samedi 26 décembre 2009

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler

Luis Sepulveda

Illustrations de Miles Hyman
Editions Métailié/ Seuil
Traduit de l'espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié
135 pages
Roman junior dès 9 ans

Zorbas le chat grand noir et gros a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier oeuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Tous les chats du port de Hambourg vont se mobiliser pour l'aider à tenir ses promesses insolites. A travers les aventures rocambolesques et drôles de Zorbas et Afortunada, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et la poésie.

Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler est une histoire intelligente écrite par un homme de coeur dont on sait qu'il respecte la nature et les hommes. Celui qui a écrit Le vieux qui lisait des romans d'amour s'attache ici à changer de cap en signant un roman jeunesse à l'écriture émouvante, où la sensibilité n'a d'égale que la poésie qui en découle. Sous ses airs farfelus, l'histoire est drôle et insolite. Un chat qui apprend à voler à un poussin...et pour cela bien qu'il n'en connaisse pas les moyens, il sera aider par les chats du port et Jesaitout, un matou qui chérit les encyclopédies de son maître. Auparavant la mouette qui est venue mourir sur le balcon du chat Zorbas est le symbole d'un monde que les hommes détruit avec la pollution. C'est à cause de ses ailes engluées par le pétrole qu'elle meurt et de cela les animaux en sont bien conscients. Roman intelligent car il exprime les convictions intimes de l'auteur, de cette nature qu'il faut protéger et non polluer. Les personnages sont tous aussi attachants les uns que les autres, les chats ont chacun leur caractère bien défini et non dénué d'un humour tendre et cajôleur. Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler c'est une formidable occasion de raconter la solidarité, l'amitié naissante et du sentiment de protection qui s'épanouit et devient amour. Un roman d'une grande finesse stylistique richement inspiré...marqué par une profondeur étonnante de vivacité.

A lire le jour de Noël



La nuit de Noël et le 25 décembre sont des moments magiques pour tous les enfants et ceux que nous sommes restés!!! Pour prolonger ces instants de bonheur, j'invite tous les parents et tous les enfants à lire ces deux petits albums qui suivent afin de rêver, sourire et s'enchanter en ce jour de fête...


Monsieur Noël
Roger Hargreaves

Hachette Jeunesse
Collection Monsieur Madame
Paru en Octobre 2009

Monsieur Noël habite au pôle Sud. Un matin de décembre alors qu'il dégustait des biscuits de Noël, il reçoit une lettre de son oncle qui lui vit au pôle Nord. Tout le monde le connaît car il s'agit du très célèbre Père Noël. Au secours, il n'arrivera pas à distribuer tous les cadeaux et il a besoin d'une grande aide...
Pour tous ceux qui comme moi ont grandi avec les Monsieur Madame plein la tête avant de s'endormir, cet album sera idéal pour renouer avec l'enfance passée tout en célébrant la magie de Noël et ses valeurs d'entraide et de solidarité...


L'anniversaire du père Noël
Nathalie Somers et Lydie Baron

Les 400 coups
Paru en Novembre 2009

« Bouhouhou !… »Quenotte se réveille en sursaut. Elle regarde le réveil et est bien étonnée : ce n’est pas l’heure de se lever ! Pourquoi donc a-t-elle ouvert les yeux au milieu de la nuit ?« Bouhouhou ! … »Voilà ! Ça recommence ! C’est ce bruit bizarre qui l’a réveillée ! Quelqu’un pleure à chaudes larmes dans la pièce d’à côté !Celui qui pleure est le Père Noël. Personne ne pense à son anniversaire. Quenotte la souris va s’en occuper ! Un texte mignon et attachant accompagné d’illustrations câlines et craquantes à souhait...





