samedi 4 juillet 2009

La petite amoureuse




Karine Quesada

Marie-Pierre Emorine


Editions Scarabéa
Collection Les mots doux
Paru en Juin 2009
Album Jeunesse à partir de 3 ans
Thèmes: Amour, Tendresse, Rose


La petite amoureuse voit la vie en rose...elle aime son amoureux. Coup de coeur ou coup de foudre ? La petite amoureuse parle d'amour avec des mots doux, de la tendresse dans le coeur, des palpitations, des tourbillons dans le ventre. Son amour est composé de sourires, de joie de vivre, de douceur et de rires enfantins. Cet album est lumineux! Ca pétille, ça rayonne, c'est tout doux, l'amour expliqué à la manière de la petite amoureuse. Cela nous offre une histoire à croquer, des dessins tout en arabesque, laissant défiler des courbes généreuses émanant du sentiment amoureux. Roses, rouges, les couleurs illustrent à merveille ce petit bout de rêve d'amour.


4/5 champignons

mercredi 1 juillet 2009

Le chagrin du roi mort

Jean-Claude Mourlevat

Editions Gallimard Jeunesse
402 pages
Paru en Mai 2009
Roman Adolescents dès 12 ans

Quatrième de couverture: " C'est une petite île froide, quelque part dans le nord.Le vieux roi est mort. Son corps repose sur un lit de pierre, sur la Grand-Place. Il neige. Il sera question de séparation, de guerre, de trois ciels différents, d'un premier amour. Il y aura une prophétie, des êtres qui se perdent dans l'immensité, une sorcière qui mange des têtes de rat. " Après le Combat d'hiver (2006), acclamé par la critique et récompensé par les plus grands prix littéraires, Jean-Claude Mourlevat nous éblouit à nouveau avec une bouleversante histoire de fraternité et de trahison. Une fresque flamboyante.

Aleks et Brisco sont deux frères que rien ne sépare. Ils sont toujours ensemble, à jouer, à rire, à se raconter des histoires qui ont à voir avec les légendes entourant Petite Terre. Ils vivent heureux, vont à la bibliothèque Royale et leurs parents Bjorn et Selma les aiment plus que tout au monde. Aleks désire se rendre sur la Grande Place car le roi de Petite Terre y repose à l'exposition de son peuple bien aimé. Aleks est curieux et malgré le froid, il se place devant le cercueil et reste là, malgré la neige à fixer le roi mort. Puis une étrange illusion s'empare d'Aleks. Un rêve ? une apparition ? Le roi mort lui parle mais il semble s'adresser à son frère Brisco. "Attention au feu" le prévient-il. Aleks revient à la réalité mais troublé par cette prophétie mystérieuse, il en fait part à son père. Peu de temps après, Aleks et Brisco vont à la bibliothèque Royale. Tout semble normal lorsqu'une femme, à la fois belle et effrayante, prend en main leur destin...


Le chagrin du roi mort est un formidable roman de fantasy. Il y a tous les ingrédients pour reconnaître ce registre prenant et captivant : un roi, une terre faite de légendes inoubliables et merveilleuses, une sorcière qui mange des têtes de rat, un nain musicien, une guerre pour la conquête de terres lointaines. Jean-Claude Mourlevat dépeint un univers extrêmement personnel et touchant où la fraternité et la puissance des liens familiaux sont à l'honneur et portent en eux des valeurs attachantes. L'ambiance créée, le décor et l'intrigue sont la source d'une imagination propice à l'émotion et au rebondissement. Le suspense est également à l'oeuvre entre prophétie mystérieuse et sombres secrets qui cachent un vice pour le pouvoir et pour le trône. Une histoire de trahison et de déchirure entre les hommes, un secret enfoui au sein de l'amour d'un foyer. On ne s'attend pas aux évènements, tout prend une tournure délicieusement imprévisible et extraordinaire.
Jean-Claude Mourlevat affiche une maîtrise incontestée pour conter les histoires, pour nous faire voyager dans le grand nord et nous embarquer dans un univers riche quasi mythique. Un récit fort et poignant par ce destin brisé de deux êtres qui, séparés dans l'enfance sont contraints de vivre indépendamment l'un de l'autre malgré des liens indéfinissables. Le chagrin du roi mort est un excellent roman de littérature de jeunesse, entre heroïc-fantasy et fresque merveilleuse, il sera question pour vous chers lecteurs et chers jeunes lecteurs, d'une histoire d'amour qui brave les dangers, d'une guerre interminable, d'une quête à la recherche de la vérité, d'une destinée fascinante.
Le nouveau roman de Mourlevat impressionne et charme par ses atours de saga romanesque et fantastique. L'écriture y est riche, fluide et alerte et les détails sont bluffants de précision. Le lecteur est happé et séduit par cette histoire d'une fraternité qui dépasse les liens du sang; pour ma part, je suis une lectrice comblée par l'imagination et la sensibilité avec lesquelles joue l'auteur. Un récit qui ne manque pas d'impact ni de tendresse, entre apprentissage de la vie et épopée, dont les héros sont d'emblée nos amis et nos compagnons pour une longue traversée au coeur de la neige, au coeur de deux frères...


