Krakauer a écrit ce livre sans partie pris, et suit les traces de ce jeune homme qui avait, dit-on un grand coeur ; un homme souriant, heureux en communauté mais portant un regard critique sur le matérialisme et le capitalisme. Jon Krakauer évoque aussi, à travers le parcours de Christopher, tout ceux qui comme lui, ont précédemment quitté la société pour rejoindre la nature et sont morts pour leurs convictions. Réalisé par Sean Penn, en janvier 2008, le film saisit toute la dimension spirituelle de cette quête initiatique pour la liberté et le bonheur. A la fois dramatique et lumineux, le parcours de Christopher McCandless porte en lui des échos universels, des questions existentielles et philosophiques que l'homme a oublié, constamment obnubilé par un mode de vie stressé, pressé. Il oublie l'essentiel, il oublie que la nature reste, indomptable, immortelle, nous rappelant sans cesse par son intolérante beauté que nous ne sommes que poussière.

Des champs de blé du Dakota aux torrents tumultueux du Colorado, en passant par les communautés hippies de Californie, Christopher va rencontrer des personnages hauts en couleur : un couple hippie, une adolescente amoureuse, un vieillard alcoolique... Autant de personnes qui apprendront à connaître Chris, à l'aimer et chacun en ressortira différent, façonnés par la vision de ce jeune homme hors du commun. Bouleversant et touchant, on ne peut être indifférent à la mort de Christopher McCandless. Agrémenté d'extraits des grands auteurs du courant littéraire appelé le Nature Writing, Jack London, Wallace Stenger, Henry David Thoreau, Into the Wild est une bonne introduction à ce genre peu connu, qui mêle considérations autobiographiques et observations de la nature.



Lu dans le cadre du Challenge Nature Writing, organisé par Folfaerie.


samedi 18 juin 2011

Rossignol

Un livre de Benjamin Lacombe & Sébastien Perez

Seuil Jeunesse
Paru en Mai 2011
36 pages
17 euros


Album Jeunesse à partir de 5 ans
Thèmes : Différence, Amitié, Colonie



Mais qui est donc le mystérieux auteur de papiers griffonnés que découvrent les pensionnaires d'une colonie de vacances en bord de mer ? Des poèmes joliment croqués sur la personnalité de chacun, des mots choisis avec sensibilité et délicatesse, amusants, un brin moqueurs, qui entraînent les camarades Hugo, Rosie, François et leur intendant dans un jeu de piste énigmatique...une enquête raffinée qui les mènera au vieux théâtre où ils découvriront Rossignol.



Un pensionnat en bord de mer, un intendant qui nous rappelle Jacques Tati, des morceaux de papier peints au charme suranné et nostalgique, une ambiance des années 50 et un appel à l'amitié...voilà ce que nous offre le dernier album de Benjamin Lacombe et de Sébastien Perez. L'illustrateur a changé de technique et utilise des crayons fins, des couleurs pastelles pour retranscrire à merveille la sensibilité et la fragilité du héros caché de l'histoire. Car cet album parle d'un garçon timide, invisible aux yeux de ses camarades qui a trouvé un moyen d'expression poétique pour communiquer son envie d'amitié. Le texte de Sébastien Perez est touchant, teinté de mélancolie et d'une très belle délicatesse. Un magnifique album, d'une qualité certaine.



Le blog de Benjamin Lacombe

jeudi 16 juin 2011

Chi, une vie de chat - Tome 4

Konami Kanata

Glénat
Collection Kids
Traduit par Kayo Chassaigne et Elodie Lepelletier
Paru en Mai 2011
10,55 euros



