vendredi 30 octobre 2009

L' Hiver indien

Frédéric Roux

Le Livre de Poche
501 pages
Prix Ciné Roman Carte Noire 2008

Résumé: Ils avaient été repoussés jusqu’au bord du Pacifique, ils avaient vendu une bonne partie de l’État de Washington pour le prix d’une Buick Regal avec la transmission bousillée, s’ils faisaient un pas en arrière, ils disparaissaient dans l’océan.Personne n’entendrait plus parler d’eux sur cette terre qui leur appartenait, excepté dans les musées d’ethnographie.

Reçu par les soins de Suzanne de Chez les filles.com, L'hiver indien, est un roman portant haut et fort les voiles de la liberté et de la dignité. Percy, jeune indien Makah vit à Neah Bay, une réserve indienne de l'Etat de Washington, qui a préservé toute sa beauté sauvage. Petit port de pêche, les indiens y vivent principalement de pêche et de tourisme. La nature offre un spectacle redoutable: forêt, mer, grands espaces protégés...Mais la réserve indienne où vit Percy offre un tout autre aspect: celui de la misère, des baraques délavées, la saleté des rues, les déchets entassés. Une pauvreté extrême qui se traduit chez les hommes par une dépendance à l'alcool, à la violence et au sexe. L'alcool est un véritable fléau pour les Indiens mais L'hiver indien nous parle surtout de perte d'identité et de dignité. Les Indiens sont parqués dans des territoires limités, l'Etat américain leur supprime touts droits et cette population est victime de racisme, de xénophobie même au XXIe siècle. On retrouve cette méfiance envers "l'homme blanc" même dans les romans jeunesse car Lune indienne mentionnait les mêmes problèmes.

Dans ce climat, Stud, le frère de Percy, sort de prison... Accompagné d'Howard, un vieux poète et sage un peu farfelu, Stud exprime son profond désarroi à son jeune frère. Qu'est-ce qu'un Makah? Que faisait nos ancêtres? Qui sommes-nous? Devant une perte d'humanité, ils décident tous les trois de tenter une purification rituelle afin de réfléchir à l'avenir...hélas, cette tentative de salut; nus comme des vers avec un verre de trop!!! est perçue comme une exhibition qui se doit d'être relevée par le Conseil tribal de la réserve. Les dirigeants Makah crient au scandale mais restent attentifs à l'idée de Stud: chasser la baleine, retrouver les traditions et les cultes ancestraux...afin de redonner un statut à l'identité Makah. Dans leur quête pour la vérité, Stud, Percy et Howard vont être confrontés à l'hypocrisie américaine: les écologistes crient au crime contre une espèce en voie de disparition, alors qu'à juste titre, les Indiens sont aussi une espèce en voie de disparition. Le problème pour nos trois compères n'est pas tant de chasser la baleine mais d'avoir une dignité, une activité autre que celle de boire ou de errer. Le profond combat qui se mène dans l'Hiver indien, n'est pas un problème de pêche, c'est surtout un combat idéologique et philosophique. Comment s'affirmer et retrouver cette valeur qui fait d'un homme qu'il est Indien ?

Non sans défauts, L'Hiver indien est un roman prenant, fait d'ironie et de justes révélations. Roman de réflexion sur la condition indienne aux Etats-Unis, son côté rocambolesque et aventureux n'est pas le principal, il faut saisir l'importance de la philosophie et de cette quête d'identité qui est très symbolique. La quatrième de couverture nous met sur la voie: les Indiens sont présents dans les musées d'ethnographie, guère plus dans la vie où leur identité est transparente, presque invisible. Ils sont connus pour leurs déboires et non pour leurs coutumes, qui si, elles demeurent font figures de spectacles pour les touristes. L'Hiver indien, évoque ce problème en l'exposant d'une manière beaucoup plus subtile, quoique parfois des passages un peu crus pourraient déplaire aux lecteurs; cependant il faut s'arrêter sur l'essentiel: un roman sur l'humanité, la liberté et la force de se retrouver en tant qu'homme. Chasser la baleine c'est la meilleure manière que Stud a trouvé pour retrouver l'estime de soi. J'ai beaucoup aimé et je ne regrette absolument pas cette lecture, qui enrichie par des citations diverses écrites par des Indiens, nous fait comprendre mieux leurs sentiments, cette détresse psychologique, cet abandon à la facilité qu'est l'alcool et qui détruit tout. C'est la volonté de s'en sortir pour tout simplement avoir le respect qu'ils méritent. Ce roman interpelle donc le lecteur sur ces notions fondamentales des droits de l'homme: liberté d'expression, libre d'être quelqu'un. Il ne laissera en aucun cas indifférent non seulement pour son style d'écriture très contemporain, mais aussi pour son sujet de réflexion: la perte des repères, la perte des valeurs ancestrales, le doute face à ce qui touche l'essence même de l'homme, sur la reconnaissance ethnique. Un roman à lire pour tous ceux qui veulent découvrir cette question à la fois ethnologique et philosophique.


Je remercie Suzanne de pour l'envoi de ce roman...
5/5 champignons

jeudi 29 octobre 2009

Le voyage du chat

Yves Pinguilly

Editions Volpilière
Roman jeunesse
57 pages

Quatrième de couverture: Certains enfants sont capables de bien des choses, mais cette petite fille-là vous emmène de l’autre côté des océans. Son chat, son trésor, elle ne le laissera pas s’échapper… Une aventure en entraînant une autre, Marie-Apolline sans peur et sans reproche poursuivra un roi, petit mais finalement plutôt un gentil. Elle n’oubliera pas de prévenir sa maman qu’elle prend l’avion et que rien ne l’arrêtera. Une histoire folle pour une petite fille extravagante certainement cousine d’Alice… au Pays des Merveilles ?


Extrait: "Tout a commencé un mercredi.
Ce n’était ni la saison sèche ni la saison des pluies, c’était le printemps. Les cloches de l’église sonnaient… en quel honneur ? Leur ding ding dong rentrait avec le ciel bleu par la fenêtre ouverte. Il était onze heures du matin.
Marie-Apolline regardait sa mère qui à toute vitesse s’était préparée. Elle cherchait et fouillait par-ci, par-là. Comme toujours, au moment de sortir, elle accusait le monde entier de lui avoir caché son sac. Une fois de plus, il était presque devant ses yeux, posé entre le téléphone et un vase sans fleur. Ouf, elle le trouva, vérifia si son portefeuille était bien dedans et informa :
— Marie-Apolline, Louis, je vais chez le coiffeur. Ne faites pas de bêtises, on mangera ensemble quand je rentrerai…"

Que ne ferais-t-on pas pour son chat ? C'était un mercredi, comme chacun le sait le mercredi c'est le jour des enfants... Marie-Apolline voit son chat au loin sur la toiture d'un immeuble. Elle a beau l'appeler, Monsieur fait son insolent et continue sa route très dangereuse. Hop! Ni une, ni deux, Marie-Apolline quitte l'appartement et part à la poursuite de Bouboule son chat. Très inquiète, elle le suit du regard et essaye de ne pas le perdre de vue. Dans sa course folle, elle découvrira le Paris urbain, qui grouille de citadins, prendra le métro, et se retrouvera à l'aéroport en partance pour New-York...

