Jules Renard

"CHACUNE DE NOS LECTURES LAISSE UNE GRAINE QUI GERME" - Jules Renard

Spéciale Usborne...


mardi 30 septembre 2014

INSATIABLE - Tome 2 - Thoughtless

S.C. Stephens

Hugo & Cie
Collection Hugo Roman/ New Romance
Traduit de l'anglais par Typhaine Ducellier
Paru en Juillet 2014
554 pages
17 euros

Genre : New Adult/ Romance

Quatrième de couverture : Que se passe-t-il quand on passe de la liaison à la vie de couple ? S'aimer est simple, se faire confiance est plus difficile... La série phénomène de S. C. Stephens est de retour, avec son couple désormais mythique : Kiera et Kellan. Après s'être retrouvée en plein milieu d'un triangle amoureux, avec son lot de mensonges, de trahisons et de souffrances, Kiera est déterminée à ne plus faire souffrir personne, et tout particulièrement l'homme, talentueux, beau et si sensible, qui fait battre son coeur. Kellan et elle forment désormais un véritable couple mais leur vie ne sera pas pour autant un long fleuve tranquille. Car l'histoire se répète : en effet, alors qu'ils s'étaient rapprochés à l'occasion de l'absence de Denny, c'est maintenant au tour de Kellan de laisser seule la fragile Kiera. Son groupe a décroché une tournée et le très sexy chanteur des D-Bags doit s'absenter. Kiera devra tirer les enseignements de ses erreurs passées et prendre de l'assurance ; Kellan, lui, devra apprendre à se confier ; bref le jeune couple devra se faire confiance. Et pour une relation née dans la trahison, cela ne s'annonce pas facile ! Y parviendront-ils ? Un parcours vers l'âge adulte plein de sensibilité, de sensualité et d'humour. Après Indécise, Insatiable est le deuxième volet de la trilogie (Thoughtless).


J'avais trouvé le Tome 1 INDECISE carrément addictif, alors il ne fallait pas trop que j'attende pour lire la suite de cette série au fort potentiel tentateur et pour vous remémorer mon enthousiasme, je vous mets un passage de mon article sur le premier volet :
"C'est simple, il y a tout pour nous faire craquer et nous rendre addict : histoire d'amour sensuelle, disputes tragiques, émotions à fleur de peau, attirance exaltante,  pulsions érotiques alternant avec des moments plus profonds et sensibles, des déclarations romantiques ... tout ce qui fait un roman à la fois intense et fougueux. L'auteur a su nous faire rentrer dans l'histoire, de plein fouet, nous malmenant à coups de suspense, de tension et parfois même de stress. C'est une saga qui fait vibrer."

Bon je l'avoue, j'ai moins accroché à ce deuxième volet de la série mais cela ne vient pas de l'intrigue ni de l'écriture de C.S. Stephens. En fait, ce que je préfère dans une relation, c'est le début. Le piment, la séduction, les premiers effleurements, le désir qui monte progressivement et tout ceci était parfait dans Indécise. Dans Insatiable, j'ai trouvé le temps plus long car Kiera et Kellan sont passés de liaison interdite à une vraie relation de couple. Denny est parti en Australie. Il n'y a plus d'ombres au tableau idyllique d'un amour désormais éclatant et vif. Puis l'histoire se répète et j'avoue que cela m'a agacé. Kellan doit partir en tournée et va laisser Kiera seule pendant plusieurs mois. Rebelote, Kiera esseulée, déprimée, va évidemment se poser la question de la fidélité et pendant quelques chapitres on va tourner en rond sur ses doutes, ses peurs, ses bloquages. Leur couple va-t-il tenir face à la distance ? Kellan ne sera-t-il pas tenté par ses fans entreprenantes ? A l'heure où il faut faire preuve de maturité et de confiance, Kellan va devoir apprendre à se confier.

Pourtant j'ai accroché quand même car l'auteur ne répète pas les mêmes propos que dans le premier tome. Il est vrai que le jeu sexuel, charmeur et tant explosif m'a manqué un peu. C.S. Stephens sait si bien distiller le désir, les envies, les pulsions et l'érotisme dans le quotidien, que là pour le coup je suis restée sur ma faim. Les scènes de sexe sont moins acidulées que dans le premier tome. C'est trop sage, trop convenu. Soit, Insatiable laisse place aux intrigues secondaires notamment autour de la famille de Kiera, du père de Kellan, de son histoire familiale douloureuse et évènement inattendu, la soeur de Kiera prend une tout autre allure. Il me semble que Insatiable dévoile une intrigue plus mature, plus émouvante, pleine de sensibilité et d'humour attendrissant. C'est touchant. On apprend à apprécier les personnages secondaires (Anna, Griffin, Matt) qui révèlent leur lot de rebondissements! 

Même si j'ai trouvé ce second volet plus long, j'ai aimé car l'auteur a su éviter de reproduire les écueils du premier tome. Tout change, les personnages évoluent et il est impossible de savoir à l'avance ce qu'il va se passer tellement c'est inattendu. C'est toujours aussi prenant et captivant à lire avec le succès des D-Bags, les petites attentions tendres et romantiques de Kellan pour ne pas oublier Kiera, pour qu'elle se sente toujours aussi exceptionnelle et désirable à son coeur, le côté réaliste. Il y a ce quelque chose de différent et d'attachant dans cette histoire d'amour plutôt atypique et tumultueuse, notamment l'ambiance particulière d'une bande d'amis, d'une seconde famille, d'un couple qui s'apprend. J'ai hâte de me jeter sur le troisième tome! Ahhhhhhhhh

Quand un éléphant tombe amoureux - Rien de rien

Quand un éléphant tombe amoureux
PassePartout Editions
Davide Cali et Alice Lotti
Paru en Mai 2014
32 pages - 14 euros



Rien de rien
PassePartout Editions
Yael Frankel
Paru en Mai 2014
32 pages - 14 euros




 Le site de l'éditeur : http://www.passepartouteditions.com/









Il était une fois un éléphant amoureux mais très timide. Plein de bonne volonté, porté par son amour, il fait des efforts pour attirer la faveur de l'élue de son coeur. Il suit des règles de base. Il se met au régime, il se lave tous les jours, il se fait élégant, il rêve et écrit de longues lettres, des déclarations d'amour qu'il n'ose pas envoyer. Il cueille des fleurs et pose le bouquet sur le devant de sa porte. Quand un éléphant tombe amoureux, il est parfois aussi triste et mélancolique. Il se demande s'il existe pour sa belle. Puis un beau jour, l'amour frappe à sa porte!