Une petite perle cet album!! Rempli de tendresse, de douceur et de délicatesse, les couleurs au rendu très cotonneux donnent l'impression d'un vrai nid de chaleur... Des couleurs naturelles aux tonalités pastelles et très adoucies. Le dessin y est enfantin, flottant dans une atmosphère d'amour et de bons sentiments. Un régal pour les yeux...

jeudi 24 décembre 2009

Joyeux Noël 2009


Un petit billet pour vous souhaiter à tous et à toutes un excellent réveillon et un très joyeux Noël. Joie, bonheur et amour auprès de vos proches pour passer de belles fêtes de fin d'année. Profitez de ces beaux moments. A très bientôt... Bisous

mercredi 23 décembre 2009

La Maison du magicien

Mary Hooper

Gallimard Jeunesse
Traduit de l'anglais par Bee Formentelli
Paru en Mai 2009
283 pages


Roman ado à partir de 12 ans

Quatrième de couverture: En Angleterre, à l'époque d'Elizabeth Ire, Lucy, une jeune gantière, rêve de trouver une place dans une maison de l'aristocratie et de pouvoir échapper ainsi à la tyrannie de son père.Voici que par un mystérieux tour du Destin elle est engagée chez le Dr Dee, magicien et conseiller personnel de Sa Majesté. Intriguée par l'étrange métier qu'exerce son maître, Lucy ne résiste pas à l'envie de satisfaire sa curiosité. Elle se retrouve alors dépositaire d'un terrible secret. Il en va de la vie de la reine... Distillant savamment la magie et le danger, Mary Hooper signe un roman particulièrement prenant, à l'atmosphère envoûtante, ancré dans une période historique à la fois troublante et passionnante.

XVIe siècle. Angleterre. Lucy aide sa maman à confectionner des gants. Adolescente débrouillarde, elle cultive également des plantes et les vend à son compte. Hélas sous la coupe d'un père violent et alcoolique, Lucy n'a pas toujours l'occasion de profiter de son dur labeur. Aussi ce jour là, son père la surprend au marché en train de flâner et de rêver à la somme gagnée qui précieusement reste au fond de sa poche afin de le dépenser pour une chose de valeur. Il la secoue violemment et lui ordonne de lui rendre l'argent mais c'en est trop pour Lucy qui s'enfuit. Sous les conseils de sa mère, Lucy part de la demeure familiale pour tenter sa chance à Londres et espérer se faire embaucher comme ménagère, cuisinière ou soubrette de chambre. Il se fait déjà tard lorsque sur son chemin, elle croise trois enfants jouant dans la mare. Une fillette tombe et s'enlise. Lucy part à son secours mais dans la mésaventure elle a perdu son panier d'affaires et tout ce qui lui restait pour affronter sa nouvelle vie. Recueillie dans la maison des fillettes, Lucy fera tout pour se faire embaucher quand elle apprend que la demeure appartient au Dr Dee, le magicien de Sa Majesté la reine Elizabeth Ire, celle pour qui Lucy ferait tout...

La Maison du magicien est un roman jeunesse comme je les aime. Il y a tous les ingrédients d'un bon roman distillant ainsi complots, magie, amour et récit historique. L'époque où se déroule l'intrigue est celle du règne d'Elizabeth Ire, reine d'Angleterre qui subit les assauts des partisans de l'écossaise Mary Stuart prétendant également au trône britannique. La peinture de la vie quotidienne est parfaite et la description prend une telle part raffinée qu'on ne peut s'empêcher d'imaginer les scènes avec les costumes, les parlers, les marchés. L'auteur sait y faire pour mener son lectorat sur le bout du nez: l'intrigue prend place au sein d'une vieille demeure qui a perdue sa richesse d'antan. Le docteur Dee, magicien de la reine, y pratique des rituels nécromanciens, rituels sombres et inquiétants. Entre voyance, livres et magie, Lucy évolue dans un univers fascinant et lorsqu'elle rencontre la Reine, l'intrigue palpite, notamment avec la rencontre d'un personnage excitant : Tomas le bouffon d'Elizabeth Ire. Mary Hooper signe là un roman d'aventures faribolant, minutieux à l'écriture réjouissante et captivante. Ce premier tome m'a fait beaucoup penser à La fille aux esprits car des éléments de la trame narrative y sont similaires. Roman aux nombreux rebondissements, l'intrigue n'en est que plus prenante et cela dans un effort constant d'augmenter le suspense. Je ne vous révèle pas la fin de ce premier tome mais je vous le dis, il sera difficile de ne pas succomber à la suite...