Je remercie grandement Véronique et les éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce roman!!! La couverture ne mentait pas! C'est un vrai, un bon roman de jeunesse, un roman comme on les aime.

L'avis de Clarabel.
5/5 champignons

mardi 30 juin 2009

La circoncision

Bernhard Schlink

Editions Gallimard
Collection Folio
Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary
et Robert Simon

84 pages

Quatrième de couverture: Cinquante ans après la Seconde Guerre mondiale, Andi, un jeune Allemand, et Sarah, une Juive dont la famille est rescapée d'Auschwitz, tentent de vivre leur amour malgré le poids du passé.Après le succès mondial du Liseur, Bernhard Schlink nous offre un texte lucide et désenchanté sur l'amour et la mémoire.

La circoncision est un texte court, efficace où l'on retrouve après Le liseur, la plume sensible et alerte de Bernhard Schlink. L'amour et la mémoire restent les thèmes majeurs de ce roman foisonnant et poignant. Ce que j'apprécie beaucoup chez Bernhard Schlink est cette capacité avec des mots, avec des interrogations pertinentes, de réviser le jugement que l'on porte sur les choses notamment sur les Juifs, l'Allemagne après la seconde Guerre mondiale et sur la notion de culpabilité. A travers l'histoire d'amour de Sarah, d'origine juive et de Andi, allemand, l'auteur dépeint avec une extrême authenticité et délicatesse le sentiment d'appartenance. Et c'est fort intéressant car en reconstruisant cette appartenance sous le prisme de sentiments au sein d'un couple mixte, Bernhard Schlink en profite pour poser des questions évidentes: celle des préjugés, celle du poids du passé qui pèse sur les futures générations, celle de la responsabilité, du libre arbitre. Doit-on se sentir responsable des faits qui ont été commis par nos ancêtres ? La vérité se trouve-t'elle nécessairement dans la mémoire familiale et religieuse ?
Sarah et Andi se disputent fréquemment à propos de leur manière d'être, leur manière de penser qui serait propre à un sentiment d'appartenance religieuse, qui serait comme dirait Sarah typique des Allemands ou des catholiques. Les enfants de catholiques ou de juifs doivent-ils forcément se marier avec les leurs ? Ne peut-il pas y voir de dialogue interculturel et tout spécialement entre les Juifs et les Allemands ? Andi est souvent blessé et irrité par les propos des amis de Sarah et par Sarah elle-même. Par amour ou par dépit, il ne se défend pas alors que l'antisémitisme envers les allemands est tout aussi préjudiciable que celui fait aux Juifs. Andi se questionne et vient pour lui la question de la conversion, de la circoncision. Mais un couple tel que celui de Sarah et d'Andi peut-il s'engager dans la tolérance et le respect de la culture de chacun quand l'un deux s'obstine à faire du passé le poids omniprésent de la mémoire vivante...
C'est ce que nous raconte La circoncision, un très bon roman, digne de Bernhard Schlink qui défend avec maturité, avec intelligence d'esprit et de coeur et avec une tolérance toute particulière cette perception d'une Allemagne accablée, notamment de cette génération d'après-guerre qui en subit le lourd repenti.


Les avis de Lilly, Pimprenelle...

4/5 champignons

dimanche 28 juin 2009

L'île sans sourire

Enrique Fernandez

Glénat
Drugstore

56 pages
Paru en Mai 2009
Genre Fantastique


Enrique Fernandez commence à être connu en France avec cette cinquième bande dessinée. D'emblée ce qui m'a attirée dans cette Bd est son titre très symbolique et onirique et sa couverture que je trouve très belle. Ce bleu turquoise irradiant, ces petites lanternes rouges laissant présager un côté japonais de l'histoire et cette petite fille avec un sourire enfantin et heureux. L'île sans sourire est sans conteste une magnifique Bd, fort réussie non seulement pour le scénario fantastique que pour son rendu visuel époustouflant. C'est de toute beauté.