Que c'est bon d'avoir une vie de chat ! Surtout lorsque les maîtres s'amusent à déménager. Nullement ennuyée par les cartons qui remplissent la pièce, Chi s'invite à préparer le déménagement. Eh oui! Chi fait partie de la famille et il était hors de question que les Yamada l'abandonne ou la fasse adopter ! Bingo ! Ils ont trouvé un autre appartement dont le règlement de l'immeuble accepte les animaux domestiques. C'est l'heure du pliage et de l'emballage des bibelots et toute la famille s'y met, même Chi. Mais où est-elle donc passée ? On l'entend miauler mais parmi tous les cartons, dans lequel Chi s'est-elle faufilée ?
Vous l'aurez compris, amoureux de Chi, que ce tome 4 est le tome du déménagement, un grand dénouement dans la vie de notre chatte adorée puisque celle-ci va devoir se familiariser à un nouvel environnement. Les chapitres inspirés de ce fait divers sont terriblement bien croqués : une Chi perdue lorsqu'elle découvre un appartement tout vide, perturbée et qui cherche sa place, marquant son territoire en frottant le sol avec ses petites pattes ! Tout le travail d'adaptation à un nouveau foyer est à refaire et cerise sur le gâteau, il y a même un escalier dans la nouvelle maison des Yamada, ce qui nous vaut certains épisodes bien drôles. Chi explore, grimpe, se faufile, teste des endroits, cherche son coin bien douillet...sous les yeux de ses maîtres amusés.

Pagaille en rafales, séances de cache-cache, scènes de douceur et de caresses, ce quatrième tome tient toutes ses promesses. On rit, on s'émeut, on s'esclaffe, on pousse des "oh" d'attendrissement et d'affection et surtout l'on se remémore avec joie nos propres moments passés en compagnie de notre animal. Le prochain tome est prévu pour juillet...ça va être dur d'attendre!

Le bonus : créer ton mini manga Chi en découpant et en assemblant un épisode du tome grâce aux mini-feuillets et aux couvertures cartonnées fournies sur le rabat du manga ! Un mini-Chi à emporter partout !

mardi 14 juin 2011

Les Vacances

Comtesse de Ségur

Editions Tourbillon
Collection Histoires universelles
Illustré par Magali Clavelet
Paru en Mai 2011
202 pages
13,95 euros


Lectures 8/12 ans
Thèmes : Classique de l'enfance, France du XIXe siècle, Amitié


Quatrième de couverture : C’est le début de l’été Camille Madeleine Sophie et Marguerite retrouvent leurs cousins et amis pour les vacances. C’est le temps des cabanes et des chasses aux papillons. L’ambiance est joyeuse dans le château des Fleurville. Le retour du cousin de Sophie, Paul et du père de Marguerite, Monsieur de Rosbourg après le naufrage de leur bateau puis leur vie auprès des sauvages vont resserrer les liens entre tous.



Honte à moi! Je crois n'avoir jamais lu Les Vacances de la Comtesse de Ségur! Honte à moi puisque je n'ai lu que Les malheurs de Sophie alors qu'il faudrait avoir lu toute l'oeuvre de la Comtesse! Auteure de la littérature française classique de notre enfance, passage obligé pour tous les écoliers! J'ai failli à mon devoir mais je me rattrape!
J'ai adoré Les Vacances et je ressors de cette lecture avec une riche idée : m'offrir dans la même collection Les Malheurs de Sophie et découvrir Les Petites Filles modèles. A chaque fois que je présente un roman de cette collection "Histoires universelles" je retrouve le plaisir d'avoir lu un bon classique, qui plus est dans une mise en page parfaitement adaptée à l'esprit de cette collection. Plutôt qu'un livre de poche, la collection "Histoires universelles" propose de faire découvrir ou redécouvrir des classiques de la littérature en optant pour un choix de mise en page soignée. Les illustrations sont toujours en harmonie avec le ton de l'histoire, la couverture est cartonnée et le format est proche des beaux-livres, ni poches, ni romans ado, un entre-deux qui a idéalement sa place en bibliothèque et qui possède un "je ne sais quoi en plus" et qui fait que je préfère toujours ce choix de modèles pour un classique plutôt qu'un poche. Je commence à avoir une petite collection avec Alice au Pays des merveilles, L'île au trésor, Le voyage d'Edouard Tulane, Peter Pan et Les Vacances... je peux vous le garantir, impeccablement disposés et alignés, ils sont du plus bel effet derrière la vitrine. Quand on les voit, on sait qu'on a une chouette collection de classiques, tout prêts qu'ils sont à être transmis et lus par nos enfants.