Le voyage du chat est un conte complètement loufoque, à la fois drôle et enchanteur mais pourtant bien ancré dans notre quotidien. Marie-Apolline, petite fille impulsive mais réfléchie, extravagante et amusante s'embarque dans un avion...Prévenante, elle téléphonera à sa maman, ce qui est digne d'une sage fillette. Elle est prête à tout pour récupérer son chat qu'elle adore. Sur sa route elle croisera le chemin d'un marabout africain et même d'un petit roi... Yves Pinguilly a le don de faire d'une histoire commune, un petit texte agréable et féérique. On notera la référence à Lewis Caroll, à cette Alice au pays des merveilles, qui court à la poursuite d'un lapin bien étrange...Ici c'est le chat de Marie-Apolline et c'est l'amour qui la motive. Une belle histoire parsemée de ci de là d'un humour enfantin: le petit frère Louis devant la télé, et qui ne sait plus faire la différence entre sa soeur et la Princesse des Neiges! Une histoire qui plaira aux plus jeunes, écrite dans l'intention de divertir, une jolie pointe de fantastique au sein d'un monde parfois bien banal. Un peu de fantaisie, une manière de voir le monde tout en l'imaginant fou et original... une jolie manière de voir les choses comme étant un peu plus joyeuses, sans oublier le côté aventureux et débrouillard de notre jeune héroïne. Le voyage du chat dénote l'intention des éditions Volpilière d'enrichir leur politique éditoriale pour l'année 2010 à savoir éditer des romans contemporains et de jeunesse : "Côté jeunesse nous recherchons des livres attractifs. Les enfants ont besoin de rêver mais aussi d'apprendre. "Avec ce titre, le pari est réussi. Je l'ai lu en une heure, un joli moment de lecture qui m'a fait sourire, rêver, on regrette presque que cela soit trop court...

Je remercie l'opération Babelio et Guillaume pour la sélection de ce roman, que je n'aurais certainement pas connu sans l'opération Masse Critique.


lundi 26 octobre 2009

Amours en marge

Yoko Ogawa

Actes Sud
Babel
Traduit du Japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
189 pages

Quatrième de couverture: Une jeune femme se réveille en croyant entendre le chant d'une flûte...Il n'y a pourtant que le silence que son mari a laissé derrière lui la veille en la quittant. Bientôt, elle perçoit le moindre chuchotement comme un hurlement, le moindre choc comme un cataclysme ; et elle s'égare dans l'assourdissant bruissement des réminiscences. Pour un magazine de santé, elle accepte de décrire ses symptômes, s'efforçant de trouver les mots justes pour exprimer ce qu'elle ressent.Ses yeux s'arrêtent sur les mains du sténographe qui prend les notes... Ses doigts d'une étrange beauté glissent sur le papier, transcrivant chaque énoncé en un mystérieux signe aux allures d'éternité. Premier roman "long" de Yoko Ogawa, Amours en marge est paru au Japon en 1991. Il aborde d'une manière très sensuelle et poétique un thème majeur de l'oeuvre de la romancière : la mémoire préservée, embaumée, immortalisée par une imperceptible trace qui capture le souvenir en même temps que la douleur qu'il a suscitée.
A propos de l'auteur: Yoko Ogawa est née en 1962. Elle a obtenu le prix Kaien pour son premier roman publié en 1988, puis le prestigieux prix Akutagawa en 1991. Son oeuvre, qui ne cesse d'être traduite dans le monde entier, est publiée en France par Actes Sud.

Si l'histoire d' Amours en marge est énigmatique, c'est surtout grâce au style très singulier de Yoko Ogawa. Une jeune femme accepte de répondre à une interview au sujet de ses problèmes aux oreilles, survenus suite à une rupture avec son mari. Lors de la rencontre avec le journaliste du magazine, son attention se porte tout particulièrement sur le sténographe qui retranscrit la conversation. Intriguée par les doigts de cet homme qui semble capter les mots en leur conférant une trace d'éternité, elle ne peut s'en détourner.


Amours en marge
est un des romans qui illustre par excellence la richesse de la littérature japonaise contemporaine. C'est avec une grande simplicité que le lecteur entre dans la vie de cette femme, puis progressivement, les mots vont prendre une teneur poétique et sensuelle. Si il fallait résumer ce roman, je parlerais d'une poétique des corps en mouvements. La femme est intriguée par les mains du sténographe et toute une chorégraphie des regards se crée. Ce livre est le livre des sens. Il met en scène une dialectique des gestes, empreinte de volupté et de sensualité. Intimement lié au corps, à la perception des sens, Amours en marge s'inscrit dans un espace rêvé, les actions sont décrites avec délicatesse, et les gestes semblent être suspendus.
Cette écriture sereine dégage une force d'évocation palpable, à travers la thématique de la fascination et de l'attirance spécifique pour cette partie du corps. Ces doigts qui retranscrivent une mémoire troublée restent mystérieux et sont empreints d'un instant rare comme infini dévoilant ainsi une bribe de personnalité de l'homme mais aussi de celle qui l'observe. La jeune femme ressent un vrai désir pour ce corps étranger, l'autre est perçu par son geste. Yoko Ogawa a un talent certain pour capturer les gestes en train de se faire, le mouvement est en complète résonnance avec le temps. Mais Amours en marge bascule aussi dans une errance onirique. Il y a un flou entre la réalité et l'illusion des sens, une confusion qui sème le trouble car toute cette synesthésie n'est pas ancrée dans un espace défini.Le registre fantastique est décelable. La fin est tout à fait surprenante et nous pousse à interpréter l'intrigue en termes de résilience. Car la jeune femme fait le deuil de sa rupture, peut-être d'ailleurs est-ce à cause de ce choc que ses troubles auditifs sont survenus ? Le sténographe survient alors comme un fantasme, et cela dans les deux sens du terme: en tant que désir de l'autre et fantôme. Amours en marge, c'est ce désir inconscient pour surmonter un traumatisme, une mémoire troublée du deuil, une écriture de l'incertitude car l'espace où les gestes dansent, où les sens deviennent éternels , ne semble pas exister. Amours en marge fait place à une texture fantasmatique, proche de l'onirisme, où la réalité est tellement en osmose avec les sens, qu'il est difficile de ne pas se perdre. La fin nous amène dans ce sens, elle laisse le lecteur libre de son interprétation. Le sténographe est-il bien réel ?

Superbe roman des fragments de souvenirs, de rêves, de fantasmes, qui mène son lecteur sur les sentiers des sensations, dans un espace à peine conscient, arrêté et comme suspendu dans le temps; Amours en marge est un roman complexe, nous offrant par là même un délicieux instant de lecture.


5/5 champignons


dimanche 25 octobre 2009

Va où ton coeur te porte

Susanna Tamaro

Pocket Poche
Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli
227 pages

Quatrième de couverture: Seule dans sa maison battue par les vents d'hiver, une vieille femme qui n'a plus que quelques mois à vivre écrit à sa petite-fille. Avant de disparaître, elle souhaite resserrer les liens distendus par les aléas de l'existence. Pour cela, elle n'a que des mots. Des mots d'amour, ou des mots qui l'entraînent à évoquer sa propre vie. Elle raconte sans pudeur ni complaisance son enfance solitaire, son mariage de raison, la mort tragique de sa fille et parle pour la première fois du seul homme qu'elle ait aimé. Quinze lettres pour crier haut et fort à la jeune génération qu'il faut faire confiance au destin et écouter son coeur...

Va où ton coeur te porte
, c'est une amie qui me l'a offert alors que j'étais en convalescence, il y a de cela quelques semaines. J'étais plutôt contente car les livres, encore plus quand je suis malade, me réconfortent!!! Et je n'aurais jamais eu l'idée de le rajouter à ma PAL.

Ce court roman dévoile à demi-teintes le parcours d'une grand-mère, qui à la fin de sa vie, raconte ses souvenirs à sa petite fille partie en Amérique. Cette grand-mère n'a pas eu une vie facile et sa mémoire n'épargne pas ses erreurs familiales. La mort de sa fille, son mariage peu heureux... la vieille femme couche ses idées sur papier, pour dire à sa petite fille que la vie est semée d'embûches mais tant que l'amour est présent, on peut faire confiance au destin. Si la grand-mère est un des personnages principaux du roman, la personne à qui elle s'adresse est encore plus importante. Son absence révèle l'importance de cette petite fille qui a préféré quitté sa grand-mère pour suivre sa vie en Amérique. Regrets, remords ? Non, les paroles de la grand-mère sont simples, tout est écrit naturellement, sans fioritures, les phrases coulent de source et le message est fort et peut s'adresser à tous. Va où ton coeur te porte contient une belle sensibilité, à la fois émouvante, avec une certaine retenue, un lien fort avec la nature environnante comme ces feuilles qui volent et qui veulent signifier la fin d'une vie mais aussi le renouveau. Un très joli roman à lire avec sagesse et qui appelle à l'introspection...