Merci à Clarabel car c'est en lisant son billet que j'ai voulu lire ce roman jeunesse et j'adore!!! Son billet est !


5/5 champignons

mardi 22 décembre 2009

La malédiction des Schaklebott Tome 1

Tome 1 ECO


Textes de Guillaume Bianco
Dessins de Jérémie Almanza

Editions Soleil
Collection Métamorphose
Paru en Octobre 2009

"Approchez braves gens, pour entendre l'histoire, Cette sombre litanie, qui vogue dans ma mémoire.Soyez donc attentifs, prêtez-moi une oreille, Vous entendrez un conte, à nul autre pareil. Eco n'a pas dix ans, son visage est bien blême, Mais c'est la vie pourtant, qui coule dans ses veines. Une triste circonstance, par une nuit de démence, Changera à jamais sa paisible existence. La fable est déplaisante, faites à votre guise, Sachez que toutefois, pleurer n'est pas de mise..."


Eco
Premier opus d'une trilogie éditée par les éditions Soleil, sera difficile à cerner tant par son style graphique que par sa mise en page. On serait bien sûr tenté de classer cet album en BD tout public mais le concept est plus compliqué car il s'agit d'un album pour adultes.


La malédiction des Schaklebott
raconte les mésaventures d'une héroïne ordinaire Eco. Celle-ci est issue d'une lignée de riches couturiers, dont les parents sont véritablement réputés pour leur maîtrise et leur art du textile. Eco s'efforce de suivre leur exemple et de créer avec tissus, chiffons, boutons des vêtements en utilisant plusieurs techniques dont celle du patchwork. Enfant seule, ses parents la délaissent totalement jusqu'au jour où son père lui confie une mission délicate, une mission de confiance. L'enfant devra apporter trois jolies poupées à la maison du maire, poupées confectionnées pour la fille de ce dernier. Il en va de la renommée de ses parents. Aussi Eco part-elle pleine d'espoir et de rêves. Ayant la main sur le coeur, elle croisera sur sa route une magicienne appelée La magicienne des nuages. Elle lui donne les trois poupées en échange de quatre amulettes. La petite fille n'y voyant rien de mal conclut le pacte et repart chez elle. Le mal cependant est irréversible, elle a causé la ruine de ses parents. Déchus de leur réputation, humiliés et anéantis par un tel drame, ils s'en prennent violemment à Eco. Sa mère notamment, lui jettera une horrible malédiction. Désormais seule et reniée, Eco se tourne vers ce qui lui reste de réconfort: les quatre amulettes qui sous ses yeux prennent vie comme l'avait dit la magicienne. Ayant pour seule compagnie ces petites créatures de chiffons, compagnons d'infortune, Eco se réveille un matin et constate avec effroi le début de son triste sort.

Il y a tant de choses à dire sur cet album qu'il sera sans doute difficile de vous faire communiquer toute sa richesse. Il faut savoir que ce tome 1 baigne dans une ambiance conte de fées s'inspirant largement de classiques jeunesse : chaque chapitre débute par un extrait du conte Jack et le haricot magique. Le destin des deux enfants étant similaires, chacun échangeant un objet d'allure anodine contre quelque chose de magique à leurs yeux mais qui cause la perte pour les adultes. Magie et fantaisie s'imbriquent tout au long de l'album sous des airs de conte de fées: une enfant seule mais vaillante, une rencontre avec une sorcière, des objets insignifiants qui prennent vie et une malédiction. Mais ne vous fiez pas aux apparences car sous cet air fantaisiste, se cache une histoire dramatique sur le thème de la différence et de la métamorphose du corps. La fin tout particulièrement ne manquera pas d'interpeller les lecteurs: la fillette se réveille et se voit dans un miroir. Le bas de son corps a grossi, ses seins ont poussé et du sang coule sur ses jambes. On l'aura compris ce tome 1 quitte le monde de l'enfance et nous propulse dans l'adolescence d'Eco.