Les Vacances c'est deux mois d'été passés en compagnie de Sophie de Réan, de ses amies Madeleine, Camille, Marguerite et de leurs cousins Jacques, Léon et Jean. Tout ce beau monde séjourne au domaine de Fleurville, somptueux château agrémenté de jardins et d'une forêt où les enfants ont décidé de construire une cabane. Hormis la chasse aux papillons, les chamailleries, les parties de pêche, les vacances sont aussi l'occasion de formidables et inespérées retrouvailles qui font chaud au coeur. Sophie retrouvera son cousin Paul ainsi que M de Rosbourg, père de Marguerite, tous deux crus morts noyés dans un naufrage. Leur retour est une véritable source de joie et de bonheur mais aussi source de discussions et de veillées tardives... Les Vacances est une bouffée d'air pur, un concentré de vitamines et de bonne humeur puisqu'entre rires et larmes, la tendresse émane de l'écriture réjouissante de la Comtesse. Il y a comme un air d'insouciance, un air qui nous rappelle des souvenirs d'enfance quand l'été était synonyme de promenades, de piques niques, de baignades, de moments chaleureux avec les copains, les parents. Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres et le ton parfois "bon enfant" donne un charme suranné au texte intégral. On retrouvera le ton moralisateur, empreint de bons sentiments qui met en garde contre les méchantes pensées, l'arrogance, le vol et autres désagréments liés à l'injustice. Mais Les Vacances est un récit qui n'a pas pris une ride, toujours plein d'une fraîcheur naïve, toujours plein de douceur... Un petit mot des illustrations de Magali Clavelet qui agrémentent joliment le texte grâce à des traits tout en rondeur, des couleurs printanières et l'expressivité des personnages. Des illustrations qui restent fidèles à l'espièglerie d'un Jacques vigoureux et à la malice d'un Léon fort capricieux. Des illustrations qui donnent le sourire tout comme cette histoire d'amitié.


Un très grand merci à Inès et aux éditions Tourbillon pour l'envoi.
Edelwe est conquise

lundi 13 juin 2011

Expiation

Ian McEwan

Editions Gallimard
Collection Du monde entier
Traduit de l'anglais par Guillemette Belleteste
Paru en Juillet 2003
487 pages
24,50 euros


Quatrième de couverture : Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Finis les contes de fées et les mélodrames de l'enfance. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour ne se recroiser que cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. La brutalité du réel va faire mûrir Briony. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Prolongeant une grande tradition anglaise, celle de Lawrence et du Messager, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites du romancier, Ian McEwan restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus. Peintre admirable de la fragilité du bonheur et de la douleur du souvenir, il nous livre, avec Expiation, son roman le plus abouti.
A propos de l'auteur : Né en 1948, Ian McEwan est considéré comme l'un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. Outre Les chiens noirs et Délire d'amour, on lui doit, entre autres, Le jardin de ciment, Un bonheur de rencontre et L'innocent, tous accueillis par une presse enthousiaste et qui ont été adaptés à l'écran. Publié en 1987, L'enfant volé a reçu le prestigieux Whitbread Novel of the Year Award et, en France, le prix Femina étranger (1993). Amsterdam a reçu le Booker Prize en 1998.


J'ai vu le film "Reviens-moi" (Atonement) avant de lire le livre. Bouleversée, émue par la fin, j'ai eu envie de lire Expiation mais j'ai mis du temps. Après réflexion, j'ai beaucoup apprécié le roman même si j'ai trouvé qu'il souffrait de quelques longueurs notamment dans la deuxième partie. Ce "reviens" est un leitmotiv dans tout le livre. Une supplication entre Cécilia et Robbie, dont l'histoire d'amour est gravement marquée par un acte grave.