Un extrait que je garderais en mémoire : "Et puis, quand plusieurs routes s'offriront à toi et que tu ne sauras pas laquelle choisir, n'en prends pas une au hasard, mais assieds-toi et attend. Respire profondément, avec confiance, comme le jour où tu es venue au monde, sans te laisser distraire par rien, attends encore et encore. Ne bouge pas, tais-toi et écoute ton coeur. Puis, quand il te parlera, lève-toi et va où il te porte."

5/5 champignons


jeudi 22 octobre 2009

Les enfants du capitaine Grant

Alexis Nesme

Editions Delcourt
Collection Ex-Libris
47 pages
BD Tout public


Lors d'un voyage en mer, Lord et Lady Glenarvan découvrent une bouteille dans le ventre d'un requin. Celle-ci contient un message à peine lisible. Mais grâce à la participation de tous, on s'aperçoit vite qu'il s'agit d'un appel au secours venant du capitaine Grant, avant son naufrage. D'un commun accord et avec les enfants du capitaine Grant, ils partent pour une expédition vers des contrées inconnues, d'Amérique jusqu'en Australie, afin de sauver le capitaine...

Les enfants du capitaine Grant est un roman encore peu connu de Jules Verne. Roman d'aventures par excellence, c'est aussi un superbe documentaire, comme on pouvait en trouver à l'époque sur les découvertes extra-continentales. Ce roman, je l'ai découvert grâce au swap des Confins. Mais lire du Jules Verne alors que mes souvenirs restent liés à Vingt mille lieues sous les mers, me semblait trop ambitieux. J'ai craqué pour cette adaptation BD par Alexis Nesme. Il faut savoir que la collection Ex-Libris est spécialisée dans l'adaptation BD de grands classiques de la littérature. Le dessin n'est pas toujours bien heureux, hélas, mais pour ce cas précis, il en va tout autrement.


Cette Bd acquiert un travail estimable, de grande qualité. Les dessins sont originaux: tous les personnages des enfants du Capitaine Grant, sont des animaux dont les caractéristiques sont intimement liées à la psychologie des personnages. En cela on pense à Blacksad, une Bd plus connue, qui joue sur cette même sensibilité. Ensuite les couleurs et les illustrations sont agréables à regarder, des détails donnent un certain raffinement. Le côté "ancien" de l'expédition avec les vieilles cartes, le côté érudit est aussi mis en évidence et cela nous plonge au coeur des touts premiers récits ethnographiques. Bref, c'est une adaptation réussie et ce tome 1 est prometteur. Vivement la suite...



4/5 champignons

mercredi 21 octobre 2009

Des albums pour l'Automne

La fête d'automne de la famille Souris



Kazuo Iwamura
Ecole des Loisirs
Collection Lutin Poche
Adapté par Florence Seyvos






Comptines et Poésines d'Automne

Editions Eveil et Découvertes
Auteur Pascal Boille
Illustrations Flavia Sorrentino


"Entre l'été et l'hiver, l'automne est une saison qui a décidément beaucoup de charme.Les comptines et poésines l'ont bien compris en nous entraînant maintenant dans cette ambiance magique aux couleurs si changeantes. Sur leur chemin, elles ont rencontré l'illustratrice Flavia Sorrentino, ma fidèle complice qui a su les vêtir de teintes magnifiques laissant une place importante aux tons roux et orangés. Alors il ne vous reste plus qu'à imaginer des odeurs de pommes, de mousse, de châtaignes et de champignons, et à nous accompagner dans la poursuite de notre merveilleux voyage..."


La fête d'automne de la famille Souris est un album qui respire l'authenticité des couleurs de l'automne. L'auteur-illustrateur est japonais et vit au milieu des bois où il puise son inspiration quotidienne. Ces albums notamment la série "La famille Souris" présentent un monde bucolique, mettent en scène la famille traditionnelle japonaise. Dans La fête d'automne de la famille Souris, on retrouve ainsi les grands-parents, les parents, les enfants, le Grand-Frère et la Petite Soeur. Tout comme le modèle de parenté asiatique, la famille vit sous le même toit et les grands-parents sont garants d'une certaine sagesse; dépositaires du savoir des ancêtres. La famille Souris sait tout faire: bâtir son foyer, fabriquer des jeux, faire des récoltes pour assurer la survie en hiver... La moindre corvée quotidienne va être l'occasion d'une fête bienheureuse. La famille Souris inculque l'art et la manière de transformer les tâches en jeux de cache-cache. Ainsi dans ce titre, la famille Souris joue à cache-cache et ce sera l'occasion de rires et de découvertes de la forêt aux milles couleurs !! Ca tombe bien car les champignons vont fêter l'arrivée de l'automne. Ensemble, dans une famille aimante et unie, on cuisine, on chante, on se promène, on jouit du bonheur de vivre en pleine nature. C'est une vraie philosophie de vie que l'on retrouve chez l'auteur: le respect et l'amour de la nature environnante. Il en ressort un album aux illustrations châtoyantes, aux dessins naturels, fins, au côté asiatique de la famille. Les détails de la forêt sont visibles et on assiste à une superbe mosaïque d'orangés, pourpres et ocres, pour représenter les feuilles, branches et fruits. C'est très chouette!!!


Comptines et Poésines d'Automne
a été écrit par un auteur compositeur de comptines pour enfants. Illustré par Flavia Sorrentino, une illustratrice italienne, on sort du contexte naturel, très champêtre, pour pénétrer au coeur d'un monde où l'humour est maître. Ces petites comptines sont toutes en rimes et présentent la saison avec des grandes figures typiques: l'écureuil, les feuilles qui tombent, la fin de l'été, le renard, les pommes, Halloween. L'automne est source de joie, de rires, de chansons. Les illustrations sont beaucoup moins naturelles, on joue sur des couleurs plus flashies, des mélanges de couleurs. Idéal pour préparer l'automne en classes, cet album est tout aussi sympathique, même si mon préféré reste celui de Kazuo Iwamura.

lundi 19 octobre 2009

Séance 2 Club de lectures

Photo Copyright Droits Réservés. Karii Limatainen

Hier, ce fut la deuxième séance du Club de lectures. Le thème était Impressions automnales. Nous nous sommes retrouvés avec joie et fidèle à notre esprit de convivialité, nous avons chacun parlé de nos lectures! Le thème Impressions automnales a révélé bien des surprises, pour chacun d'entre nous, le niveau d'exigence était grand. Motivés et sérieux, chacun a fait l'effort pour trouver un livre original. Si quelques uns ont éprouvé une certaine difficulté pour le choix du livre, la séance elle, s'est déroulée avec force et mesure.


Nous avons débuté la séance en présentant un texte introductif que j'ai écrit, pour nous mettre dans l'atmosphère de cette saison:


"Toc, toc, toc
Entendez-vous à l'orée de la forêt?
Au coin des bois, l'automne est là.
Les feuilles valsent à tous mes pas,
on dit qu'elles meurent; et s'en va l'été.
Mais voyez l'éclat de leurs parures
pourpres, ocres et mordorées.

Le vent danse sa joie, souffle les premiers froids.
L'automne est là, il est arrivé.
L'écureuil se ballade et se faufile,
au gré des arbres, il sautille.
Sentez l'odeur et le parfum des pins,
oui, ça sent les noisettes et les coings.
L'automne tourbillonne et frissonne.
Fini l'été, quelque fois il revient.
Beau soleil qui réchauffe les fées
car en automne, rien ne m'étonne.

Emportée par les rêves qui poursuivent le cours d'un ruisseau,
Je lévite et imagine mes soirées de lectrice.
Tapis de mousse, feuilles rousses,
l'automne pointe sa frimousse.
De ta couleur capucine se camoufle
un paysage magique aux créatures infinies.
Le brumaire a paré ses atours
la pluie cogne aux fenêtres.

L'automne est bien là, il bat son plein.
A la maison c'est confitures, elfes et lutins.
Les comptines vont bon train
Colchiques dans les prés, Halloween, il faut tout fêter!
Car en automne, rien ne m'étonne
les sorcières, sait-on jamais, peuvent exister.