Album singulier tout à fait original
, les illustrations sont fidèles à un univers sombre et fort ,desservies par un trait marqué et fouillé. Les références à Tim Burton aussi bien dans le texte que dans le graphisme sont présentes et nous entraînent dans une trame dramatique à la fois cruelle riche en métaphores et en symbolisme. On ne manquera pas d'évoquer une illustration prenante tant par la lumière que par les couleurs, dont les détails sont sûrement inspirés de films d'animation tels que Coraline ou Numéro 9. La narration s'adresse certes à un public averti mais le rendu donne quelque chose d'assez enfantin, tout en rondeurs et courbes offrant par un jeu de mise en lumière des contrastes saisissants et éblouissants. Ceci n'est d'ailleurs pas étonnant quand on sait que Jérémie Almanza a déjà fait ses preuves dans la BD Jeunesse avec Aristide broie du noir et lorsque cet univers si gothique est repris dans Billy Brouillard l'oeuvre de l'auteur Guillaume Bianco. Sans aucun doute La malédiction des Schaklebott est une série à suivre...

lundi 21 décembre 2009

La reine des glaces et Le pitou

Michaël Escoffier
Clément Lefèvre


La reine des glaces
Editions Sed


Que fait une fourmi sur un glacier en plein pôle Nord ? Qui plus est une Reine!! C'est vendredi et le vendredi les fourmis font du ski. Seulement voilà il n'y a pas de neige. La Reine décide de grimper sur un glacier. Oups!! Ca glisse et à force de cariboles, les petites fourmis voient d'un oeil catastrophé leur Reine s'écraser et partir à la dérive sur un gros iceberg...


Le pitou

Editions Frimousse
Collection Maxi Boum

"On ne partage pas qu'avec les oreilles et les yeux...On peut toucher, tourner les pages. On se perd dans les illustrations et on a un vrai grand album dans les mains...UN TRESOR !"

Mais où est passé le pitou ? s'écrie le petit pingouin qui court et court à la recherche de son doudou. De questions en recherches, le pingouin s'aventure à déranger l'ours polaire en pleine partie de golf "Zé perdu mon pitou ?". L'ours n'est pas d'humeur à aider notre ami et il l'envoie chez le Père Noël. Le pingouin naïf, tombe en plein dans la supercherie mais qui c'est ? Seulement voilà!! à quoi il ressemble ce pitou ???


Attention La reine des glaces vous ne le trouverez pas en librairie car il est réservé aux maternelles. Je vous le présente en exclusivité grâce à mon statut VIP (lol!!) qui me permet d'avoir accès aux livres de ma librairie mais en coulisses. Chut!!!!

La reine des glaces tout comme Le pitou sont des albums signés Michaël Escoffier pour les illustrations et Clément Lefèvre pour le texte. Ca déménage car ces deux histoires sont pleines de loufoquerie, d'humour et d'intelligence bon enfant. Une reine des glaces se retrouvant seule sur un iceberg qui abrite un mammouth!!!! Tout le monde s'extasie devant le spectacle alors que pauvre fourmi, elle croit que tout ce tapage est pour elle. Et vous me direz mais que fait une colonie de fourmis au pôle Nord ????? Le pitou c'est un doudou gros COMME CA dont il ne faut surtout pas se fier au petit nom bien mignon... Je conseille fortement Le pitou car vous y trouverez le Père Noël traversant les glaciers... Les illustrations sont superbes avec une nette préférence pour Le pitou car les dessins sont doux, aux traits enfantins, une atmosphère chaleureuse. La mise en page est soignée et les couleurs sont resplendissantes. Un album sur les doudous qui mêle avec brio poésie et fantaisie.