Nous sommes en Angleterre, en 1935, dans une belle demeure de campagne, chez une famille bourgeoise, les Tallis. La mère Emily souffre de migraines chroniques et semble en proie à une sorte de torpeur mélancolique. Elle reste souvent enfermée dans sa chambre, fenêtres à demi closes et tente d'échapper à la canicule de cet été. Briony, 13 ans, se nourrit de ses réflexions, de son imagination et de ses écrits. Observatrice, à l'affût d'un moindre sujet de rédaction, Briony a choisi sa carrière : celle de devenir romancière. Cécilia, l'aînée est dans l'attente du grand frère Léon, qui doit revenir pour la soirée avec un ami d'université. Robbie, le fils de la domestique est promis à un avenir brillant grâce à la mention obtenue à son diplôme de médecine. Fou amoureux de Cécilia, les relations entre les deux jeunes gens sont marquées par l'incompréhension même de Cécilia face à ce qu'elle ressent. Mais les regards sont enflammés, les gestes retenus, les paroles à demi prononcées...Briony va assister à une première scène qu'elle ne comprend pas. Une scène qui la choque et qui commence à faire germer dans son esprit débordant, une pensée victime de tabous sexuels, victime aussi du manque de connaissance des relations adultes. Puis une deuxième scène maladroitement interprétée par Briony va faire basculer la tendance vers un drame. Briony est désormais intimement persuadée que Robbie met en faute sa soeur Cécilia. Plus tard dans la nuit, la cousine de Briony se fait violer, mais là encore les mots sont interdits, rien n'est expliquer. Il faut un coupable. Robbie est tout désigné par la foi inébranlable de Briony, dont l'innocence ne peut mesurer intelligemment les passions adultes...

Le roman de Ian McEwan est un roman chef-d'oeuvre, un roman d'une extrême subtilité et habileté en matière d'écriture des sentiments. La première partie est admirablement bien décrite : une famille anglaise classique, une ambiance très particulière entre la canicule et les relations alambiquées des adultes...l'interprétation de scènes osées par une fille de 13 ans puis le drame naissant dont l'apogée se situe à la dénonciation d'un crime qui bouleversera des vies entières. Celle de Cécilia, une femme en colère qui rompt avec sa famille ; Robbie qui part en prison, injustement incriminé ; Briony qui se punit et abandonne son rêve pour rejoindre les rangs des infirmières. Ian McEwan tisse une intrigue d'une incroyable densité multipliant les points de vue, les jeux de miroirs. Si le roman parle d'expiation, de pardon, de culpabilité, il nous sensibilise également au pouvoir de l'écrivain, aux conséquences de l'imagination qui peuvent être destructrices, aux limites de l'interprétation. Il évoque avec force la douleur du souvenir quand celui ci est imperméable au temps, toujours présent à cause d'une culpabilité persistante. Comment la réalité peut-elle être mal interprétée par une subjectivité facilement vulnérable ? J'ai ressenti un profond mépris pour Briony l'enfant, une enfant qui pour ma part m'a semblé égoïste, jalouse et capricieuse. On retrouve tous ces personnages, cinq ans plus tard, dans la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Leurs vies se recroisent et Briony tente d'expier sa faute, de réparer ce gâchis.

Expiation est un roman d'une qualité certaine, nous rappelant sans cesse que le bonheur ne se livre qu'en instants, éphémères, vivants mais fuyants. Magnifique fresque qui illustre les ambigüités des rapports de classe, des rapports adultes/enfants et qui dessine l'humanité irréductible de chacun, chargé du poids omniprésent de la mémoire impitoyable.