Toc, toc, toc
Laisse-moi entrer?
Oui, mais apporte de quoi me réchauffer
l'automne respire sa royauté
c'est ma saison préférée.
Et du côté de chez vous?
Si l'automne frappait à votre porte,
Que lui répondriez-vous? "


L'heure des présentations a sonné. Chacun s'est armé de son ouvrage et de son courage.


Catherine nous a parlé de Taches de rousseur de Claire Fourier. Ce sont des haïkus d'automne, qui se suivent et se déroulent pendant l'automne. L'auteur, bretonne, du coin de sa fenêtre, observe son jardin et le changement de saison. Au gré de ses états d'âme, les haïkus évoqueront la solitude, le mélancolie, un intérêt particulier pour la nature environnante. On y ressent une grande sensibilité, une nostalgie mais aussi une réflexion sur l'écriture. Une grande sagesse se dégage de Taches de rousseur. L'automne est ici le symbole des souvenirs, d'une histoire racontée au gré des feuilles qui tombent.


Sylvie a présenté un roman pour le moins original: Les bois dormants de Fabienne Juhel. Un livre surprenant car le thème de l'automne est l'objet de souvenirs. Une femme dans le coma, raconte ce qu'elle entend, et chaque perception est liée à des souvenirs qu'elle évoque lorsqu'elle était enfant: les promenades en forêt, les contes Hansel et Gretel, Le petit chaperon rouge. Une lecture coup de coeur pour Sylvie, ravie d'avoir cherché un livre qui rentrait dans le cadre de Impressions automnales. Malgré la difficulté, elle a découvert un auteur qui l'a enchanté et encore mieux, elle compte poursuivre avec d'autres romans de Fabienne Juhel!! Un très bon point donc pour Sylvie!!


Régis nous a fait vraiment rire!! Le thème a été pour lui un véritable défi!!! Il ne trouvait rien puis par hasard, au fil de ses pérégrinations autour des rayons, il a aperçu Quelque chose à cacher de Dominique Barbéris. La couverture l'a interpellé: une maison au coeur d'arbres verts. La quatrième de couverture évoquait les termes de feuilles mortes et marronniers. Allez hop!! Régis l'a pris et nous l'a présenté!! L'automne bénéficie d'un traitement très particulier: c'est le décor principal de l'action. Dans une commune au bord de la Loire, un conservateur de Musée retrouve un ancien flirt, qui sera assassinée. L'automne se retrouve toutes les trois pages, dans la description des décors, de la luminosité de la ville, des paysages. L'automne est une saison naturelle, propice aux souvenirs car tout au long du livre, le personnage principal va se remémorer cet ancien flirt. L'automne coule comme la Loire et engage une introspection faite de nostalgie.


Johanna, notre chroniqueuse BD a fait l'unanimité!!! Encore une fois, en nous parlant de petites souris!!! Légendes de la garde. Automne 1152, est une BD tout public américaine, écrite par David Petersen. Il s'agit d'une intégrale sortie chez Gallimard. Cette BD est une belle découverte pour Johanna qui, d'habitude n'est pas friande de BD américaine. Mais là, rien que la couverture, ces feuilles oranges, ces petites souris, c'est magique. Légendes de la garde raconte l'histoire d'une armée de souris, qui forme une garde pour protéger leur territoire. Le cadre est celui du Moyen-Age, les références à la vie médiévale sont évidentes et la veine épique est en lien direct avec la saison de l'automne. L'automne est un fait historique, la date à laquelle l'histoire se déroule, mais les tons des couleurs évoquent largement cette saison guerrière et lumineuse. Bref, on a tous bien aimé, regardé et admiré les belles illustrations de David Petersen. Une riche découverte.


Quant à moi, j'ai présenté deux albums jeunesse, dont je vous ferais bientôt la chronique. Il s'agit de La fête d'automne de la famille Souris de Kazuo Iwamura et de Comptines et poésines d'automne de Pascal Boille, illustré par Flavia Sorrentino.


Après cette séance, nous avons relevé le fait que le traitement accordé à l'automne est différent pour chaque genre littéraire: en romans adultes, l'automne sera chargé de mélancolie, de nostalgie, où les souvenirs et l'introspection prennent une place importante. Il en résulte des romans forts en émotions, originaux par leur style d'écriture, tristes dans leur effet. Le contenu esthétique est recherché et souvent l'automne est source de belle poésie. En littérature de jeunesse et en BD, l'automne est beaucoup moins pesant: on s'attache aux couleurs, à la joie, à l'esprit très dynamique. En littérature de jeunesse, l'automne est étonnament vivant, les comptines nous parlent des figures majeures de l'automne: les feuilles, l'écureuil, les champignons, les pommes, les noisettes etc... A chaque fois, l'automne est magique, pétillant. C'est l'occasion de faire la fête et de s'amuser. Il y a eu une grande diversité des échanges et des lectures. Ce fut une séance instructive et riche en découvertes littéraires.


Pour conclure la séance et pour se dire au revoir, nous avons tous participé à un jeu, le cadavre exquis en lien avec notre séance et voilà ce que cela donne!!!


"A la verticale de la lune, j'ai entendu le brâme du cerf. Quand soudain, un violent coup de vent fit tomber les fruits du marronnier. Alors que les feuilles mortes du hêtre, telles les mains coupées des amants, suivent lentement le cours de la Loire ; et bizarrement, la taupe encore terreuse ne put s'empêcher d'allumer la bougie à l'intérieur de la citrouille. Sans oublier que l'automne est une magnifique saison, empreinte de charme, de convivialité et de jolis sourires, espoirs pour un meilleur avenir..."


Prochaine séance le Dimanche 15 novembre pour Littérature urbaine...

vendredi 16 octobre 2009

Tag plus qu'en retard...

Praline m'a tagguée et comme d'habitute je n'aime pas trop les tags, pour celui-ci je fais une exception car il est en lien avec les livres!!!!!!Mieux vaut tard que jamais!! Hop me voici!!!!!



1) A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ?

Les quatre filles du Docteur March a été l'un des tout premiers romans jeunesse que j'ai lu. Mais je me souviens des Martine, de la collection des Monsieur Madame, du Club des cinq, du Petit Prince et bien d'autres. En somme je crois que j'ai eu une éducation littéraire assez classique comme tous les petits français de ma génération...


2) Quel est le chef-d'œuvre "officiel" qui te gonfle ?

Pour parler chef-d'oeuvre officiel, il faut parler de mes années de classe en littéraire: tout y est passé: Voltaire, Victor Hugo, Emile Zola, Jean Cocteau. Il n'y a pas vraiment de chef-d'oeuvre qui me gonfle, mais une longue distance prise avec les auteurs classiques français.

3) Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ?

Belle du Seigneur, c'est un roman à lire!!! Charles Dickens, Tolstoï et plein d'autres.


4) Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as "honte" d'aimer ?

En général je n'ai pas honte de ce que je lis car je sélectionne énormément mes lectures. Normalement tout ce que je lis, je devrais aimer. Il se peut qu'il y ait des livres que j'ai lus et qui ne plaisent pas à d'autres, mais honte non!! Ca jamais!!! Car chaque livre trouve le lecteur qui lui convient!!! Lorsqu'un livre est jugé mauvais, même si il m'a plu j'essaierais toujours de le défendre.


5) Quel est le livre que tu as le sentiment d'être seule à aimer ?

Euh!!! un livre qui ne plairait qu'à une seule personne!! Ca existe vraiment???

6) Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?

Je pars du principe que mon pire ennemi n'aime pas lire, alors en soi le faire lire serait déjà une torture. Mais je ne pense pas avoir de pire ennemi!!!

7) Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?

Sans hésiter Mathias Malzieu, La mécanique du coeur, c'est un coup de coeur, ce livre est empreint d'une belle poésie, d'un côté bohême que j'adore. Il mérite qu'on s'y attarde!!!

8) Quel livre pourrais-tu lire et relire ?