dimanche 20 décembre 2009

Les soeurs Eden et le maître des loups

Lyn Gardner


Editions Tourbillon
Roman traduit de l'anglais par Marie-José Lamorlette
Illustrations de
Julia Wauters
Paru en Mai 2009
416 pages

Roman ado à partir de 9 ans

Alice en a marre!!! Sa soeur aînée Aurore est toujours après elle: orthographe, lectures, calcul mental, Alice n'y tenant plus, elle s'enfuit souvent de la demeure familiale pour aller courir dans les bois et préparer des feux d'artifice. Leurs parents ne sont pas présents: le père part toujours en expédition et la maman, fainéante et toujours fatiguée attend un troisième enfant. Livrée à elle-même, Aurore est une adolescente timorée, qui s'efforce d'apporter la meilleure éducation à sa petite soeur casse-cou. Aussi quand leur mère décède après la naissance d'une petite fille, Aurore a un poids supplémentaire sur ses maigres épaules. Alice prend vite le bébé sous sa protection pour soulager sa soeur de trop nombreuses responsabilités. Surtout que le papa, complètement anéanti et désabusé, a filé sans demander leurs restes. Livrées toutes les trois à elles-même, seules dans un grand manoir, les petites soeurs sont "orphelines". Elles courent un grave danger car le maître des loups, le docteur Sauvage rôde en quête d'un instrument de musique aux pouvoirs surnaturels. Une flûte que la maman d'Alice lui a confiée sur son lit de mort...

Les soeurs Eden et le maître des loups est un conte moderne qui présente les thèmes très riches de l'apprentissage et de l'initiation. Roman de prise de conscience où l'on quitte l'enfance pour commencer à grandir, c'est aussi un roman contemporain qui reprend les plus grands contes de notre enfance afin de les distiller tout au long d'une intrigue palpitante. A l'image du Livre des choses perdues, Lyn Gardner crée un univers culturel porteur des plus grandes angoisses enfantines. Hansel et Gretel, La Belle aux bois dormants, Le Petit Chaperon rouge, Jack et le haricot magique, Alice au pays des merveilles, le roman est truffé de références littéraires dont l'ambiance ressemble plus aux contes des frères Grimm qu'à Walt Disney. Les trois jeunes filles vont affronter un être cruel, aigri, un maître des loups qui veut s'emparer d'une flûte possédant le pouvoir de contrôler les volontés des gens.

Histoire aux multiples rebondissements, nous pourrons y croiser la Mère Crochue, une ogresse aimant jouer avec ses victimes mais aussi des enfants-fantômes errant dans les cimetières en attendant le retour de leurs familles...le parcours est semé d'embûches mettant à l'épreuve une héroïne Alice, intrépide et courageuse faisant acte de bravoure pour protéger ses soeurs. Un roman d'aventures à l'écriture enjouée et imagée et aux personnages attachants. Les soeurs Eden et le maître des loups est un roman jeunesse agréable à lire, on ne tombe pas dans la parodie mais l'auteur joue sur une intertextualité créative. Beaucoup critiqueront cette apparente facilité, celle de faire appel aux contes de fées en les replaçant dans un autre contexte, ce qui ressemble à une simple réécriture des contes, sorte de collage assemblé mais cette technique du patchwork n'est nullement regrettable et valorise au contraire un texte imaginatif autant que divertissant...


5/5 champignons

Cerise Griotte

Benjamin Lacombe
Seuil Jeunesse
Paru en Mars 2006
Album Jeunesse à partir de 5 ans