Je découvre le graphisme délicat, tout en finesse d'Alice Lotti, illustratrice italienne qui utilise comme technique de base le monotype, procédé artistique proche de l'estampe. L'histoire classique met en scène un éléphant en proie aux sentiments amoureux. Avec justesse, le texte met en avant les espoirs et les peines de cet éléphant qui se prépare pour accueillir l'amour. Prendre soin de sa personne, rêvasser en regardant les nuages, faire attention à sa forme, être romantique et être plein d'attentions pour la personne qu'on aime...voilà ce que nous raconte, très sobrement cet album. Les illustrations sont minimalistes et très jolies. Des couleurs pastelles, très douces, mises en avant sur un fond blanc. Un joli titre.

                                   *                                        *                                              *

Il était une fois une pierre que personne ne regardait. La pierre ne possédait rien. Pas d'amis, pas de jouets, pas de parents. Toujours seule, au printemps comme en hiver, sans famille, sans joie, sans pleurs...la pierre reste là, sans bouger, attendant les heures, voyant les gens défiler. Elle indiffère. Et à cette pierre, il n'arrivait jamais rien. Forcément, puisque personne ne prêtait attention à elle. Puis il y a un garçon.  A lui aussi il n'arrive jamais rien. Il n'a pas d'amis, pas de jouets, il est seul. Rien de rien... jusqu'au jour où ce petit garçon trébuche sur une pierre. Pas n'importe quelle pierre. La pierre à qui il n'arrivait jamais rien...

Yael Frankel vit à Buenos Aires, en Argentine et est illustratrice. Son univers dans Rien de rien est plutôt triste, sombre, en harmonie avec le texte qui représente la monotonie, l'ennui, la solitude, la mélancolie. Les tons sont gris, avec des petites pointes de couleurs plutôt pâles qui emplit les détails : du bleu, du marron, du orange comme pour signifier ce semblant lumineux porteur d'espérance. Hormis la page sur laquelle dort un petit garçon, tout en orange vif. Elle représente l'espoir probable d'une rencontre qui changera les choses. La dernière page lie l'histoire de cette pierre et de cet enfant. La réunion des deux amène quelque chose qu'il faut découvrir : un jeu de marelle. Avec des mots simples mais choisis avec soin, Yael Frankel réussit à nous parler de différence, de solitude quand tout autour de nous évolue sans que l'on y participe. Un album réussi qui sait harmoniser couleurs et émotions du récit.


lundi 29 septembre 2014

La Princesse Tralala - Une histoire qui joue avec les voyelles

Magdalena
Gwen Keraval

Flammarion/ Père Castor
Paru en Août 2014
32 pages
10,50 euros

Album Jeunesse dès 4 ans
Thèmes : Voyelles, Humour, Princesse

            La Princesse Tralala n'est pas une princesse comme les autres. Tous les jours, du matin au soir, du soir au matin, elle s'entraîne à faire des vocalises : "a, e, i, o, u". Elle adore chanter. Mais pourquoi, me direz-vous? Princesse Tralala veut devenir chanteuse d'opéra. Dans la baignoire, sur le balcon, dans tout le château, au jardin, on entend la voix de Tralala. "Ra, re, ri, ro, ru"...un rat passe, "Cha, che, chi, cho, chu" le chat fuit, "La, le, li, lo, lu" le lapin sort de sa cachette. La princesse s'ennuie dans son château et rêve d'un beau prince charmant...jusqu'au jour, par un beau dimanche, où "Ba, be, bi, bo, bu"mais qui voilà donc...

 
Voilà un album sympathique qui va réveiller les mâchoires et faire chanter les voix grâce à cette princesse charmante, pétillante et rigolote. L'histoire est loufoque tout comme les illustrations vives, pleines de fantaisie et d'humour. On y apprend les voyelles et les jours de la semaine. Cette histoire ludique et amusante est loin d'être conventionnelle et même s'il y est question de prince charmant, de château, on s'éloigne des clichés sur les princesses. Sur la thématique du langage, Magdalena joue avec les mots, joue avec le rythme qui se veut musical et basé sur la répétition des voyelles. Un album plein de couleurs, de détails, plein d'entrain pour réveiller les sonorités et faire participer l'enfant à la lecture, qui aimera, sans doute, imiter les syllabes de la princesse!



Le site de l'illustrateur :  http://www.gwenkeraval.com
L'avis de Saxaoul

Une fille cache l'autre - Tome 2 - The Vincent Boys

Abbi Glines

La Martinière Jeunesse
Collection Fiction J
Traduit de l'anglais par Sophie Troubac
Paru en Septembre 2014
238 pages
14,90 euros

Roman ados à partir de 14 ans
Thèmes : Romance, Adolescence, Amour

Quatrième de couverture : Croyant qu'une aventure lui permette d'oublier Ashton qui l'a quitté quelques mois plus tôt pour Beau, son propre frère, Sawyer sort avec Lana. Folle amoureuse de lui, Lana est prête à tous les sacrifices pour effacer le souvenir de cet amour perdu. Mais l'omniprésence d'Ashton et de Beau ne lui facilite pas la tâche. Si Sawyer ne parvient pas rapidement à aller de l'avant, Lana pourrait bien elle aussi, se détourner de lui...