Ouh là là il y en a pleins, pleins, pleins. Les Harry Potter, Miss Charity. De manière générale je serais plus encline à relire tous mes romans jeunesse que mes romans adultes!!!


9) Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect de ta personnalité ?

Aucune idée, tous les livres que je lis sont une partie de moi!! Lire fait partie de ma personnalité: c'est une activité solitaire mais qui permet de s'évader et de rêver. C'est un aspect qui est très important pour moi!!!

10) Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?

Un des coups de coeur de 2008 c'est Ne t'inquiètes pas pour moi, j'ai énormément pleuré après la lecture de ce livre, il a réveillé beaucoup de choses en moi qui font écho à l'histoire. Puis l'autre c'est La Déclaration, L'histoire d'Anna de Gemma Malley. Un grand moment. J'ai pleuré pour Harry Potter et les reliques de la mort, une perte car cette série a été un refuge, une famille, source de rires, de joie, de magie. Il y a tout et le fait que cela soit finit m'a donné un coup de blues assez long....

11) Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?

Parlons plutôt d'un sentiment amoureux, sensuel mais pas vraiment érotique: ça été Twilight, la série a réveillé mon côté love love et très midinette. Sinon rien d'autre!!


12) Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?

Un ne suffirait pas mais si je devais choisir, ce serait un gros volume, histoire qu'il dure longtemps et que je m'ennuie pas!!! Je vais dire le monde de Narnia, l'intégrale!!! C'est accepté comme réponse???

jeudi 15 octobre 2009

Bjorn le Morphir

Thomas Lavachery

Ecole des Loisirs
Collection Médium
193 pages

Résumé: La neige est méchante en cet hiver 1065, elle a décidé de s'en prendre aux hommes.Elle envoie ses légions de flocons géants sur le Fizzland, avec pour mission d'engloutir les villages vikings et tous leurs habitants. Afin d'échapper à la Démone blanche, Bjorn et sa famille se claquemurent dans la salle commune de leur maison en rondins. Tous se préparent à supporter un siège qui risque de durer de longs mois. Lors de cette épreuve exceptionnelle, chacun va dévoiler son c?ur et son courage.A l'exception de Bjorn. Lui ne se révèle pas, il se métamorphose. Ce jeune garçon timide et craintif, maigre comme un oisillon et pas très doué pour les armes, va brusquement se transformer en un combattant exceptionnel. Par quel miracle ? Bjorn serait-il un " morphir " ? Lui même en doute.

Bjorn est un enfant très timide et craintif. Très différent de son frère, sa place est parfois un peu remise en question par les valeurs familiales. Bjorn est un viking et comme son père, il est appelé à devenir un grand guerrier, au lieu de cela, la famille a plutôt honte de lui et le regarde avec curiosité. La neige attaque en cet hiver 1065 et tout le monde se réfugie au sein du foyer chaleureux et robuste. Mais la neige est le mal personnifié et promet un combat acharné. Comment Bjorn va-t-il affronter le regard des autres, lui qui doit protéger et veiller sur sa famille ?

Un roman jeunesse très intéressant que signe Thomas Lavachery, inconnu aux bataillons jusqu'alors. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire un texte dense, où le folklore viking se mélange à des croyances chrétiennes. Les veillées tard le soir, font l'objet de chants, d'histoires épiques que racontent chacun des personnages. Comme on les aime, Bjorn Le Morphir est un roman initiatique, d'apprentissage du courage, de la différence, de la perception des autres. Car Bjorn va devenir un morphir, autrement dit faire preuve d'une grande force morale et physique et ce par amour et par solidarité. Le traitement accordé à la neige est aussi très passionnant. Personnage à part entière, la neige est personnifiée comme étant un guerrier de glace dont le désir est de prendre l'âme des personnes mortes de froid et les absorber. Dans ce court roman, le lecteur trouvera tout: aventure, valeurs humaines, histoire, amour, lutte. L'intrigue est vraiment complète et la lecture est fluide. Je crois même qu'il y a une suite, par contre je ne sais encore si je la lirais...


4/5 champignons

lundi 12 octobre 2009

Polly et les pirates L'intégrale



Polly et les pirates
Tome 1: L'héritage de Meg Malloy
Tome 2: La captive du Titania
Tome 3: Le trésor du roi
Tome 4: Le secret du Tricorne
Tome 5: L'île aux chimères
Tome 6: Le retour de la reine


Ted Neifeh

Les Humanoïdes Associés
173 pages
14,90 euros
BD tout public et jeunesse


XIXe siècle. Polly Pringle, élève dans le pensionnaire de St-Helvetia; apprend les convenances dûes à son statut (son père est ambassadeur) et semble très encline à adopter une conduite exemplaire. Modèle de vertu, Polly est une jeune fille bien élevée en contraste frappant avec Anastasia, sa camarade de chambre qui préfère lire des romans d'aventures où l'eau-de rose n'est pas exclu!!! La fiction rejoint bientôt la réalité lorsque Polly est enlevée par des pirates ! Scrimshaw lui révèle alors son lourd et improbable héritage, Polly est la fille de Meg Malloy, Reine des pirates il y a de cela une dizaine d'années. Polly est ainsi toute destinée à prendre la relève et à devenir le capitaine tant attendu du Titania. De rebondissements en poursuites, Polly réussira à échapper à ses ravisseurs grâce à son sens pratique et à son esprit vif et aisé. Mais bientôt elle fait la mauvaise rencontre du Prince des pirates! le fils du Roi des pirates. Le moins que l'on puisse dire c'est que notre jeune héroïne en a marre de se faire ballader sans crier gare comme de la marchandise!!! Captive du prince, elle n'a pas d'autre choix que celui de trahir le vieux Scrimshaw et doit partir à la recherche d'un trésor...dont la carte, bien entendu a été perdu. Une course au butin mouvementée s'engage alors!

Polly et les pirates est une série en 6 tomes (j'ai les quatre premiers en couleurs) mais lorsque l'intégrale est sortie, je n'ai pu résister!! Le prix est plus que raisonnable et au moins je pouvais lire la série en entière. Cette intégrale est en noir et blanc, ce qui est dommage car les tomes individuels ont la particularité et l'avantage de présenter un texte à la fin qui développe l'histoire de Meg Malloy. Les tomes individuels sont aussi en couleurs, ce qui est toujours plus agréable à regarder au niveau du graphisme. Mais l'intégrale ne perd pas de son intérêt car les illustrations en noir et blanc permettent de s'attarder plus amplement sur le contenu, la physionomie, les personnages et le style de Ted Naifeh.


Polly est une héroïne pour le moins surprenante, drôle et attachante. Cela tient essentiellement à sa personnalité "bien comme il faut", son langage soutenu, sa bonne éducation qui déteint et détone avec les rustres pirates qui n'ont aucune tenue. A chaque situation cocasse, Polly s'imagine à la place de sa directrice d'école, Madame Lovejoy et cela appelle au rire. Ensuite, elle est confrontée à une terrible vérité: Polly pensait à sa mère comme étant une femme dévouée, raffinée, discrète et gentille dame, alors que les pirates lui apprennent que sa mère est une redoutable pirate. Son éducation tranche avec ses origines et cela la perturbe. Rassurez-vous, Polly prendra ses repères, débrouillarde, rusée, elle saura déjouer plus d'un mauvais tour. En cela Polly ressemble énormément à une autre héroïne de Ted Naifeh: Courtney Crumrin. Volonté et détermination sont leurs traits de caractères. Polly et les pirates sans être la Bd du siècle (avouons que l'histoire de flibustiers et pirates n'est pas une nouveauté en soi) est une série qui a été créée avec brio, dynamisme et possède bien des atouts. Je ne vous conseille qu'une seule chose: la lire.

Vous n'êtes pas convaincus:
Ted Naifeh a fait Mortis Junior ici et
Son oeuvre principale, du moins ma préférée c'est Courtney Crumrin ici et
Le site de l'auteur

5/5 champignons

dimanche 11 octobre 2009

Le pompier de Lilliputia

François Roca
Fred Bernard


Editions Albin Michel Jeunesse
Album Jeunesse relié à partir de 5 ans
Paru en Octobre 2009
Thèmes: New York, Lilliputiens, Feu.