L'histoire: Dean Milander est affecté en tant que géologue sur une île mystérieuse: Yulkukany. Arrivant en pleine nuit, en pleine tempête, Dean rencontre Eli, une petite fille qui venait d'être attaquée par un loup. Mais celle-ci, pleine d'entrain et nullement effrayée lui explique que son chat prince Yemi monte la garde et la protège. Dean est perplexe et ma foi laisse parler la petite. Le lendemain, alors qu'il étudie les pierres de cette île, Dean est dérangé par Eli qui ne cesse de l'agacer avec ses déboires fantastiques, histoires merveilleuses et farfelues qui la propulse dans un monde de chimères et de rêves. Elle, si pleine de vie et débordant d'énergie est en complète opposition avec Dean, cet homme qui a perdu sa femme et son fils et dont le visage exprime la colère et le chagrin. Sur le chemin du retour au village, Dean et Eli rencontrent un petit garçon portant un gramophone. Il va voir la Dame Kindi qui se trouve loin dans la jungle. Eli explique alors à Dean, que cette créature mi femme mi limace a été banni du village. Possédant des pouvoirs magiques, elle serait dangereuse et trafiquerait de sombres desseins...

L'île sans sourire est une bande dessinée remarquable. L'histoire n'est pas sans rappeler les animations de Hayao Miyasaki avec cet aspect très onirique, presque philosophique et un brin fantastique: on fait la connaissance de créatures étranges, surnaturelles comme la Dame Kindi, sorte de sorcière de la forêt; le chat Yemi est aussi un compagnon énigmatique et l'héroïne invente des histoires fantaisistes pour se rendre la vie meilleure. Car sur l'île, les gens sont taciturnes... La nuit, la joie de vivre des enfants est capturée par des espèces de gnomes qui sortent de l'eau...Bref la vie n'est pas si facile et surtout pour Eli. Mais cette petite fille garde un don et tout ce qu'elle voit se transforme en une histoire prodigieuse, entre drôlerie et conte. Justement L'île sans sourire est une bande dessinée qui oscille entre le conte fantastique et le conte philosophique: une quête du rire, pour retrouver le bonheur, la joie de vivre, le sourire malgré les malheurs de la vie. Eli nous offre là une belle leçon de vie, et d'une certaine manière aide Dean à exorciser son chagrin. Une très belle Bd à lire de toute urgence!!!!


5/5 champignons




L'île sans sourire
envoyé par GLENATBD. - Futurs lauréats du Sundance.

samedi 27 juin 2009

On s'est juste embrassés

Isabelle Pandazopoulos

Editions Gallimard Jeunesse
Collection Scripto
157 pages

Quatrième de couverture: Un roman bouleversant. Un auteur à découvrir. Un concentré d'émotion à savourer d'une traite.

Il est difficile de critiquer un livre qui ne vous a pas plu, lorsque celui-ci vous a été envoyé gracieusement par une maison d'édition que l'on apprécie énormément. Je remercie Véronique et les éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce livre, premier roman écrit par Isabelle Pandazopoulos mais dont le thème ne m'a pas du tout inspiré ni touché.

Aïcha vit seule avec sa mère à proximité de la cité Paganini, vers Paris. Abandonnée par son père, elle vit mal sa relation avec sa maman, qui cache un lourd secret de famille. Aïcha est d'origine algérienne. Elle aime lire et aller à la bibliothèque. Ce jour-là au collège, personne ne lui parle, même pas sa meilleure amie Sabrina. La rumeur dit qu'elle aurait couchée avec Walid, le grand frère de Sabrina. Lorsqu'elle affronte la cohue du collège, Sabrina lui crache à la figure et la traite de "Sale pute !". Aïcha est sous le choc et ne comprend pas. La vérité est qu'elle n'a jamais eu de rapport avec Walid, ils se sont juste embrassés. Mais Walid, une racaille raconte ce qu'il veut. C'est sa parole contre celle d'Aïcha. Puis, paumée, humiliée, en souffrance à cause de la dépression de sa mère, elle fuit. Poussée par la soif de connaître la vérité sur sa famille, elle retourne chez elle...