A propos du Tome 1 : "Tout s'enchaîne très vite entre des scènes d'amour pimentée aux scènes de révélations choc, de l'action et une bonne dose d'états d'âme, dans la plus pure tradition des romances Young Adult."

Après Un garçon de trop, la suite de la série The Vincent Boys arrive avec ce deuxième volet intitulé Une fille cache l'autre. Quelques mois ont passé après la rupture entre Sawyer et Ashton. Rappelez-vous, Ashton a choisi Beau et ils vivent leur amour aux yeux de tous, sans plus se cacher de Sawyer qui accuse le coup comme il peut. Il éprouve toujours des sentiments pour Ashton mais l'arrivée de sa cousine Lana, qui a bien changé depuis le dernier été, va changer la donne. En effet, Lana vient séjourner pour l'été chez Ashton. Si Lana est déjà bien éprise de Sawyer, pour le garçon c'est tout autre chose. Il pense qu'une aventure passagère avec Lana lui permettra d'oublier son amour perdu et de rendre jalouse Ashton. Quant à Lana, elle est prête à tous les sacrifices pour aider Sawyer à oublier sa cousine...

Dans Une fille cache l'autre, il n'y a plus de trio amoureux. Nous avons deux couples : Beau et Ashton qui filent le parfait flirt devant un Sawyer qui a beaucoup de mal à tourner la page et à encaisser ; puis le nouveau couple ambigu, vulnérable, balbutiant que forme Sawyer et Lana. L'arrivée de Lana change tout. Elle est jolie, mature, fragile, intelligente, et a beaucoup changé physiquement. Les garçons la regardent. Et Sawyer va s'en servir à son avantage. Il découvre aussi que la chasteté est une notion fluctuante face au désir grandissant, face à une Lana qui l'attire. Retournement de situation plutôt inattendu car le gentil Sawyer, jusqu'à présent irréprochable, gentleman, serviable, poli va devenir un vrai bad boy. Le prince charmant qui se réservait pour sa fiancée tombe bien bas et je l'ai parfois détesté. A jouer avec le feu, il pourrait bien perdre Lana et se rendre compte trop tard de son erreur. 

Jeux d'amour (et du hasard), séduction, romance tourmentée, disputes, déclarations émouvantes et confidences, cette suite m'a bien plu. Il est bien difficile de résister au charme charismatique des Vincent et là même si Beau est relativement "absent" du récit, la présence de Sawyer est tout aussi délectable. Lana est quant à elle un personnage très attachant. Elle a toujours bien aimé Sawyer et couverte de doutes, de complexes, elle ose enfin espérer un vrai amour, une belle relation. Elle en a aussi bien besoin, elle qui souhaite fuir le divorce compliqué de ses parents. Sawyer mettra du temps à comprendre ce qu'il se passe côté coeur alors que Lana, ombre de la bande complice des Vincent et Ashton, va prendre son indépendance, évoluer pour résoudre des problématiques adolescentes et familiales. 

J'ai bien aimé ce tome, bien que plus court, car Abbi Glines sait parfaitement doser une romance young adult à la fois forte et romantique en n'hésitant pas à créer des scènes sensuelles qui n'ont rien à envier au genre New Adult, tout en évoquant des thèmes chers à l'adolescence : l'affirmation de soi, la responsabilité, faire des choix, devenir adulte.

L'oeil du prince

Frédérique Deghelt

Editions J'ai lu
Paru en Septembre 2014
382 pages
14 euros

Quatrième de couverture : Années 1980: Mélodie, une jeune Cannoise, commence son journal intime. 1964 : Yann, un Français habitant New York, semble avoir laissé sa vie derrière lui. Vingt ans plus tard à San Francisco, Benoît voit son couple se déliter alors même que sa carrière de pianiste connaît une envolée. Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux résistants, Alceste et Agnès se découvrent amoureux grâce à leur correspondance. Celle-ci sera ouverte, un demi-siècle plus tard, par une vieille dame aux pensées habitées par les hommes qu'elle a aimés. Cinq voix s'élèvent à travers le temps et l'espace pour tenter de saisir leur chance, de comprendre leur vie, de mettre des mots sur le sentiment amoureux. Destin, hasard ou fatalité, un seul être peut savoir ce qui les lie : le lecteur. 


"L'œil du prince, dans un théâtre est l'angle de vue permettant de visualiser la perspective du décor sans déformation. Le terme vient du théâtre classique. L'œil du prince permet de voir la salle de façon symétrique. C'est aussi, en regardant de la salle vers la scène, la place d'où l'on voit le mieux le spectacle. En général, c'est le siège que choisit le metteur en scène lors des dernières répétitions, car c'est pour lui, l'endroit idéal. Cette place de choix se situe aux environs du septième rang, au centre de la rangée." Définition Wikipédia.

Ce roman met en scène cinq voix : celles de Mélodie, Yann, Benoît, Alceste et Agnès que l'on suit pour chacun à travers leurs écrits, leurs pensées, leur évolution à un moment donné de leur parcours. Les deux premiers personnages m'ont beaucoup touché. Mélodie, 17 ans, vit à Cannes dans une famille bourgeoise qui se désintéresse de ses choix, de son âme d'artiste. Elle brûle ses journaux intimes et se réfugie dans le Grand Bleu, film qui vient de sortir pour le festival. Pour la première fois, elle va assister à une représentation du film en direct du festival. Jeune fille réservée, elle voudrait réaliser ses rêves face à la superficialité de sa famille. Yann, français vivant à New-York vient de vivre un drame familial qui l'a anéanti. Il veut quitter New York mais surtout il se demande s'il doit continuer à vivre ou bien mourir. Seconde Guerre Mondiale : nous suivons la correspondance secrète de deux résistants qui apprennent à se connaître et tombent amoureux. Anna plonge peu à peu dans ses souvenirs...