Thèmes: Solitude, Amitié, Chien

Cerise est une enfant triste. Elle vit seule avec son papa et se noie dans les livres pour oublier sa différence. Elle passe de longues journées derrière sa vitre, allongée sur son lit, le regard vague et vide à regarder s'agiter les gens dehors mais surtout les enfants qui jouent et rient dans la rue. Cerise n'a pas un prénom comme les autres. En classe, on se moque d'elle et de ses rondeurs. Mais elle imagine partir en voyage aux côtés de Philéas Fogg ou de Jules Verne. Son papa recueille les animaux perdus, aussi se prend-t-elle d'affection pour une chienne qui comme elle est différente avec ses plis graisseux. Très vite, elle s'identifie à l'animal et le nommera Griotte. Elle trouve en lui le réconfort dont elle a besoin et ose affronter les vilaines moqueries de ses camarades. C'est Griotte, elle l'aime et s'en défend! Peu importe sa différence, seule l'amitié et l'amour comptent. Mais Griotte est un chien perdu et il faudra bien que Cerise apprenne à le laisser retrouver son vrai maître...

Un formidable album signé Benjamin Lacombe sur un thème d'actualité, un thème très porteur en littérature de jeunesse : la différence. Cerise est une enfant solitaire, fuyant une réalité trop sombre dans les livres qu'elle lit. Un moyen pour elle d'affronter la méchanceté des camarades de classe. Parce qu'elle n'a pas un prénom commun et parce qu'elle a des rondeurs, on l'isole. Secrètement elle observe le bel Angelo mais sa tristesse est d'autant plus grande que celui-ci ne la remarque même pas. Une enfant différente, seule et triste mais aussi timide et qui a tant à offrir. Tout l'amour qu'elle porte en elle, elle le confie à son compagnon de coeur, un chien sharpei, lui aussi différent. Un album fort, émouvant et poétique comme on en a pris l'habitude avec cet illustrateur à la sensibilité dévoilée. D'abord sombres, les couleurs sont toutefois harmonieuses et restituent superbement cette ambiance mélancolique d'une enfance malheureuse. Mais l'espoir est là et Cerise prend son courage à deux mains quand ce n'est plus elle qui est visée. C'est un album touchant et expressif, d'une extrême tendresse dans lequel on s'attache immédiatement aux personnages.


4/5 champignons

Le blog de l'auteur ici

samedi 19 décembre 2009

La mélodie des Tuyaux (Conte musical)

Benjamin Lacombe

Seuil Jeunesse
Paru en Octobre 2009
Texte dit par
Olivia Ruiz
Mis en musique par
Alex el Rubio et Jean-Baptiste Marino
Avec un CD Audio
Album Jeunesse à partir de 5 ans


Thèmes: Musique, Estime de soi, Gitans


Alexandre vit dans une ville triste et morne. Une ville industrielle où la vue n'est faite que de pollution, de fumées et d'usines grisâtres. Alexandre est déprimé. Son avenir est déjà tracé alors qu'il n'a que treize ans. Ce paysage bien sombre est perturbé par l'arrivée inopinée d'une troupe de cirques. Alexandre est curieux tout comme ses camarades de classe. Les rumeurs vont bon train sur les gitans. On les critique, on les traite de voleurs. Mais Alexandre rencontre les grands yeux noirs de la belle Elena. Alexandre est timide et craintif mais Elena le prend vite sous son aile. Les présentations sont faites : il y a Frieda la femme à barbe, les soeurs siamoises et les lilliputiens. Il va découvrir un monde nouveau, enchanteur: la famille d'Elena est andalouse. Les filles dansent le flamenco et la musique rythme leur vie nomade. Alexandre est fasciné, alors que ses parents l'ont toujours dénigré, il ouvre son coeur à cette culture. Un fabuleux voyage l'attend qui le conduira à trouver sa place dans cette grisaille sans joie.

La mélodie des Tuyaux est un conte jeunesse musical dans lequel Benjamin Lacombe a choisi de nous faire vibrer sur des rythmes gitans, pour notre plus grand bonheur. Après Généalogie d'une sorcière, coup d'éclat de l'année 2008, La mélodie des Tuyaux nous emporte à la découverte d'une culture: celle des gens du voyage. C'est une réussite exemplaire, une perle, un bijou de la littérature jeunesse. On ne peut pas être déçu par Benjamin Lacombe, c'en est presque devenu une règle !