On s'est juste embrassés
, est un roman dur, sur les difficultés de l'adolescence, d'une adolescence effacée par les conséquences de l'immigration. Une cité, des règles oppressives, une vie dénuée de bonheur, une identité flouée par celle des parents. Aïcha est française mais elle ne se sent pas comme telle. Elle traîne dans une cité et fume avec des amis, elle suit l'influence de sa meilleure amie Sabrina. Sa maman cache un secret qu'elle voudrait découvrir, qui n'est pas sans rapport avec le départ prématuré de son père. C'est un drame familial et à la fois culturel. Aïcha cumule tous les clichés que l'on peut rencontrer dans les quartiers ZEP. C'est dommage et c'est cela que je n'ai pas aimé. Je sais que la vie dans les quartiers n'est pas heureuse, mais stigmatiser une population issue de l'immigration qui l'est déjà suffisamment par les médias, c'est dommage. On s'est juste embrassés, est un roman simple parce qu'il raconte la réalité, mais il exploite beaucoup trop les clichés des cités. Les phrases courtes accentuent le côté émotionnel et rythmé de l'intrigue. L'écriture est agréable et le livre facile à lire. Pourtant je ne trouve pas qu'il soit bouleversant. Juste dur, juste dramatique, juste miséreux, sans espoir et pire qui ne laisse pas présager que les choses pourraient évoluer dans le bon sens...

L'avis de Gawou qui a bien aimé.
2,5/5 champignons

mercredi 24 juin 2009

L'année brouillard

Michelle Richmond

Editions Buchet Chastel

Traduit de l'Américain par Sophie Aslanides
508 pages

Quatrième de couverture: En juillet, sur un plage de San Francisco nappée d'un épais brouillard, une petite fille de six ans, Emma, et la fiancée de son père, Abby, marchent en cherchant des coquillages.Abby, photographe professionnelle, détourne un instant son regard d'Emma pour fixer de son objectif un phoque éventré. Quand elle relève la tête, la petite fille a disparu. Le pire vient de se produire. L'angoisse et la panique s'installent ; où est Emma ? Emportée par les vagues rugissantes du Pacifique ? Ou par cette camionnette blanche entrevue sur le parking voisin ? Ou encore par le flot ininterrompu de voitures sur cette route de Californie ?.L'enquête piétine. La police est sur le point de classer l'affaire. Jake, le papa, se décourage tout en s'éloignant de sa fiancée qu'il en silence. Abby prend alors les choses en main. Armée des larmes du désespoir Et de l'énergie née de sa culpabilité, fouillant tous les recoins de sa mémoire à la recherche d'un détail crucial, elle nous emmène à des kilomètres de là vers une découverte stupéfiante. Roman psychologique à suspense, admirablement porté par une écriture visuelle et minutieuse, L'Année brouillard rivalise de talent et de lucidité dans l'exploration impitoyable de la disparition d'une enfant.
A propos de l'auteur: Née à Mobile dans l'Alabama, Michelle Richmond est l'auteur de trois romans et d'un recueil de nouvelles.Elle vit aujourd'hui en famille à San Francisco.

L'année brouillard, porte bien son titre, autant que pour le décor dans lequel se place l'intrigue que pour l'histoire qui mêle intimement la psychologie au suspense. Abby est heureuse ce matin là. Elle se promène sur une plage embrumée de San Francisco avec Emma, la fille de son fiancé. Elle est photographe et la fillette arrive à lui échapper du regard. Tout bascule. Dans ce brouillard sans fin, Abby panique et perd Emma. Noyade ou kidnapping, la police mène l'enquête sous les yeux d'un père anéanti qui dans son silence accuse Abby de sa négligeance. Pourtant Abby, rongée par la culpabilité, trouve la force de ne pas oublier pour retrouver Emma...