Quel est le lien entre tous ces personnages? On peut regarder l'arbre généalogique en début du roman pour comprendre cette lignée familiale ou bien tout simplement se laisser bercer par la plume délicate et intimiste de Frédérique Deghelt. L'auteur nous entraîne vers la vie et décrit tous les sentiments qui s'y rattachent : amour tendre ou bien amour charnel, la joie, la tristesse, le deuil, le désir, le plaisir des choses simples. Elle nous interroge sur la notion de bonheur ou bien de tragédie, sur les liens qui se font ou se défont entre les êtres humains. L'oeil du prince nous parle de la vie, de ces destins entremêlés, du temps qui passe et de nos pensées qui demeurent.
Ce que l'on retient avant tout, lecteurs, c'est la construction du roman qui place la transmission au coeur des personnages. Fatalité ou bien hasard, coïncidence, tout ce qui nous arrive n'est ni bien ni mal. Cela fait partie d'un vaste plan, celui de la destinée et chaque évènement de notre vie peut être relié, lié à un autre. Il en ressort un roman d'une grande finesse et sensibilité, plein de poésie contemporaine, de ces phrases importantes qu'on aime à retenir pour nous aussi, nous permettre de vivre nos évènements familiaux.

samedi 27 septembre 2014

Bonnets rouges et bonnets blancs ♥ ♥

Ecrit par Praline Gay-Para
Illustré par Rémi Saillard

Didier Jeunesse
Collection Grands contes
Paru en Août 2014
40 pages
14,20 euros

Album Jeunesse dès 5 ans
Thèmes : Conte, Folklore, Petit Poucet

Le conte du Petit Poucet est universel. En voici la version antillaise venue de Marie-Galante à savourer avec bonheur et épices! La trame reste la même que le conte de Perrault, à quelques différences près. Dans Bonnets rouges et bonnets blancs, une mère élève seule ses quatre fils dont les prénoms créoles nous mettent tout de suite dans le ton : Titilifi, Tatalaf, Cotolofi et Quatavoume. Avec leurs jolies frimousses espiègles, ils nous font déjà sourire et apportent gaité et légèreté à l'histoire. Un jour, n'ayant ni vivres, ni argent, la maman décide d'emmener ses enfants jouer dans la forêt et elle leur bande les yeux. Puis précipitamment elle les laisse seuls pour jouer. Ils s'amusent toute la journée si bien qu'à l'approche du soir, les enfants sont perdus. Hélas dans cette version, il n'y a pas de petits cailloux pour retrouver le chemin de la maison. Quatavoume grimpe en haut d'un arbre et voit de la fumée. Ce n'est autre que la demeure de l'ogre et de sa femme. En fait l'ogre est ici appelé Compère Diable, référence religieuse guadeloupéenne dans laquelle les figures maléfiques, les démons, les ogres sont assimilés au Diable.

Compère Diable sent la chair fraîche des quatre enfants et prépare un repas d'enfer! Mais Quatavoume, le plus malin des frères a plus d'un tour dans son sac. Fouineur, chapardeur, il aime écouter aux portes et retenir les bonnes informations. C'est d'ailleurs la partie la plus amusante, la plus drôle et pleine de suspense de ce conte copieux! Et c'est là qu'on comprend la référence au titre Bonnets rouges et bonnets blancs.

J'ai beaucoup aimé cette version colorée, rafraîchissante et réjouissante du Petit Poucet. Le personnage de Quatavoume, très charismatique, avec ses idées ingénieuses, son esprit vif et son côté coquin est attachant. Le personnage de l'ogre est tout aussi truculent, représenté dans la démesure. Il fait peur avec ses cornes et sa queue de diable. Le texte suit une trame classique mais les mots sont fantaisistes et le rythme bon. C'est un album plein de générosité en matière d'illustrations. Elles sont très belles : vives, aux couleurs franches et contrastées, en respectant le côté imaginaire et surréaliste du Compère Diable, donnant à ce folklore toute sa splendeur graphique. Une version à découvrir! Un petit coup de coeur.

vendredi 26 septembre 2014

Trois soeurs

Jo Hoestlandt
Nathalie Novi

Gallimard Jeunesse
Paru en Septembre 2014
40 pages
14,90 euros

Album Jeunesse à partir de 5 ans
Thèmes : Fratrie, Famille, Grandir

Trois soeurs. Eléonore, brune aux yeux verts ; Martha, rousse aux yeux bleus et Jane, la narratrice, la petite dernière, châtain aux yeux noisette. Jane, on l'appelle toujours "la petite" et sa chambre se trouve tout en haut de la maison, dans une petite mansarde. Parfois les grandes soeurs sont tellement complices que la petite dernière se sent exclue de leurs secrets, de leurs rires. Parfois la petite les déteste et d'autres fois, elle les adore surtout quand elles viennent la consoler, lui brosser les cheveux, lui raconter des histoires. Un jour, Eléonore quitte la maison. Elle a trouvé un grand amour. C'est Martha qui récupère sa chambre et Jane prend la chambre de Martha. Bien que plus spacieuse, Jane ressent comme un vide, un manque. Puis Martha quitte la maison à son tour. Jane hérite de la chambre d'Eléonore, la plus belle, celle qu'elle aimait et convoitait tant quand elle était toute jeune. Il demeure encore l'odeur de ses deux soeurs parties, des élans de tendresse, des parfums de leur jeunesse. Jane met plus de temps que ses soeurs mais elle part aussi, vers d'autres paysages, vers d'autres aventures, vers d'autres horizons et rapporte des trésors du monde...