Empreint de tolérance et de valeurs humaines, ce magnifique album nous incite à écouter les musiques rythmées et colorées des gitans. Alors que la vie d'Alexandre est sombre, sans espoir, ce monde vif et dynamique s'immisce dans une ville industrielle où le travail prime. Alexandre se cherche. La perspective de suivre les pas de ses parents ne l'enjoint guère à voir la vie avec optimisme. Aussi l'arrivée des petites roulottes bigarrées et colorées est un divertissement qui vient lui ouvrir la voie de la curiosité. Irrésistiblement attiré, il ne peut s'empêcher d'aller zieuter et de se trouver nez à nez avec Elena. D'abord craintif et timide, il accueille ce spectacle avec un immense bonheur. Petit à petit, au contact profitable et formidable des gitans, il va prendre confiance en lui. Il apprend à jouer de la guitare et en même temps que sa découverte de la musique, il part à la recherche de l'estime de soi. Alexandre a un don. La mélodie coule dans ses veines, la musique est innée et inouïe !!!

La différence est également une thématique chère à Benjamin Lacombe. Perçus comme des voleurs, La mélodie des Tuyaux retranscrit tous les préjugés, les clichés qui rôdent autour des gitans pour nous faire découvrir que cette culture est porteuse de joie, de confiance et d'amour. La différence est visible à travers le thème du cirque, des femmes à barbe, de toutes ces personnes que l'on voit comme des bêtes de foires, des curiosités. La mélodie des Tuyaux nous révèle que la vraie curiosité n'est pas celle des moqueries, mais celle du coeur, celle qui nous pousse à aller vers les autres, vers l'inconnu pour le connaître et l'accepter avec tout ce qu'il a à nous offrir. Accepter la différence et s'en imprégner pour trouver sa place en ce monde. Un album à la fois thématique et artistique. Que peut-on dire des illustrations de Benjamin Lacombe, si ce n'est qu'elles sont sublimes, aux couleurs chatoyantes, aux contrastes forts afin de révéler cette culture du voyage. Les musiques sont envoûtantes. Un album empreint de chaleur qui nous donne envie de chanter et de danser. Les fans de La mécanique du coeur de Mathias Malzieu reconnaîtront et apprécieront l'originalité d'une telle oeuvre, mais aussi son côté bohême et poétique.


Une réussite totale plébiscitée par les bloggueuses littéraires : Theoma, Laure, Clarabel, Lily

Si vous aimez La mélodie des Tuyaux, vous aimerez sûrement Le temps des roulottes de Jeanne Bayol


Interview de Benjamin Lacombe - La mélodie des Tuyaux
envoyé par LesHistoiresSansFin

jeudi 17 décembre 2009

La clé de l'abîme

José Carlos Somoza

Actes Sud
Collection Lettres Hispaniques
Roman traduit de l'espagnol par Marianne Millon
Paru en Septembre 2009
380 pages


RENTREE LITTERAIRE 2009

Quatrième de couverture: Puissant, immense, tout de verre et d'acier, le Grand Train de 7 h 45 vient de s'ébranler à destination de Hambourg, quand, à son bord, le modeste employé Daniel Kean distingue une flaque rouge sang aux pieds d'un passager.Pour déjouer l'attentat imminent, le jeune homme amorce le dialogue avec le kamikaze agonisant qui lui susurre quelques mots à l'oreille. Le voilà dépositaire malgré lui d'un effroyable secret : l'emplacement de la "Clé" qui pourrait détruire Dieu, détruire surtout la crainte qu'il inspire aux hommes. Flatté, menacé ou manipulé par deux bandes rivales qui se disputent cette boîte de Pandore, Daniel s'immerge dans un univers peuplé d'ombres, traverse des ténèbres et affronte des mythes et des divinités archaïques.Tels Verne, Stevenson ou Lovecraft, José Carlos Somoza conduit ce thriller futuriste vers des terres inexplorées, des continents entourés de marais, des océans contenus dans des cercueils de verre, orchestrant l'éternelle bataille, ici magistralement renouvelée, entre les armées du bien et du mal. De ce voyage hallucinant dans les méandres de la foi, on revient riche d'une seule certitude : ce "pour ou contre" Dieu qui a forgé notre conscience d'être au monde, cette croyance ou ce déni qui règlent nos vies, il faudra admettre qu'ils reposent sur la seule puissance fabulatrice des hommes.Un postulat bâti sur une légende !