L'année brouillard raconte cette longue recherche après la disparition mystérieuse d'un enfant. Ce livre nous ramène en pleine figure ce que l'on côtoie tous les jours: l'enlèvement d'enfants, l'inquiétude des parents, des messages d'alertes. Hélas, ceci est classé dans la catégorie faits divers alors que c'est une véritable tragédie pour ceux qui la vivent. L'auteur dit des choses étonnamment vraies sur le fait que cela n'arrive qu'aux autres mais que c'est faux! qu'après des recherches infructueuses on abandonne. Des rangées où sont alignées des photos d'enfants qui pour la plupart ne sont pas retrouvés ou pire retrouvés morts. C'est une terrible histoire, mais c'est le reflet d'une réalité certaine, présente au coin de la rue, au bas de l'immeuble. En cela le roman offre un premier intérêt: le déroulement des recherches, comment cela se passe. Mais à mon sens, ce qui est le plus saisissant dans ce livre tient à deux points:
-l'extrême rigueur à détailler les sentiments, avec une sensibilité attachante. La culpabilité, l'amour d'une belle-mère, le désespoir, la colère, la peur; toutes ces émotions sont fortes et dépeintes avec sobriété, calme et efficacité. La longue recherche, les jours que l'on compte sans fin, cet épuisement physique et moral sont l'apanage du roman. Pourtant on ne rentre pas dans un pathos démesuré, ni dans un éloge larmoyant. La grande qualité de l'auteur réside dans cet autre point:
-ce qui donne son titre au roman. Le brouillard, la chose contre laquelle Abby se bat. Une métaphore pour signaler le flou dans lequel tout s'enchaîne alors que l'on voudrait que tout soit clair et limpide. Retrouver des éléments de l'accident, des détails qui lui auraient échappés...pour cela Abby est prête à tout: lectures sur le développement de la mémoire, hypnose, acharnement psychologique à chercher des souvenirs évocateurs. Et là on rentre dans un roman époustouflant. Quel travail pour Michelle Richmond qui passe en revue tous les recoins de la mémoire humaine...De ses souvenirs qui s'imbriquent et qui se mélangent, Abby nous entraîne dans un monde cognitif à la limite du scientifique tellement tout est détaillé. Parce que chaque détail est important, parce qu'un détail crucial peut être retrouvé plusieurs jours après les faits. C'est stupéfiant et L'année brouillard a le mérite de nous plonger dans cette quête contre l'oubli et le déni. Abby est un personnage fort et courageux. Nous sommes de tout coeur avec elle lorsque tout le monde abandonne. Elle fait confiance à son instinct...

Le récit prend une dimension affective renversante et le lecteur ne peut être que touché par l'acharnement, la persévérance, le combat ultime d'une mère qui n'en ai pas vraiment une mais qui poussée par un amour sincère; se livre à une introspection douloureuse. Un enfant n'en vaut-il pas le coup ? malgré la douleur, l'attente, l'angoisse d'un silence pesant. L'année brouillard fait l'apologie du souvenir, de la réminiscence du passé pour mieux comprendre le présent et permettre d' avancer : et c'est là tout le message d'espoir que porte en lui ce roman d'une profondeur captivante.


Je remercie Guillaume et Babelio pour l'envoi de ce livre, reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci encore!

D'autres avis??? Clarabel, Kathel, Cathulu, Cunéipage.


5/5 champignons

lundi 22 juin 2009

Le liseur

Bernhard Schlink

Editions Gallimard
Collection Folio
Traduit de l'Allemand par Bernard Lortholary
242 pages

Quatrième de couverture: A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant.Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité.Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit: " Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ? "


Le liseur est une histoire d'amour à la fois triste et victime de circonstances historiques qui la place dans une catégorie à part. Histoire d'un amour énigmatique, entre deux personnes qui se sont rencontrées par hasard. Michaël, âgé de 15 ans a toute sa vie et sa jeunesse devant lui; il va tomber amoureux de Hanna qui en a 35 et dont le présent reste caché et mystérieux. Leur relation est étrange, faite d'une pudeur spirituelle mais empreinte d'un rapport charnel, d'un besoin du goût de l'autre. Une intimité se crée, entre lecture à voix haute et rapport corporel. L'un ne va pas sans l'autre. Michaël s'interroge et il se consume dans cet amour à sens unique pourrait-on dire. Il est heureux et vit cet amour de toute ses forces. Etrangement, ce n'est pas passionné, ce n'est pas fougueux, c'est comme des mots qu'on lit: calmes, discrets, solitaires mais qui pénètrent l'âme. Brusquement, Hanna part et Michaël ne la reverra que lors d'un procès où plusieurs femmes sont accusées de meurtres volontaires en qualité de surveillantes SS. Michaël, étudiant en droit assiste à ce procès et reconnaît Hanna, la principale accusée. Il comprend cette histoire d'amour qui la tant dépossédé de lui-même, privé de l'insouciance de la jeunesse et d'une certaine manière de son innocence. Il retrace son histoire et celle d'Hanna à la lueur de ses actes: son silence sur ce qu'elle faisait, cette distance dès qu'il essayait de la connaître mieux et comprend pourquoi elle aimait tant qu'il lui lise des livres...
Le liseur est l'histoire troublante néanmoins tendre et émouvante d'un adolescent qui découvre l'amour, ce qu'il peut y avoir de plus douloureux dans la vie, qui s'en sépare pour mieux devenir homme.