Les avis de Lilly, L'Ivresque des Livres, Dasola,
Theoma, Fashion, Allie, Keisha
et Manu
Un coup de coeur pour Karine

dimanche 12 juin 2011

Mon tour de France des blogueurs

Anna Sam

Editions Stock
Paru en Mai 2011
211 pages
16 euros


Quatrième de couverture : Les blogs ont envahi le web. Beaucoup disparaissent chaque jour faute de visiteurs, mais certains jouissent d’une visibilité et d’une fréquentation exceptionnelles qui en font un véritable phénomène de société. En marge des médias traditionnels, les concurrençant de plus en plus souvent, ils sont devenus incontournables dans plusieurs domaines, que ce soit la mode, la cuisine ou même la chronique sociale ou politique. C’est un changement complet dans le tissu social qu’ils indiquent..Mais on ne sait pas vraiment qui sont les blogueuses et les blogueurs. Pour quelques-uns devenus réellement célèbres dans la sphère publique, l’immense majorité demeure anonyme alors qu’ils reçoivent sur leur blog la visite quotidienne de milliers d’internautes. Soit qu’ils n’indiquent qu’un pseudo, soit qu’ils apparaissent sous leur vrai nom, on ne les voit pas, on ne les entend pas ou peu à la télé ou à la radio. Anna Sam fait partie des rares que l’aventure du blog a conduit à sortir de l’ombre du web.
Titulaire d’un DEA de Lettres et travaillant comme caissière dans un hypermarché, elle a tenu un blog très fréquenté racontant son expérience quotidienne de la grande distribution. S’en est suivi la publication d’un livre, Les tribulations d’une caissière, qui fut un succès.Anna Sam a eu l’idée de partir à la découverte des blogueurs, cette communauté à part et de plus en plus influente, pour savoir qui ils sont, comment ils gèrent leur activité qui s’ajoute souvent à leur « vrai » métier, comment la notoriété sur le web a transformé leur vie, etc.En une série de portraits vifs et enjoués, elle nous emmène dans un tour de France insolite, jamais entrepris.

A propos de l'auteur : Anna Sam a 30 ans, elle est titulaire d’un DEA de Lettres modernes. Elle a travaillé plusieurs années comme caissière dans la grande distribution. Elle a tenu un blog très consulté racontant cette expérience, qui est par la suite devenu un ouvrage à succès, Les tribulations d’une caissière (Stock, 2008), vendus à plus de 90 000 exemplaires. Elle est également l’auteur de Conseils d’amie à la clientèle (Stock, 2009). Elle est aujourd’hui passé de l’autre côté en devenant formatrice dans la grande distribution.


Je n'ai pas lu Les tribulations d'une caissière d'Anna Sam, aussi lorsque les Editions Stock m'ont contacté pour recevoir ce livre, je ne partais sur aucun a priori. Le nouveau livre d'Anna Sam est un tour de France (même si j'ai été très déçue que les blogs parisiens tenaient la mainmise) des blogueurs autrement dit un road movie dans le monde des nouvelles technologies du web. L'idée en soi est excellente et Anna Sam nous présente les portraits de 15 blogueurs qui sont entrés dans l'aventure du blog ou du site internet. Car très vite les fonctionnalités d'un blog ne permettent plus d'assurer le suivi de milliers de lecteurs, et l'administrateur doit se tourner vers la création d'un site personnel. Ce que je risquais dans ce genre de livre, c'était la liste sur "comment créer un blog à succès" et toutes les techniques pour devenir un super blogueur. En fait pas du tout, Anna Sam a choisi une écriture sympathique, très humaine, et est partie à la rencontre des blogueurs. Pas n'importe lesquels me direz-vous! Puisque ce sont des blogueurs professionnels qui pour beaucoup ont réussi à trouver un job en rapport avec leur site et sont devenus chroniqueurs professionnels. Des blogs qui atteignent jusqu'à 50 000 visiteurs par jour! Le rêve de tout blogueur!! Le choix des thèmes est vaste puisqu'on découvrira des blogs spécialisés en cuisine, en oenologie, en mode, en BD, en nouvelles technologies, en recherche d'emploi et des blogs jouant sur un contenu moins ordinaire. "L'inconnu du métro" de Marie Dinkle par exemple qui dresse le portrait d'une personne au hasard, le temps d'un trajet dans les transports en commun. Une photo, quelques mots et Marie réussit à captiver l'attention de ses lecteurs.