On est forcément ému en lisant cet album au charme suranné, à l'esprit d'antan, très "Jane Austen", avec son air des Quatre filles du Docteur March et ses illustrations classiques. Transporté dans une ambiance cosy, aux couleurs printanières et fraîches, le lecteur fait la connaissance de trois soeurs.
Les illustrations au crayon de couleur douces et poétiques apportent un charme fou à cet album à l'arrière goût mélancolique et nostalgique du bonheur passé, de l'enfance, de la fratrie. Empreint de souvenirs et d'espoir, le texte est sensible et délicat, exprimant tous les sentiments liés à la famille, à la fratrie, à la nécessité de grandir, de quitter le cocon protecteur de la famille pour vivre de ses propres ailes. La fin de l'histoire est très belle et montre que l'on reste soeurs malgré le temps qui passe, qu'il y a des façons, même en étant adulte de retrouver ce partage, cette complicité. Un album aussi élégant par son texte que pour ses illustrations qui constituent de magnifiques tableaux.

mercredi 24 septembre 2014

Mon Superlivre de la politesse

Elisabeth Brami
Illustré par Marie Paruit

Casterman
Collection Les Superlivres
Paru en Septembre 2014
48 pages
14,95 euros

Album Jeunesse dès 4 ans
Documentaire Jeunesse
Thèmes : Manuel, Quotidien, Politesse

Dès que je l'ai vu, j'ai craqué! Non seulement parce que j'ai trouvé l'idée géniale et aussi pour la présentation très attractive qui plaira aux enfants. Comment apprendre la politesse à nos enfants ? Comment leur expliquer ce qu'il faut faire et ne pas faire, ce qui est poli, ce qui est malpoli, ce qui est recommandé ou pas ? Comment leur faire distinguer toutes ces règles de savoir-vivre en société et en famille, au quotidien ? Mon Superlivre de la politesse y répond de manière amusante et brillante, manuel de savoir-vivre pour nos enfants d'aujourd'hui. C'est un album grand format magnifique et l'intérieur l'est tout autant : mots, illustrations pleine page. La politesse est un grand thème de l'enfance car c'est au plus jeune âge que les parents donnent des repères, des indications pour bien se tenir, bien se comporter. Cela fait également référence à la base de l'éducation et au fameux "bien élevé". Qu'est-ce qu'être bien élevé ? Et qu'est-ce que ça veut dire quand maman dit "ça ne se fait pas!" ?

Mon Superlivre de la politesse propose 20 pages, 20 situations de la vie quotidienne (à la maison, à l'école, à table, aux toilettes, dans les lieux et transports publics, chez les amis, chez la famille...). Dans ces 20 pages alternent garçons et filles, des Miss Papoli, des Miss Poli, des Mr Papoli et des Mr Poli, et face à face, mis en scène et entourés par des personnages et des environnements familiers, mis en contexte, le manuel va mettre en opposition deux types de comportements (le poli et le pas poli).


Tour à tour, Poli et Pas poli vont incarner des habitudes qui ont la vie dure, des attitudes positives ou bien contestables en famille et en société afin de solliciter la capacité de l'enfant à distinguer, à nommer, à déchiffrer et à penser la notion de politesse. Grâce à un texte court et expressif, à des illustrations drôles et vivantes, l'enfant reconnaît facilement les comportements opposés. Le ton est humoristique et les illustrations légères tandis que le propos reste sérieux et adapté au lectorat. Marie Paruit rajoute un brin de tendresse grâce à ses petits animaux qui peuplent et accompagnent les décors.

C'est un excellent manuel pour appréhender les règles de tenue, des conseils de propreté, de bon sens, vraiment récréatif pour sa présentation dynamique, ses dessins joyeux, sa mise en page intelligente et qui permettra à l'enfant de réfléchir, de se construire, de trouver sa place et de juger des aspects positifs de la politesse. C'est original, ludique, éducatif et on pourra y revenir souvent, selon les occasions. Un documentaire efficace et qui rendra service aux papas et aux mamans.

Tant que nous sommes vivants

Anne-Laure Bondoux

Gallimard Jeunesse
Paru en Septembre 2014
304 pages
17 euros

Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Amour, Initiation, Voyage

Quatrième de couverture : Folle amoureuse de Bo, l’étranger, Hama est contrainte de fuir avec lui. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers des territoires inconnus. Leur amour survivra-t-il à cette épreuve? Parviendront-ils un jour à trouver leur place dans ce monde? 

       Tant que nous sommes vivants est encore une fois une réussite qui prouve qu'Anne-Laure Bondoux est une auteure talentueuse et précieuse de la littérature de jeunesse contemporaine française. Après Les larmes de l'assassin, Le temps des miracles, Pépites, Le destin de Linus Hoppe, Anne-Laure Bondoux revient avec un récit d'aventures, un roman d'amour magique, un conte intemporel et mature dont le fil conducteur est "Tu crois qu'il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue?" revient comme un refrain.

Composé de quatre parties et conçu comme un parcours, un chemin de vie, ce roman commence dans une ville industrielle. Deux amoureux, Bo et Hama travaillent à l'Usine de la ville, elle ouvrière de jour et lui de nuit. Ils ne se voient qu'à l'heure de leur roulement et le dimanche. C'est un temps bien triste, une époque où seuls les rares bonheurs comptent, les petits riens comme se tenir par la main, lire des petits mots. Le principal c'est d'être ensemble et vivant. Puis le drame arrive : la culpabilité de Bo, la tristesse d'Hama qui a perdu ses mains dans une terrible explosion, sa lente guérison. La ville détruite doit pourtant se reconstruire mais trouve en Bo le bouc-émissaire parfait pour les malheurs survenus. Contraints de fuir une communauté devenue violente et intolérante, Bo et Hama partent sur les routes, avec dans le ventre d'Hama un semblant de renouveau... Les années passent. Tsell grandit et à l'absence de ses parents, survit et suit son destin : partir en quête de ses origines, rejoindre en sens inverse et comprendre sa légende familiale.