Je suis agréablement surprise par Le liseur, le tout premier roman que je lis de Bernhard Schlink. Attirée surtout par l'adaptation cinématographique, j'ai voulu goûter le livre avant de voir les images. Et Le liseur est un roman qui m'a touchée. L'écriture d'une très grande qualité est fine et coule de source. D'un amour qui pourrait être choquant, incestueux, l'auteur le dépeint comme un acte naturel, tendre, d'une douceur et d'une délicatesse qui frôle une sensualité à demi-voilée. La découverte des sens, du toucher, et la naissance de sentiments saisissants font de Michaël un personnage extraordinaire auquel on s'attache dès les premières pages. Son destin est tout écrit à l'ancre des mots qu'il lit, à la lueur de son dévouement pour Hanna. C'est très beau, c'est à la fois simple et triste. Quand Hanna part, on pressent qu'il la reverra et que, de toute manière il ne l'oubliera jamais. Elle reste là, en lui. Puis vient le procès et les questions qu'il pose: la culpabilité, mais tout n'est pas blanc ou noir. J'ai ressenti de la pitié et même de la sympathie pour Hanna. Tout s'éclaire pour Michaël alors que ses sentiments sont contradictoires. Son esprit retrace le passé à la lumière d'une Hanna qu'il n'a pas connue. Hanna l'accusée fait face à Hanna l'aimée. Et pourtant ces deux facettes sont celles d'une unique personne. Le liseur est un roman qui pose des questions essentielles, philosophiques et existentielles, qui font écho à ce que chacun d'entre nous peut ressentir ou pose cette question importante : comment réagirait-on à la place de Michaël. Qu'aurait-dû t-il faire? Le liseur est donc un superbe roman, d'une profondeur psychologique exacerbée et d'une écriture si sereine et sobre qui contraste avec le poids d'une histoire d'amour qui me semble dramatique. Un personnage qui souffre, un repenti bouleversant... un amour qui laisse des séquelles. Un roman de grande envergure.

Les avis de Stephie, Pimprenelle, Karine, Lilly, Brize, Sybilline, Ys, Keisha et Levraoueg...
5/5 champignons

jeudi 18 juin 2009

Mortis Junior Tome 2

Tome 2 L'été meurtrier

Ted Naifeh
Gary Whitta

Editions Les Humanoïdes Associés
167 pages
Paru en Novembre 2008
Genre Comics USA Fantastique-Etrange

Mortis Junior Tome 1 La rentrée qui tue ICI


Alors que dans le tome 1 Mortis Junior faisait sa première rentrée d'école, et voulait se montrer digne de son père: la Mort en personne; dans ce second tome Mortis est en vacances. Son groupe d'amis dont Pandore, sa meilleure amie partent en colonie pour cet été mais Mortis veut suivre la voie de son père et va donc aller travailler!!! dans l'entreprise de son père qui n'est autre que Terminal Industries. Une entreprise qui gère la mort, les âmes en perdition, celles qui vont au purgatoire et celles qui sont envoyées dans l'au-delà. Mortis Junior est tout excité de vouloir faire ses preuves mais papa refuse de lui attribuer des faveurs en tant que fils du patron!! Mortis Junior est donc logé à la même enseigne que tous les autres employés dont le terne et sinistre Monsieur Cracy!! Monsieur Cracy est un employé de bureau, il gère tous les dossiers en attente, un excellent secrétaire et cela n'a rien d'étonnant quand on apprend qu'il faisait partie des Cinq chevaliers de l'Apocalypse. Il était Bureaucratie. Comprenez administration et organisation!!!! Mortis est donc confiné dans un minuscule bureau, lui qui pensait prendre la faux!!! Le voilà bien déchanté mais ce n'est rien lorsqu'on sait que ses amis sont pris dans un camp militaire!!!! Super les vacances!! Très consciencieux et désirant aider au mieux l'entreprise de son père, Mortis va signer des dossiers que Monsieur Cracy lui a donné. Le lendemain, c'est la pagaille: des âmes se plaignent d'avoir été envoyé au mauvais endroit!!! Le boulot de la Mort laisse à désirer et voilà le papa de Mortis destitué de son poste!!! et qui le remplace?????