Ce qui m'a bien plu dans ce parcours c'est le ton donné par Anna Sam. On part à la rencontre d'un blogueur, et tout se passe "à la bonne franquette"... Rendez-vous dans un café, autour d'une passion, on discute comme l'on discuterait avec des amis. Cela donne à ce livre une part moins sérieuse, moins académique et surtout moins promotionnelle! Anna Sam veut nous faire partager ses découvertes, ce qui fait que ce blog a un je ne sais quoi de plus. J'ai beaucoup aimé et cela m'a donné de nombreuses idées parce que oui j'aimerais bien qu'un employeur repère mon blog et me propose d'être assistante d'édition! Mais cela ne concerne qu'une minorité. Les 15 blogs présentés sortent du lot! Ils sont passés de l'internet à la réalité et je trouve que c'est encourageant et merveilleux !

Ce que je retiens : tous les blogs sont animés et vivent grâce à une passion. Un blog est certes personnel, moyen d'expression, liberté de partager mais c'est aussi, malgré les millions qui existent sur le web, quelque chose d'unique. Il faut savoir garder sa personnalité et le transmettre par un contenu original. A l'issue de cette lecture, je suis bien pensive et bien rêveuse. Et quelque chose me rassure : tant qu'on a la passion, peu importe si votre blog rentre dans le classement top Wikio, peu importe le nombre de ses visiteurs, tant qu'on en retire un épanouissement personnel, c'est l'essentiel.
Un petit bémol : où sont les chroniqueurs littéraires ??


Un grand merci aux Editions Stock pour l'envoi.
Le site d'Anna Sam

Lire l'avis de Géraldine


samedi 11 juin 2011

Chi, une vie de chat - Tome 3

Konami Kanata

Glénat
Collection Glénat Kids
Traduit par Fédoua Lamodière
Paru en Mars 2011
146 pages
10,55 euros



Quel régal de retrouver notre adorable petite chatte, notre Chi toujours aussi chipie, amusante, drôle et attachante. C'est simple, on retrouve toujours les mêmes termes pour parler de ce manga destiné, je le rappelle à un public enfant. Mais les adultes, amoureux des chats, n'auraient pas intérêt à bouder leur plaisir! Dans ce tome 3, l'intrigue se resserre un peu plus sur la famille Yamada. La témérité et la curiosité de Chi la poussent à découvrir l'extérieur de la maison. Elle a envie de sortir gambader à la recherche de ses proies favorites! Fidèle à son ami gros matou Noiraud, Chi a envie de le suivre et de l'imiter. Explorer les alentours devient un vrai petit jeu débutant par une prouesse inouïe : ouvrir la baie vitrée avec ses petites papattes...Les petites virées dehors, c'est bien sympa mais le souci c'est que Chi va rapidement se faire repérer par la concierge de l'immeuble. Immeuble où les animaux sont interdits de séjour sous peine d'exclusion du locataire...

On ne le répètera jamais assez : on adore Chi. Je suis toujours aussi séduite par le graphisme qui met joliment en scène les aventures trépidantes du chaton. Ce tome 3 est des plus instructifs puisqu'il donne des conseils aux enfants : ne pas laisser sortir le chat, ne pas lui tirer la queue et sensibilise les jeunes lecteurs à l'adoption d'un chat et ce que cela implique. Le chapitre 40 "Chi se fait prendre en photo" est de loin mon préféré et celui qui m'a fait le plus rire. Je trouve l'idée excellente de rajouter en bonus la petite carte de membre du Fan club de Chi et d'expliquer comment dessiner la tête de notre héroïne si mignonne! Je peux dores et déjà vous dire que le tome 4 m'attend et qu'il ne tardera pas à quitter la PAL!