C'est une histoire à la dimension spirituelle et psychologique dense et importante. Un récit d'aventures, d'une quête personnelle et initiatique, le parcours d'un couple qui s'aime d'un amour sincère et puissant dans un climat de temps durs, de pauvreté, de désespoir, de crise économique, de guerre. Un récit de transformations où l'on passe sans cesse d'un contraire à un autre, d'un état à un autre : de l'amour à la haine, de la splendeur au déclin, de l'enfance à l'adolescence, du deuil à la renaissance, du bruit au silence, de l'inconnu au connu, du passé à l'avenir et ainsi de suite. Autant de passages, d'épreuves qui permettent aux personnages de grandir, d'évoluer, d'être en mouvement. Bo et Hama vont rencontrer une communauté loufoque dans la forêt, qui va les accueillir, les aider à élever leur enfant. Les treize membres de cette communauté ont tous un don, quelque chose à apporter, entre alchimie, chamanisme, philosophie. Et c'est dans cette partie que le roman bascule dans des accents fantastiques, merveilleux : les symboles du feu, des ombres, du plomb et de l'or, de l'interprétation des rêves, l'art dans la construction de soi.

Construit comme un conte traditionnel mais aux propos modernes, Tant que nous sommes vivants est porté par une écriture intense, existentielle et symbolique. On y puise beaucoup de chagrin, de peur, d'injustice mais on en ressort grandi et fort tout en nous invitant à nous dépasser. Elle nous interroge sur des thèmes fondamentaux : l'amour, la mort, la filiation, la place de l'homme dans une société ravagée, sa force de caractère, sa volonté, l'espoir des générations qui suivent les traces des précédentes et achèvent leur travail. Un roman plein d'énergie, à la fois nostalgique et lumineux, poétique et envoûtant, onirique et réaliste dont le message profondément humain est simple : tant que nous sommes vivants, nous pouvons avancer, main dans la main, ensemble, libres d'aimer, libres de respirer et d'exister. Un roman plein d'émotions, marquant de cette rentrée. J'ai aimé, j'y ai puisé de la force, de belles phrases, des réflexions pourtant il m'a bouleversé car j'ai trouvé son propos triste. A découvrir!

Jack Vandal - Il veut sauver le monde. Ses parents veulent le détruire - Tome 1

Lee Bacon

Milan Jeunesse
Traduit de l'anglais par Amélie Sarn
Paru en Mai 2013
206 pages
10,50 euros

Roman Junior dès 9 ans
Thèmes : Super-Héros, Super-Méchant, Aventure, Humour

Quatrième de couverture : Mardi 25 septembre, 4 heures du matin. Horreur ! J'arrive pas à dormir... Il faut dire que j'ai un super - problème. Mes parents sont de super - méchants, ils ne pensent qu'à une chose : détruire le monde. Pathétique ! Moi qui veux juste être un collégien normal. Et en plus, vous savez pas la meilleure ? Sophie, ma super - copine : son papa, c'est... le capitaine justice ! Pile - poil le pire ennemi de mes parents. Vous voyez le problème ? 

            Ce petit Jack Vandal m'a fait pensé à un dessin animé que j'adore Moi, moche et méchant car Jack n'est autre que le rejeton du couple Vandal, des super-méchants qui veulent détruire le monde. Ce matin, en ce 25 septembre, ils ont décidé de changer le climat et de créer une méga tempête. Jack voudrait être un collégien normal mais difficile avec une maman horticultrice qui éduque des zombies et un père, rat de laboratoire, toujours sur le qui-vive pour découvrir l'invention du siècle... destructrice l'invention bien sûr! Mais Jack ne préfère guère mieux le Capitaine Justice, du côté des super-héros, le pire ennemi de ses parents et accessoirement le père de sa nouvelle meilleure amie Sophie...

 « Pour la plupart des gens, la fin du monde est une catastrophe ; 
pour d'autres, c'est un but à atteindre »

Un Moi, moche et méchant super drôle et divertissant où il sera question de DON (doté d'une ontogenèse ultrarésistante échelonnée) de robots, de créatures fumeuses, de téléportations, de complots, de zombies et d'un humour complètement loufoque. Tous les ingrédients sont là pour faire passer aux jeunes lecteurs un moment rigolo et bourré d'action. L'intrigue est bien menée, on s'amuse, on se régale des pensées un poil ironiques de Jack, des titres des chapitres qui font sourire... sans aucun doute cette série plaira beaucoup aux collégiens! Des expériences foireuses qui viennent troubler le sérieux des cours... un univers parodique de super-héros, un collégien aux pouvoirs impossibles à maîtriser. C'est fou, farfelu et c'est très bien ainsi!


Le tome 2 est déjà sorti : Jack Vandal. Super-héros incognito.

mardi 23 septembre 2014

Cathy's Key - La suite de Cathy's Book

Stewart/ Weisman/ Brigg

Bayard Jeunesse
Traduit de l'anglais par Pascale Jusforgues
Paru en Novembre 2009
222 pages
15,90 euros

Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Enquête, Immortalité, Adolescence

A propos du Cathy's Book : "Le Cathy's Book est une nouveauté en littérature de jeunesse. Sous forme de journal intime, il se présente en carnet dans lequel une pochette intégrée recèle de documents: coupures de presses, photos sépias, actes de naissances, lettres, feuilles d'agenda arrachées, dessins... le Cathy's Book est un concept à lui tout seul ! Tant au niveau de l'écriture, du style déguinguandé, très personnel et original que sur la mise en page un peu "chaotique" et cela pour mieux signifier la vie d'une adolescente, l'énergie et le peps de Cathy."