A propos de l'auteur: José Carlos Somoza est né à La Havane en 1959 et vit à Madrid.Ses ouvrages, parus chez Actes Sud, La Caverne des idées (2002, et Babel n ° 604), Clara et la pénombre (2003, et Babel n° 669) La Dame n° 13 (2005, et Babel n° 793), La Théorie des cordes (2007. et Babel n° 911), et Daphné disparue (2008), sont traduits dans le monde entier.


Daniel Kean, employé du Grand Train quitte ce matin là son foyer avec le coeur lourd. Sa petite fille Yun a fait un terrible cauchemar dans lequel elle sentait son papa en danger dans un train sombre... Daniel comprend mieux les paroles de Yun lorsque celui-ci se trouve confronté à un jeune homme mystérieux, un kamikaze moderne qui cache des tonnes d'explosifs. Il a choisi Daniel pour lui livrer un puissant secret. Daniel est le messager d'une révélation dangereuse: une Clé appelée Clé de l'abîme, celle qui détruira Dieu. Péché par un comité de sécurité, Daniel est emmené puis interrogé jusqu'à ce qu'un homme odieux décide d'exécuter sa femme sous ses yeux. Mais Daniel ne peut rien faire. Il certifie que l'homme ne lui a rien révélé. Ignorance ou oubli, Daniel devient l'objet de convoitise de daux bandes rivales qui sont prêtes à tout pour connaître la Vérité...

José Carlos Somoza signe là un thriller futuriste assez pompeux, où la lourdeur du style n'a d'égale qu'une intrigue compliquée. Je n'ai pas du tout accrochée à l'écriture de cet auteur dont on dit qu'il est renommé et apprécié. Ce n'est qu'à la fin que l'auteur dévoile les ficelles mais le reste du livre n'est pas enchanteur. Certes José Carlos Somoza n'a pas son pareil pour les décors, à la fois sauvages et mythiques, mais les trop nombreux personnages ne sont pas attachants. L'histoire est complexe, entre les croyants et les non-croyants s'inscrivant dans un monde manichéen du bien et du mal, ou plutôt de la vérité et de l'illusion. Même au sein des croyants de la Bible, les opinions divergent entre les lecteurs du Premier chapitre jusqu'aux lecteurs du Quatorzième. C'est à la fin que l'on comprend où l'auteur a voulu en venir, s'inspirant de l'oeuvre de Lovecraft mais si on retrouve cette ambiance confuse et sans espoir chère aux créatures lovecraftiennes, il n'en reste pas moins qu'en tant que lectrice de Lovecraft je n'ai pas adhéré à la "Clé de l'abîme". Les pouvoirs de la littérature sont impénétrables et l'intrigue de Somoza est parsemée de longueurs, de discours interminables. Si je devais qualifier ce roman je le nommerais écriture de l'artificialité, écriture certes très imagée et imaginative, où l'horreur suscite l'effroi, visions chaotiques d'êtres hybrides mangeurs d'âmes; artificialité dans les décors luxuriants de ce Japon découvert sous une bulle de verre noyée, mais tout ceci lorsqu'on connaît les mythes de Lovecraft est bien fade. Artificialité n'est qu'illusion alors que le Maître était créateur de mythes. La Clé de l'abîme est un roman d'aventures qui plaira aux amateurs d'un fantastique poussé à l'extrême, un thriller incertain qui laisse perplexe ; mais qui ne prendra pas beaucoup de place dans ma mémoire de lectrice...

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Leiloona, Cuné, Stephie


6/7