A lire les avis des fans de Chi : Manu et George

vendredi 10 juin 2011

Palimpseste

Charles Stross

Editions J'ai Lu
Collection Nouveaux Millénaires
Traduit de l'anglais par Florence Dolisi
Paru en Juin 2011
159 pages
11 euros


Prix Hugo 2010
Thèmes : SF, Hard-Science


Quatrième de couverture :
Drame écologique, guerre nucléaire, catastrophe naturelle... À plus ou moins long terme, toute civilisation est vouée à disparaître. Cela s'est d'ailleurs produit des millions de fois depuis la formation de notre planète. Pour préserver l'humanité de ces inévitables apocalypses, des agents venus d'un lointain futur voyagent tout au long de l'histoire de la Terre : à chaque fin du monde, ils sauvent ce qui peut l'être, et permettent ainsi à notre espèce de renaître de ses cendres. Mais toute intervention sur l'histoire a des conséquences, parfois tragiques...Pierce est l'un de ces agents, un patrouilleur du temps promis à une brillante carrière. Pourtant, sa vie bascule le jour où sa famille et l'époque qui l'abritait sont « effacées » par une nouvelle version de l'histoire, tel un palimpseste. Son seul espoir réside à la fin des temps, où sont archivés tous les pans disparus de l'histoire. Dans l'infini des possibles, retrouvera-t-il celle qu'il aime ?
A propos de l'auteur : Né en 1964 à Leeds, mais résidant à Edimburgh, Charles Stross est l'un des principaux représentants du renouveau de la science-fiction britannique. Le bureau des atrocités, Crépuscule d'acier ou le cycle des Princes-Marchands lui ont valu plusieurs prix Hugo et Locus.

Pierce est un jeune apprenti de la Stase, une patrouille du temps chargée de réimplanter l'espèce humaine après chaque "fin du monde". Autrement dit, à la veille de l'extinction de l'humanité, la Stase parcoure le temps et les années lumières en récupérant les données humaines qui peuvent être sauvées. On appelle cela un Réensemencement : la collecte de toutes les informations nécessaires au repeuplement de la Terre après une guerre nucléaire, une catastrophe naturelle. Ainsi la Stase peut remonter jusqu'à des millions de fois depuis la formation de notre planète. L'agent Pierce se prépare à sa première mission mais elle va mal tourner : l'agent tombe dans un palimpseste. Un palimpseste est une zone de "non-Histoire", une zone piégée où l'agent Pierce et sa famille ont été effacés. Une zone de temps modifiée où Pierce se fera tuer plusieurs fois par de mystérieux ennemis...

Charles Stross est considéré comme un très bon écrivain de science-fiction et Palimpseste a reçu le prix Hugo 2010 dans la catégorie novella, même s'il s'agit plutôt d'un court roman de 160 pages. L'auteur propose une réflexion aboutie sur les réimplantations de l'espèce humaine à la veille de son extinction et réécrit l'histoire de la Terre pour les milliards d'années suivantes. Bien que le récit soit court, il y a une dimension fascinante : celle des conséquences d'une réécriture de l'Histoire humaine. Le fait de modifier les données et d'en écrire des nouvelles n'est pas sans danger et appelle à des réflexions philosophiques. Un palimpseste est " un manuscrit écrit sur un parchemin préalablement utilisé, et dont on a fait disparaître les inscriptions pour y écrire de nouveau. Par extension, on parle parfois de palimpseste pour un objet qui se construit par destruction et reconstruction successive, tout en gardant l'historique des traces anciennes." (Source Wikipédia). Charles Stross évoque les possibilités infinies qui résultent d'une telle démarche et nous offre un roman fort instruit et complexe. Le thème du voyage dans le temps permet une immersion totale dans un univers qui m'était jusqu'alors inconnu. Je vous avouerais que je n'ai pas tout suivi tant l'auteur fait preuve de dextérité et de gymnastique en manipulant des concepts insaisissables : celle de la modification d'un élément ou d'un fait par plusieurs sources simultanées et le champ infini qui s'ouvre à l'homme dès lors qu'il s'ouvre aux "portes temporelles". L'incompréhension au tout début du livre, ne fait que s'accroître et produit un effet de "chute" spatio-temporelle où le lecteur perd ses repères. Une bonne expérience.