Cette histoire commence au début du XIXe siècle à New York. C'est l'histoire vraie de Henry Mac Queen, pompier à Lilliputia...
Henry Mac Queen est né dans une famille new yorkaise bourgeoise. Tout petit il suivait son frère et sa soeur Sam et Lucy, son père projette des ambitions politiques alors que sa mère s'occupe de l'éducation des enfants. Mais Henry ne grandira plus, c'est le médecin qui l'a annoncé aux parents. Dès lors, Henry se sent isolé, exclu. Les regards se tournent vers lui: curieux, honteux. On le met à distance. Le soir, lors des dîners mondains, Henry est confiné dans sa chambre. Pour passer le temps, Henry lit Les voyages de Gulliver. Il traverse les océans, les temps et rêve lui aussi de grandeurs... Une nuit, il a oublié d'éteindre sa bougie et la belle maison de ses parents part en feu. Depuis, Henry a le feu aux mains, il a cette sensation de brûlure qui ne le quittera jamais. Son rêve: devenir pompier... Puis Henry s'en va. Il prend sa valise et quitte cette famille qui l'isole. Oui, il s'en va, tout petit qu'il est et se dirige tout droit vers Coney Island. A Coney Island il y a Dreamland et Lilliputia, le quartier des nains. Henry s'y sent bien et heureux: les gens sont comme lui, il y a des trains fantômes, des femmes à barbe, des animaux exotiques... La différence n'est pas condamnée, elle est adoptée. Ainsi tous les jours, au parc d'attraction, Henry va sauver des flammes la belle Nadja! Son spectacle: jouer les pompiers!! Mais secrètement, Henry espère que son père, devenu désormais maire de New York, sera fier de lui. Une nuit, en 1911, Coney Island est en flammes. Henry Mac Queen prend son courage à deux mains et mène une opération de sauvetage époustouflante. Depuis, on peut voir sur une photo de la Compagnie des pompiers notre petit Henry qui a tout d'un grand!


Qui ne craquera pas pour ce magnifique album, encore plus touchant puisqu'il raconte une histoire vraie. Les illustrations sont grandioses, avec un charme fou, un côté un peu rétro des années 20. Le texte est porté par une plume soyeuse, raffinée. La mise en page est élégante et soignée. Un très très bel album...

A lire impérativement le très bel article de Clarabel

5/5 champignons

Contes à l'envers

Philippe Dumas et Boris Moissard

Ecole des Loisirs
Collection Neuf
134 pages
Roman Junior dès 9 ans

Résumé: Une présidente de la République féministe à qui un sondage révèle qu'une certaine Blanche-Neige est plus intelligente qu'elle.Une descendante du Petit Chaperon rouge vêtu de bleu marine qui se croit plus maligne que tout le monde, et enferme sa grand-mère dans la cage au loup du Jardin des Plantes. Un enfant maltraité par son oncle et dont chaque larme qui coule se transforme en cigarette. Vers 1980, Philippe Dumas et Boris Moissard furent les premiers à mettre en pièces, retourner, réécrire, en un mot à pasticher les contes classiques de Grimm et de Perrault pour mieux leur rendre hommage dans un recueil qui allait devenir un best-seller.Leur secret ? Décors et accessoires contemporains, langue châtiée. Souvent imités, jamais égalés, ils ont décidé de fêter leur amitié et ses trente ans de bonheur en ajoutant à leurs cinq textes d'origine un inédit : Le pommier de Pomanchou.

Un pays où les femmes dominent, travaillent alors que les maris restent à la maison et font le ménage. Une présidente de la République féministe, qui se sent menacée par une Blanche-Neige plus intelligente qu'elle. Le conte de Blanche-Neige n'est plus ce qu'il était... Tout le monde connaît le Petit Chaperon Rouge mais connaissez-vous le Petit Chaperon bleu marine ? Gentille fille d'apparence mais qui va enfermer dans une cage sa pauvre grand-mère, la croyant être le vilain loup-garou!!! La Belle au bois dormant est remplacée par la Belle au doigt bruyant!! Au lieu de dormir, la Belle danse et chante à qui mieux mieux... Et encore plein d'autres contes à découvrir ou redécouvrir, à comparer avec les anciens... Ces contes à l'envers ont été repris par Philippe Dumas et Boris Moissard de manière à nous faire rire, à nous montrer avec dérision comment nos contes d'enfance peuvent être parodiés et remis au goût du jour. Modernité et humour sont les maîtres mots qui qualifient ces contes, où l'écriture est fantasque et les personnages drôlatiques. Ce petit livre m'a agréablement rappelé ma lecture du Mariage de la tortue de Christian Oster, que l'on peut situer sur le même ton.


5/5 champignons

vendredi 9 octobre 2009

Le Démon et mademoiselle Prym

Paulo Coelho

Editions Le Livre de Poche
Traduit du Portugais par Jacques Thiériot
250 pages

Quatrième de couverture: L'homme est-il bon ou mauvais ? Entraînés par un mystérieux étranger, les habitants d'un petit village ont une semaine pour choisir entre le Bien et le Mal. Une parabole éblouissante sur le combat que se livrent en nous les ténèbres et la lumière, et une réflexion sur la liberté que nous avons, à chaque instant, de choisir notre chemin.


J'avais bien apprécié ma précédente lecture de Paulo Coelho L'Alchimiste, même si cet auteur ne me transcende pas outre mesure. Mais il faut bien lui reconnaître un don particulier: celui de faire appel à votre intérieur, à questionner le principe du destin. Dans L'Alchimiste, les thèmes tournaient autour du choix de sa destinée, de l'avenir, d'un voyage initiatique au coeur du désert. Dans Le Démon et mademoiselle Prym, le lecteur se laisse prendre au jeu. Fable fantastique ou nouvelle spirituelle, on reste dans la teneur du conte philosophique. Un étranger arrive au village de Bescos, paisible et ordinaire qui compte 281 habitants. Celui-ci s'installe sous l'oeil avisé de la vieille Berta, veuve qui reste assise là et qui observe les alentours, car le fantôme de son défunt mari, lui a expliqué qu'un jour le diable viendrait dans son village et le détruire. Non par hasard, l'étranger fait la connaissance de Chantal Prym, serveuse à l'hôtel de Bescos, orpheline, bonne fille quoiqu'un peu dépravée!!! Il lui montre sa richesse: des lingots d'or et propose à Chantal un défi: l'or sera à elle si avant la fin de la semaine un meurtre est commis à Bescos. L'étranger veut savoir si le mal l'emportera. Pour de l'argent, les habitants de Bescos devront commettre un crime, le péché ultime pour devenir riche. Chantal Prym n'y tient plus et passera jours et nuits à réfléchir, taire cet infâme marché ou dire la vérité au risque de détruire le salut de Bescos... Un pari fort dérangeant et dangereux.

Paulo Coelho a réussi d'une main de maître à rendre son récit captivant. Jusqu'au bout, le lecteur se posera la question de savoir si oui ou non Chantal Prym cèdera à la tentation. Ce roman pose les traits impitoyables de la condition humaine: de sa lutte entre le Bien et le Mal, de sa vocation à écarter le péché ou pas pour de l'argent. Parsemé de supersitions, de récits fantastiques, Le Démon et Mademoiselle Prym nous lance à la poursuite d'une quête du bonheur...mais à quel prix?? On retrouve aisément les thèmes du destin, du choix, du combat intérieur. Paulo Coelho est indéniablement un as de ce genre de défi. Jusqu'à la fin, le lecteur reste dans le suspens et contrairement à L'Alchimiste où parfois le texte s'essoufle et paraît ennuyeux, ici nul longueur, tout est dans la réflexion, l'agitation des nuits où les anges et les démons se livrent un combat sans merci pour accaparer les faveurs de l'âme humaine. Alors, à votre avis, Bescos succombera-t-il à l'assassinat pour sa gloire, ou refusera-t-il l'offre de cet étranger qui apporte la confusion et sème le trouble au sein de la tranquillité et de l'apparente paix de ces habitants ??