J'ai mis le temps avant de m'y mettre mais enfin je me suis décidée à le sortir de ma PAL. Malheureusement la lecture n'a pas été une réussite et définitivement je n'adhère pas au concept de la pochette intégrée regorgeant d'objets afin de permettre au lecteur de mener l'enquête en même temps que l'héroïne. Il y a 6 mois, Cathy a découvert que son petit ami, Victor, était immortel. Cela ne simplifie pas leur relation et Cathy se pose beaucoup de questions sur toutes ces croyances! De plus, le nouveau travail de Victor dans un laboratoire secret lui laisse peu de temps pour la voir alors elle se jette à corps perdu dans une enquête personnelle sur la disparition de son père. C’est alors qu’un mystérieux message pousse Cathy à partir pour Saint Louis, à la rencontre de tatie Joe, immortelle et voyante…

Pour pouvoir pleinement profiter de cette suite, il faut avoir lu le premier tome le Cathy's Book. Ce roman rassemble, comme son prédécesseur, une trame fantastique et polar en plongeant par immersion le lecteur dans l'enquête grâce à son interactivité : medias, numéros de portable gratuits, sites internet, facs similés, pochette remplie d'indices. Le style est pour ma part trop déroutant ou confus avec ce mélange ludique de dessins, de gribouillages, de journal intime et d'intrigue mystérieuse. C'est néanmoins plein de suspense et d'action, très bien conçu pour les ados. Entre réalisme et fantastique, le récit est plutôt intéressant et la lecture sympa pour les jeunes. Mais voilà je n'arrive pas à me prendre au jeu.




Le site du roman :  http://www.cathyskey.fr/

Gros ours, il fait froid ! ♥ ♥ ♥

Emile Jadoul

Casterman
Collection Petites cachettes
Paru en Août 2014
12 pages tout carton
9,95 euros

Album Jeunesse dès 2 ans
Thèmes : Hiver, Animaux, Entraide, Froid


"En rentrant chez lui, Gros ours entend de drôles de bruits. Tiens ? Un rocher qui grelotte, une feuille qui parle, une souche d'arbre qui éternue ? Soulève les rabats pour voir ce qui s'y cache !"


         Gros coup de coeur pour ce titre de la nouvelle collection Petites cachettes chez Casterman qui mise sur les jeux de cache-cache et les flaps à rabattre. J'ai, faut le dire, un gros béguin pour les illustrations tendres et adorables d'Emile Jadoul sur cet album et sur la collection entière puisque c'est lui qui dessinera et écrira les autres titres dont Attention, voilà Grand loup! 

Les tons, les teintes me font fondre le coeur, l'ambiance hivernale mais ô combien douillette et rassurante autour d'un bon chocolat chaud rendent cet album magique et généreux, avec un coeur gros comme ça! C'est l'histoire toute simple et mignonne d'un gros ours qui se dépêche de rentrer chez lui car des flocons de neige tombent et il fait très froid. Soudain, il entend un drôle de bruit, derrière un rocher. Qu'est-ce que c'est ? Pour le savoir, il faudra soulever le premier rabat du livre pour découvrir un petit lapin transi de froid, qui grelotte et implore gros ours de l'emmener avec lui. Gros ours a le coeur sur la main, il n'hésite pas et place le petit lapin bien emmitouflé au chaud sous son chapeau. Ils reprennent la route mais bientôt ils entendent d'autres bruits...


Ce petit livre jeu tout carton est vraiment craquant. En fait à chaque bruit, il s'agit pour l'enfant, curieux et captivé, de chercher à savoir d'où vient le bruit et ce qui se cache derrière le rabat. Un jeu de devinettes et de cache-cache et un texte court et efficace accompagnent le lecteur dans sa recherche. C'est plein d'humour, de tendresse et de douceur. On se sent bien dans cet univers apaisant propice aux surprises amusantes. Combien de petits compagnons gros Ours va bien pouvoir caser sous ses vêtements ? La fin est drôle car c'est gros ours qui finit par avoir froid. Il faudra la chaleur d'un foyer cotonneux et des chocolats chauds préparés avec amour par la maman de gros ours pour finir de nous attendrir. 

Un album qui réchauffe le coeur, un univers complice et très cocooning, une collection confiée à Emile Jadoul et à ses dessins affectueux, on espère vite voir arriver les prochains titres! 


Trotte souris

Anne Fronsacq
Illustré par Anne Montel

Flammarion/ Père Castor
Collection Mes premières histoires
Paru en Septembre 2014
24 pages
7,50 euros

Album Jeunesse dès 2 ans
Thèmes : Souris, Peur, Animaux

Ploc! Une feuille tombe sur le sol. Dans son terrier, la souris a très peur et s'enfuit vite vite vite... Sur sa route, elle croise un éléphant. L'éléphant a peur de la souris et vite il fuit. Le rhinocéros qui a tout entendu va prévenir la girafe, qui elle-même prévient l'hippopotame et ainsi de suite, au lion, au zèbre. Tout ce raffut est bien curieux pour les singes...mais je dirais même plus, bien ennuyeux pour le chat sauvage, à votre avis pourquoi?

        J'ai adoré ce titre de la nouvelle collection pour les 2/3 ans de Père Castor : Mes premières histoires. On reconnaît d'ailleurs bien là tous les aspects d'une collection de fiction pour les touts-petits avec un texte minimaliste, facile et court, des illustrations tendres et enfantines, et un humour qui fait mouche sur le principe du bouche à oreille. Trotte souris est une histoire drôle et amusante avec ce principe de répétitions pour faire rire le lecteur. La souris sème la zizanie chez les animaux de la savane et réveille même le lion! De grosses bêtes sont ainsi accaparées par une toute petite souris! L'important pour la psychologue spécialiste de l'enfance, Agnès Lauras-Petit est de permettre à l'enfant de distinguer le danger imaginaire et le danger réel, afin de mieux s'en protéger. Car la souris qui a peur d'une feuille et sort de son terrier, n'a pas remarqué le chat sauvage qui la guette! J'ai beaucoup aimé le dessin tendre, subtil, délicat et avec cette petite touche de fantaisie, aux couleurs douces et pastelles, c'est joli et adorable. 
Une chouette et agréable découverte!

Dans la peau d'un oiseau

Dankerleroux

De La Martinière Jeunesse
Paru en Août 2014
32 pages
7,50 euros

Album Jeunesse dès 3 ans
Thèmes : Oiseaux, Aventure, Humour

"Un jour, je me suis réveillé dans la peau d'un oiseau, ou plutôt, en fait, dans ses plumes. Ca m'a fait un choc!"