Le tome 2 de Mortis Junior m'a bien plu. On retrouve cette ambiance fantastique où finalement l'humour l'emporte sur le macabre. La petite famille Mortis est bien rigolote: la maman qui se plaint d'être toujours aux fourneaux, le petit qui fait des bêtises et le père qui a perdu sa place et se trouve démuni à regarder la télé. Famille typique américaine??? Ce tome 2 renverse un peu les rapports sociaux et le personnage de la mère prend de l'envergure alors que le chef de famille s'efface. On fait appel aussi aux vieilles histoires comme celle des chevaliers de l'Apocalypse: famine, guerre, pestilence, mort et bureaucratie!!!! Est-ce là une critique sous jacente de l'administration en général!! de la hiérarchie suprême! En tout cas c'est assez drôle et plein de vie. Côté intrigue je l'ai préféré au tome 1 mais dans les deux tomes, on s'y retrouve. Il y a un très bon enchaînement, une bonne continuité qui ne dépayse pas le lecteur qui suit cette série pour le moins originale. Un bon moment de divertissement.

mercredi 17 juin 2009

La Confusion des sentiments

Stefan Zweig

Le livre de poche
Traduit de l'Allemand par Olivier Bournac/ Alzir Hella
126 pages

Résumé: Au soir de sa vie, un vieux professeur se souvient de l'aventure qui, plus que les honneurs et la réussite de sa carrière, a marqué sa vie. A dix-neuf ans, il a été fasciné par la personnalité d'un de ses professeurs ; l'admiration et la recherche inconsciente d'un Père font alors naître en lui un sentiment mêlé d'idolâtrie, de soumission et d'un amour presque morbide. Freud a salué la finesse et la vérité avec laquelle l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs restituait le trouble d'une passion et le malaise qu'elle engendre chez celui qui en est l'objet. Paru en 1927, ce récit bref et profond connut un succès fulgurant, en raison de la nouveauté audacieuse du sujet. Il demeure assurément l'un des chefs-d'oeuvre du grand écrivain autrichien.

De Stefan Zweig, je n'avais lu que Le Joueur d'échecs en Terminale Littéraire, j'en garde un bon souvenir. Pour La Confusion des sentiments, la lecture me fut tout aussi agréable. D'une écriture fine et raffinée, portée par des mots symboliques, par des tournures subtiles et sublimées, ce court roman évoque un rapport humain passionnant. Une grande prouesse dans la manifestation de sentiments contradictoires, équivoques et difficiles à éprouver. J'ai trouvé cette confusion des sentiments très authentique, précoce pour une époque faite de retenues, mais en aucun cas je n'ai trouvé le texte sulfureux. Certes le thème est tabou, empreint de suspicion et de préjugés face à une relation que l'on juge malsaine voire perverse. Au contraire, avec une délicatesse et une intelligence confirmées, Stefan Zweig dépeint une relation particulière, où le respect et l'admiration se font écho dans un constant échange d'idées. Le maître et son étudiant, tous deux dépendants d'une certaine manière l'un de l'autre. Un professeur terne mais dont le discours est passionné, et un étudiant jeune et motivé qui a soif d'apprendre, soif de connaître. Une profonde amitié naît, mais c'est surtout l'idôlatrie du jeune étudiant qui nous surprend. Un jeu d'attirances, de mépris, de passion puis de colère qui se mêle joyeusement en un tourment certain. Plusieurs fois le lecteur se prend à avoir peur pour l'élève, peur de sa naïvité, de son trop grand enthousiasme, de cette envie qui le pousse sans cesse vers le professeur qui l'attire comme un être énigmatique. Il sent le danger d'un tel dévouement, il ressent le malaise quand le professeur s'éloigne et le rejette. Mais il continue à être là, fidèle. La Confusion des sentiments c'est aussi cet aspect là de la fidélité malgré le mal, le rejet, l'ironie, la moquerie. La fidélité, le respect envers quelque chose qui nous blesse. Stefan Zweig explore donc les profondeurs de l'âme quand celle-ci est prise dans une passion troublante. J'ai aimé cet étudiant plein de fougue, de doutes, d'interrogations et j'ai aussi aimé le professeur dont la fin nous révèle toute l'ampleur du drame, toute l'ampleur de son courage et de sa maîtrise. Un roman fort, vrai qui interpelle en chacun de nous cette confusion, car qui n'a jamais douter de l'Autre, qu'il soit homme ou femme. La Confusion des sentiments est un roman des amours universelles, où l'esthétique littéraire n'a d'égale que sa dimension spirituelle et affective. Assurément, un très beau roman.