Je remercie Silvana et les éditions J'ai Lu pour la découverte de ce roman.

mardi 7 juin 2011

Simple

Marie-Aude Murail

Ecole des Loisirs
Collection Médium
Paru en 2004
205 pages
10,50 euros


Roman ados dès 12 ans
Thèmes : Différence, Fraternité, Handicap mental


Quatrième de couverture : Simple dit " oh, oh, vilain mot " quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit " j'aime personne, ici " quand il n'aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des Playmobil, et les beaud'hommes cachés dans les téphélones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux d'âge civil. Trois d'âge mental. Kléber, lui, est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s'occuper de Simple. Simple a un autre ami que son frère. C'est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie à la mort. Il va tuer Malicroix, l'institution pour débiles où le père de Simple a voulu l'enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule. Rien n'est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l'idée d'habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué.


Kléber Maluri, tout juste 17 ans, s'apprête à rentrer en Terminale au lycée Henri IV à Paris. Une démarche d'inscription, certes tout à fait banale mais qui tient de la prouesse pour Kléber puisqu'il a décidé de prendre en charge son grand-frère, Barnabé, déficient mental. Le père des deux garçons s'est remarié et attend un enfant. Il a placé Barnabé à Malicroix, un institut spécialisé mais cela a été une expérience traumatisante : « Simple était déficient mental, mais à Malicroix ils l’ont rendu fou ». Alors Kléber a pris son courage a deux mains et cherche un logement pour lui et son frère. Mais Barnabé, 22 ans, avec un QI d'un enfant de 3 ans ne tient pas en place et n'a pas sa langue dans sa poche. Il n'hésite pas à dire à la vieille tante qu'elle pue ou à demander naïvement aux filles si elles ont une queue ! Pas facile donc de trouver un logement après de nombreuses tentatives pour essayer de cacher l'handicap de Barnabé. Mais Kléber réussit à trouver une colocation d'étudiants en médecine. Il y a Emmanuel et Aria, puis Corentin, le frère d'Aria et l'admirateur éperdu de la belle : Enzo, fou jaloux d'Emmanuel. Tout ce petit monde essaye d'accueillir Simple avec le moins d'a priori possible...

J'ai beaucoup aimé cette histoire de fraternité/ parentalité entre Kléber et Barnabé qui n'est pas sans nous rappeler le couple Bart-Siméon dans Oh boy!. Kléber mène un combat peu ordinaire et courageux : le sacrifice quotidien de son adolescence pour le bien-être de son frère. Un combat qui semble encombrant pour son père dont l'attitude est méprisable Kléber se sent prêt à relever le défi par amour pour son frère. Avec son Monsieur Pinpin, un lapin en peluche sur lequel Barnabé projette les réactions d'une personnalité qu'il ne maîtrise pas, Simple est adorable, sans parler des nombreux quiproquos oraux et verbaux. Avec originalité et sensibilité, un style tout en douceur, Marie-Aude Murail choisit une approche humoristique parfois désopilante d'un thème lourd.

Simple
c'est aussi un regard pertinent sur l'adolescence de Kléber, son éveil à la sensualité, ses balbutiements amoureux. C'est la question de la sexualité d'un corps d'homme dans la peau d'un enfant de 3 ans, de son éducation face à la nudité et des mots pour exprimer le désir sexuel. Marie-Aude Murail utilise habilement des métaphores comme celle du "couteau" ou bien encore l'acharnement de Simple à trouver une Madame Pinpin pour sa peluche. Marie-Aude Murail fait preuve, une fois de plus, d'une maîtrise de l'écriture, à la fois inventive et subtile, qui rend le personnage de Simple attachant, touchant parce que ses bêtises nous font rire. Récit émouvant sur le handicap mental, Simple est un merveilleux roman d'apprentissage sur l'acceptation de la différence qu'elle soit physique, religieuse ou sociale (la question du foulard musulman est abordée) parce que Barnabé n'est pas si "débile" que ça : plein d'une logique toute personnelle, il observe, découvre et ne dit pas que des choses insensées ! Une petite réussite et un très bon moment de lecture empli de tendresse et de tolérance.


Lu dans le cadre d'une Lecture commune avec Liyah
dont vous pouvez lire la chronique ICI

Les avis de
Pimprenelle, Maribel, Thalie