Ca vous est déjà arrivé ? De vous réveiller dans la peau d'un oiseau ? Non! Heureusement car cela doit faire un drôle d'effet! Un choc nous dit le petit narrateur de cette histoire qui nous raconte sa folle mésaventure, par un beau matin d'automne. Il s'est réveillé dans les plumes d'un oiseau. Au début, paniqué, il a voulu crier, pleurer... mais il n'a fait que cuicuiter. Perché là-haut sur un grand chêne, il observe, apeuré, esseulé ce qu'il y a autour de lui. Des oiseaux mais aussi des prédateurs, les chats, les avions, les fenêtres... Pourtant il va bien falloir apprendre à voler et trouver de quoi se nourrir. Si les débuts sont difficiles : dormir debout, casser la graine, déployer ses ailes... petit à petit, Tortillo va réussir à maîtriser son premier vol. Et aussi grâce à son nouvel ami Merlo, il est plus joyeux d'être un oiseau.

Cet album tout mignon aux dessins humoristiques et plein de peps raconte le quotidien tourmenté et mouvementé d'un volatile qui apprend, depuis le petit déjeuner jusqu'au coucher, comment survivre en territoire inconnu et dans la peau d'un autre. Passer de petit garçon à oiseau n'est pas chose aisée et Tortillo nous raconte ses progrès : manger les insectes, se méfier des mains qui veulent l'attraper, voler et éviter les obstacles ordinaires, tomber amoureux d'une mésange, voler et se sentir roi du monde, même les jours de pluie, s'abriter sous une cheminée, il sait faire.

J'adore les dessins expressifs, amusants de Dankerleroux, toujours plein de couleurs joyeuses et pleines d'entrain. C'est gai, rigolo (il me fait trop sourire ce petit oiseau bleu avec ses lunettes!). Puis après son vol réussi, Tortillo n'échangerait pour rien au monde ses ailes! Et de petit garçon, il a pris goût à devenir Tortillo et à se sentir prêt pour le grand voyage : l'Afrique!

lundi 22 septembre 2014

Ma sorcière et moi

Giovanna Calvino
Illustré par Iris de Moüy

Gallimard Jeunesse
Traduit de l'italien par Diane Ménard
Paru en Septembre 2014
48 pages
13,90 euros

Album Jeunesse à partir de 5 ans
Thèmes : Confiance en soi, Grandir, Apprentissage

"Moi, j'ai une sorcière en moi, et c'est une vraie pipelette. Elle est toujours là, sur le qui-vive, prête à m'avertir des dangers qui me guettent. Dès que je veux me lancer dans quelque chose, elle me retient, me décourage, et me gronde quand je ne l'écoute pas. Je voudrais qu'elle prenne des vacances, juste pour voir comment c'est quand elle n'est pas là. Mais rien à faire, ma sorcière est un vrai pot de colle."

Les premières phrases de cet album surprenant et psychologique sont prononcées par une petite fille bien embêtée. Elle veut grandir, se lancer et faire de nouvelles choses mais à chaque fois une sorcière, sa sorcière apparaît et l'empêche d'avancer. Qui est-elle? Pourquoi est-elle si féroce, si stricte, si méchante dans ses propos ? Loin d'encourager la jeune fille à apprendre, à découvrir le monde, à se faire des amis, elle la braque et la gronde! Tétanisée, la petite fille n'ose plus rien faire avec cette voix traumatisante. Pourtant la fille aimerait bien savoir comment ça se passerait si sa sorcière ne la collait pas autant, voir si elle est capable de se débrouiller sans elle...

Ma sorcière et moi n'a cessé de m'étonner au fur et à mesure que je lisais l'histoire de cette petite fille qui voudrait grandir mais empêchée dans ses gestes par une sorcière. Une petite fille qui a une sorcière en elle, voilà une idée peu commune et subtile pour aborder le deuil de l'enfance et l'envie de voler de ces propres ailes. D'ailleurs le propos métaphorique est important et traité avec une grande justesse : pour faire taire les mots ravageurs de la sorcière, il faut dormir avec la lumière allumée (référence à la peur du noir), elle retient l'enfant qui a envie de faire pipi, en l'abreuvant de paroles décourageantes (honte de faire pipi au lit), elle l'empêche de jouer et d'aller vers d'autres enfants (peur des autres et du rejet). Puis un jour, la fillette finit par se rebeller et voit que sans sa sorcière, les choses se passent bien. Elle est heureuse, confiante alors que sa sorcière boude, se recroqueville dans un coin et rapetisse, elle qui était si impressionnante. Le texte et la manière d'aborder la prise de confiance en soi chez l'enfant est ici riche de sens, d'interprétations et de finesse psychologique. J'ai vraiment apprécié cette maturité et cette délicatesse.


Iris de Moüy donne vie aux personnages grâce à son trait appuyé, marqué et franc, à ses couleurs vives et fortes qui contrastent : rouge, jaune, rose vif, noir sur des pages blanches. Le tout ressort avec vigueur comme cet élan de courage qu'il faut pour quitter le monde de l'enfance et prendre confiance en soi. Les dessins sont accrocheurs et porteurs de sens, comme sur la plage, lorsque la jeune fille veut aller jouer avec d'autres enfants mais se retrouve enchaînée à sa sorcière. La mine boudeuse, la jeune fille regarde méchamment sa sorcière la gronder. Elle est prisonnière. Et cette sorcière n'est autre que la représentation significative des démons intérieurs des enfants, de leurs peurs qui les dominent, de ces petites voix qui les retiennent. La sorcière, un obstacle, une entrave au devenir de l'enfant, à son envie de grandir ? vous verrez que Giovanna Calvino apporte une solution pleine d'humour et de tendresse car finalement cette sorcière, il suffit de l'apprivoiser et de la connaître pour l'amadouer...