Je ne dois pas être la seule à l'avoir lu parmi la blogosphère et pour une fois je vous envoie chez Bob pour voir les divers billets...


5/5 champignons

lundi 15 juin 2009

A l'heure où dorment les fauves

Jean-Baptiste Bester

Editions Presses de la Cité
424 pages
Paru en Mai 2009

Quatrième de couverture: En Afrique du Sud, en 1880, une fabuleuse course à la poursuite d'un diamant très convoité.A Kimberley, près du Big Hole, la mine la plus profonde que l'homme ait jamais creusée, un vieux mineur noir découvre un diamant d'exception qui portera son nom : le Kalawi. Aussitôt, le magnat britannique Alun Forbes et son rival boer, Pieter Van Nuys, en revendiquent la propriété. Une décision de justice donne raison à l'Anglais. Quelques jours plus tard, le Kalawi disparaît. Paul Adams, jeune courtier à la Lloyd's, est alors envoyé en Afrique du Sud pour indemniser le magnat.Mais il doit au préalable mener une enquête. Il découvre avec stupeur que l'auteur du vol n'est autre que Patsy, la propre fille de Forbes, dont il s'est épris. Sur fond de guerre anglo-boer, Patsy et Paul commencent alors une cavale effrénée qui les mènera aux confins du Transvaal et en pays zoulou. Guidés par Kalawi, le mineur qui les a aidés à fuir, ils découvrent les fascinantes coutumes tribales d'un pays en pleine mutation.Une évasion splendide qui mêle le meilleur du genre : rebondissements, immersion totale dans un pays et sa culture, sous la plume romanesque d'un jeune auteur très prometteur.
A propos de l'auteur: Jean-Baptiste Bester a d'abord été assistant réalisateur sur des longs métrages, pour de prestigieux metteurs en scène tels que Samuel Fuller.Il est l'auteur de Bois d'ébène, publié aux Presses de la Cité.

Entre roman d'aventures et saga africaine, A l'heure où dorment les fauves aurait pu être un excellent roman si hélas, il n'avait pas exploité toutes les ficelles d'un scénario digne des téléfilms de M6! Lorsque BOB m'a proposé ce roman, je ne savais que très peu de choses hormis le résumé fort aguicheur. Tout me plaisait. Le contexte: Fin du XIXe siècle en Afrique du Sud, un conflit entre les Anglais et les Boers pour le pouvoir et la suprématie d'un territoire encore sauvage, la découverte d'un diamant puis sa disparition, une histoire d'amour un peu simplette, et les cultures tribales. Un résumé bien tentant entre évasion et aventure romanesque. Pour le coup de l'aventure il y en a, cela ne fait aucun doute! Complots, assassinats, trahisons, argent, pouvoir, amour et luxe. Le tout y est. Le résumé ne ment pas sur la marchandise si je puis me permettre! Pourtant tant de clichés, tant de déjà vu!!! Entre le mineur noir Kalawi servant de guide, entre le chef zoulou et sa magnificience tant respectée, entre le courtier Paul, chargé de l'enquête au service du magnat Alan Forbes, qui tombe amoureux de sa fille!! Entre la bataille pour le diamant opposant deux grands hommes: Alan Forbes et Pieter Van Nuys. Rebondissements et action certes, mais je me suis totalement ennuyée! A la limite je préfèrerais regarder le dit "téléfilm" en question, ce qui serait plus captivant. Une intrigue tellement prévisible, où l'imagination est desservie par des clichés historiques. Assurément un livre qui aurait pu être captivant mais dont la palabre ne m'a guère inspirée. C'est dommage! Fort dommage...Je dois reconnaître pourtant une bonne écriture, sans longueurs, sans lourdeurs, plutôt fluide qui rend le roman facile à lire et dont les nombreuses descriptions de paysages sont du reste très plaisantes et qui ont le mérite de nous donner envie de voyager dans ce pays aux couleurs resplendissantes.

Je remercie Bob pour l'envoi de ce livre et le conseillerais néanmoins à tous ceux qui rêvent d'Afrique exotique et sauvage.


Le billet de Keltia qui est du même avis que moi.