Si vous aimez ce livre, lisez aussi Le libraire de Sélinonte
Le billet sur L'Alchimiste ici
4/5 champignons

Et oui j'ai moi aussi succombé au projet initié par Antigone, qui a largement inspiré la blogosphère...Je me lance dans l'Objectif PAL!!

lundi 5 octobre 2009

Contes de la banlieue lointaine

Shaun Tan

Gallimard Jeunesse
Album paru en Septembre 2009
Traduit de l'anglais par Anne Krief
96 pages
Genre: Fantastique, Contes

Connaissez-vous le buffle d'eau, au bout de la rue? Le scaphandrier près du passage souterrain? Savez-vous pourquoi les chiens aboient au milieu de la nuit?




Par l'auteur de "Là où vont nos pères" (Prix du meilleur album Angoulême 2008), Contes de la banlieue lointaine est un recueil de 15 contes insolites et mystérieux. Shaun Tan a d'ailleurs reçu pour ce livre l'Aurealis Award en 2008.

Classé en album jeunesse, ce livre est en dehors de toute catégorie : on ne peut le mettre en BD, ni en album jeunesse dans la mesure où les contes font preuve d'une riche maturité.

Contes de la banlieue lointaine est un superbe roman graphique avec un texte grandiose et des illustrations originales.
Ces contes d'un monde "hors du temps" évoquent un quotidien inhabituel, où l'exotisme est synonyme de nulle part. L'ailleurs est cet inconnu mystérieux qui prend des allures d'une dimension irréelle, là tout près de chez nous. Comme ces missiles balistiques intercontinentaux (Vigilants, pas inquiets) que chacun a sur son toit, prévus pour la sécurité du territoire mais rendus inoffensifs par des pratiques inventées par les habitants. Détournées en décor, en pièce annexe, en niche pour chien ou en four à pizzas, les missiles font parties intégrantes de la vie domestique. Comme ces chiens qui aboient en pleine nuit (Veillée) , pour pleurer leur compagnon battu à mort ? Et cette boule de papier (Orage à l'horizon) qui roule dans les rues, faite d'anciens poèmes cachés et jettés...

Contes de la banlieue lointaine est un recueil subtil, empreint d'une saisissante poésie de la vie, qui s'envole au rythme d'une imagination créatrice d'émotions. Chacun y comprendra une part de lui-même, qui fait résonance à une philosophie de la différence. Tout comme dans "Là où vont nos pères", Contes de la banlieue lointaine n'échappe pas au thème de l'immigration, le sentiment de perte des repères, tout comme cet étudiant étranger (Eric) qui a élu domicile dans le placard de sa famille d'accueil. Pourtant en lisant ces histoires, on ressent une agréable sensation de chaleur qui nous fait se sentir en sécurité, l'importance d'avoir un chez soi mais de pouvoir y laisser entrer l'autre. L'acceptation de l'étranger et de l'inconnu est mise en scène par ce sentiment nostalgique des gens qui partent, des jouets cassés, des brindilles qui vivent parmi nous mais qu'on ignore... Shaun Tan a écrit ses textes avec ce sentiment palpable de l'acceptation de soi et de l'autre. Il en ressort un recueil d'une grande sagesse, où la beauté est illustrée par un appel délicat aux valeurs humaines. Chaque conte a sa singularité et le tout est cohérent. Shaun Tan nous offre là une oeuvre surprenante, curieuse, inventive et d'une sensibilité manifeste.
A tous ceux et celles qui vivent en périphérie, qui rêvent d'un nulle part accessible depuis son foyer, lisez Contes de la banlieue lointaine et partez pour une exploration inattendue en même temps qu'inespérée.

L'avis de Clarabel

5/5 champignons

dimanche 4 octobre 2009

Tome 1 Thomas Drimm

Saga Thomas Drimm
Tome 1 La fin du monde tombe un jeudi


Didier van Cauwelaert

Albin Michel
392 pages
Paru en Octobre 2009
Roman ados dès 12 ans

Quatrième de couverture: Dans une société sous contrôle total où le jeu règne en maître, un ado se retrouve détenteur d'un secret terrifiant, qui déchaîne contre lui les forces du Mal...et celles du Bien. Tiraillé entre la femme de ses rêves et un vieux savant parano réincarné dans un ours en peluche, Thomas va découvrir, de pièges en rebondissements, l'exaltant et périlleux destin d'un super-héros à mi-temps. Course contre la montre et voyage initiatique, cette aventure de Thomas Drimm, au suspense haletant et à l'humour féroce, a tout pour passionner les lecteurs de douze à cent douze ans.
A propos de l'auteur: Didier van Cauwelaert, prix Goncourt pour Un aller simple, a vendu plus de cinq millions de romans traduits dans une trentaines de langues.


Pour la sortie de Thomas Drimm, le grand défi a été remporté : les premiers chapitres ont semble-t-il remportés un franc succès lors de la prédiffusion sur téléphone mobile. Cette saga annonce d'emblée 5 tomes et je parierais sans grand danger que notre héros Thomas Drimm pourrait être adapté au cinéma. C'est Paola et les éditions Albin Michel qui m'ont permis de lire ce roman jeunesse, reçu avec une grande rapidité et dédicacé par l'auteur, ce que j'ai énormément apprécié...et que je remercie vivement.



Thomas Drimm a 13 ans. Adolescent mal dans sa peau à cause de ses kilos en trop, son passe-temps favori est de jouer avec son cerf-volant XR9 bien que sa mère juge qu'il est trop grand pour ça. Parlons en de sa famille. Sa mère : psychologue dans un casino est une fervente citoyenne et ne déroge à aucune règle du gouvernement. Le père, c'est un peu plus compliqué. Enseignant, il est devenu alcoolique pour fuir un monde dominé par le contrôle total, où les gens sont domestiqués par des puces cérébrales. Ex-membre du Comité de censure, le père de Thomas en sait énormément, il connaît les livres interdits, et inculque à son fils que le gouvernement est en réalité une grosse machine corrompue, tyrannique qui fait régner la loi du chaos et de la terreur psychologique. Car Thomas vit dans un monde où la liberté n'existe pas, seulement par auto-suggestion. Manipulation des esprits, surveillance omniprésente, le suicide et la dépression nerveuse sont passibles de lourdes conséquences. La religion n'en parlons même pas. Les Etats-Uniques, sont donc un gouvernement en totale autonomie mais aussi en autarcie car le Bouclier anti-matière le protège des agressions extérieures. A la suite d'une guerre, les Etas-Uniques sont seuls au monde et les dirigeants sont égocentriques au possible. Et Thomas doit vivre et faire avec cet environnement déviant...

Un jour, alors qu'il joue avec son cerf-volant, ce dernier chute et tue un vieux Monsieur. Complètement paniqué, Thomas cache le corps et l'objet de l'homicide involontaire, espérant ainsi ne pas attirer d'ennuis à son père. C'est compter sans la réincarnation du mort dans son ours en peluche. Thomas n'en croit pas ses oreilles. L'ours parle d'équation, de Bouclier, de protons et il est question de sauver le monde ! Parce que voyez-vous, le vieux monsieur s'avère être le grand scientifique qui inventa le fameux bouclier de protection... Thomas va devoir en moins d'une semaine, mettre à exécution le plan de son ours, rencontrer la femme de sa vie et se battre sans le savoir contre des forces qui l'animent de l'intérieur...


Avec Thomas Drimm, Didier van Cauwelaert nous a concocté un vrai cocktail d'actions, de suspense effréné où le lecteur embarqué dans ce monde à la dérive, n'a pas le temps de reprendre son souffle ! Entre science-fiction et roman initiatique, Thomas Drimm représente le héros par excellence: adolescent ordinaire, avec ses problèmes, marginalisé par son obésité, sa vie semble peu intéressante. Puis vient ce point de non retour: un meurtre non prémédité qui le propulse, tout feux avants, dans une intrigue palpitante. Le monde décrit par l'auteur regorge d'idées passionnantes qui à coup sûr feront réfléchir plus d'un jeune lecteur sur notre propre réalité et là je pense notamment à l'importance accordée aux medias, à l'information retravaillée, prémâchée et rendue digeste pour ne pas effrayer les populations. La fin du monde tombe un jeudi, un titre pertinent qui montre le danger d'une société banalisée et canalisée par la consommation et la politique. Il me fait d'ailleurs penser à un titre classique de la science-fiction Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley. Stephie nous parle à juste titre d'un roman de sensibilisation, je ne peux que rejoindre son avis. Leiloona évoque un terme fort: "une dystopie qui fait froid dans le dos"!



L'originalité tient dans cette description d'une société balisée par un diktat au quotidien où l'on vous dicte ce qu'il faut penser, ce qu'il faut manger, et qui persécute la différence au nom de l'homogénéisation des mentalités. Ca fait peur ! Mais l'originalité réside aussi dans cette incroyable réincarnation de l'ours en peluche : où le monde matérialisé de l'enfance quitte ses chimères en rappelant sans cesse à notre héros son erreur. Objet d'enfance et rite d'initiation à l'âge adulte, l'ours en peluche est une idée fort bien soignée!! Autre critère que j'ai particulièrement apprécié, c'est le tiraillement entre le Bien et le Mal. Thomas est attiré par des forces lointaines, incertaines, dangereuses dont il est conscient sans en prendre la véritable teneur. Ce manichéisme latent se retrouve d'ailleurs dans les décisions qu'il doit prendre et qui sont difficiles. Le choix de sauver ou non le monde, le choix de grandir ou de rester confortablement dans sa petite vie insignifiante, la responsabilité de ses actes.
Thomas Drimm promet une saga pleine de rebondissements, qui plaira aux adolescents, qui ne manqueront pas de s'identifier à ce héros pertinent, drôle mais un peu indiscipliné. Je pense aussi au traitement fait à l'amour, au désir de la femme et là ça flanche un peu: les termes employés ne sont pas toujours adéquats et l'auteur propose une image assez désarmante de la femme, voire simpliste de la vision amoureuse. C'est un détail, rassurez-vous mais je rejoins l'avis de Leiloona sur ce point.

En conclusion, ce tome 1 a relevé son défi de me plaire, j'ai bien envie de poursuivre cette saga et là c'est fort car je ne suis de prime abord, pas vraiment attirée par ce genre de roman jeunesse à la "garçonne".

Le site du livre: www.thomas-drimm.com


4/5 champignons

jeudi 1 octobre 2009

La face cachée de Margo

John Green

Gallimard Jeunesse
Collection Scripto
Traduit de l'Anglais par Catherine Gibert
Paru en Septembre 2009
389 pages

Quatrième de couverture: Margo Roth Speigelman, le nom aux six syllabes qui fait fantasmer Quentin depuis toujours.Alors forcément, quand elle s'introduit dans sa chambre, une nuit, par la fenêtre ouverte, pour l'entraîner dans une expédition vengeresse, il la suit. Mais au lendemain de leur folle nuit blanche, Margo n'apparaît pas au lycée, elle a disparu. Quentin saura-t-il décrypter les indices qu'elle lui a laissés pour la retrouver ? Plus il s'en rapproche, plus Margo semble lui échapper...

A propos de l'auteur: John Green est un écrivain américain.Il a grandi en Floride avant de partir en Alabama dans un pensionnat qui ressemble beaucoup à Culver Creek dans son premier roman, Qui es-tu Alaska ? (Scripto). A l'issue de ses études universitaires, en 2000, il s'est installé à Chicago. Il a été chroniqueur de radio et critique littéraire pour des revues spécialisées. La face cachée de Margo est son troisième roman pour adolescents. John vit aujourd'hui à Indianapolis avec sa femme, Sarah.


Margo et Quentin ont tous deux 9 ans lorsqu'ils découvrent le cadavre d'un homme, alors qu'ils jouaient à proximité de leur quartier. Pour Quentin ce fut un choc, qu'il évacua grâce aux conversations avec ses parents psychologues. Des années après, au lycée, Margo et Quentin ne se fréquentent plus, leur découverte les a éloigné. Alors quand Margo se pointe en pleine nuit à la fenêtre de la chambre de Quentin, il se pose des questions. Intrigué, il décide de la suivre pour une expédition où la vengeance est au programme. L'occasion pour Quentin de renouer des liens avec celle qu'il a toujours aimée secrètement. Cette nuit est inoubliable et restera dans la mémoire des jeunes casse-coups...aussi Quentin espère que sa relation avec Margo évoluera dans le bon sens. Le lendemain, au lycée, Margo n'est pas là. Fugue, disparition, assassinat... Quentin pense au pire. Où est Margo? Mais surtout qui est-elle vraiment?


Je n'ai pas lu le précédent roman Qui es-tu Alaska? de John Green mais il semblerait que ses thèmes de prédilection tiennent au jeu de piste, à l'énigme et à la fascination amoureuse. La face cachée de Margo porte à l'évidence un titre pertinent, axé sur la personnalité d'une adolescente étrange, intelligente et qui aime les secrets. Tout comme dans La disparition d'Anastasia Cayne, on a affaire à un personnage multiple, qui entretient le mystère autour de son identité. La personnalité est difficile à cerner, Anastasia et Margo sont donc toutes deux, objet et sujet de questionnements, de rumeurs. Car quand Margo disparaît, toutes les pensées sont orientées vers sa personne. Qui est vraiment Margo? Quentin nous embarque dans une enquête psychologique, où le suspens prend tournure grâce à l'interprétation d'indices notamment un poème. Le roman entraîne le lecteur dans un jeu miroir où le personnage de Margo est confronté à la lueur de ses actes, de ses dires, de son comportement avec les autres mais surtout confronté à l'amour de Quentin, un regard idéalisé. Le thème de la fascination amoureuse est ici remarquablement bien exploité, déroulant son tapis rouge à la toute fin. Cette fin est bien travaillée et nous montre que John Green écrit un roman jeunesse intelligent, dont le message est l'acceptation de soi et l'acceptation de la différence. Roman initiatique aussi à travers le personnage de Quentin, qui par amour, va au-delà de ses limites, et qui comprend petit à petit que l'issue de cette histoire n'est pas forcément celle qu'il espère. Une fin qui fait réfléchir et par conséquent qui vise à faire grandir les personnages. La face cachée de Margo c'est également un regard sur la jeunesse américaine: ses délires, ses déboires, ses amours, ses amitiés et activités. John Green signe là un roman qui à coup sûr plaira aux adolescents, qui s'identifieront à cette jeunesse irrésistible et drôle, parfois rebelle et indisciplinée. Une petite réussite, sélectionnée pour le Children's Book award 2009 et qui donne envie de lire Qui es-tu Alaska?

Je remercie Véronique et les éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce roman original.


5/5 champignons

Les Albums de la semaine

Le chat botté de rouge
Nuit
L'imagier de Romuald


Le chat botté de rouge
Mineditions
Ayano Imai
Thèmes: Contes et légendes, Le chat botté
Album Jeunesse à partir de 5 ans
Paru en Septembre 2009

L'histoire du chat botté n'est plus à rappeler. C'est l'histoire d'un chat qui vient en aide à son maître cordonnier qui n'a plus de travail. Il se charge de lui trouver de nouveaux clients dont un ogre très méchant. Mais le chat est bien futé... Le traditionnel conte de Charles Perrault est à la mode en ce moment. Allons savoir pourquoi mais ce petit chat revisité sous le crayon de Ayano Imai est original. Le charme de l'album réside principalement dans les illustrations, à la fois très sobres mais percutantes par les jeux de tons rouges, roses. On ressent d'emblée le côté très asiatique du dessin, des formes. Une tendance assez sombre qui montre la personnalité d'un chat intelligent, mais qui n'hésite pas à faire le mal pour obtenir ce qu'il veut. Une version très contemporaine...


Nuit
Ecole des Loisirs
Collection Pastel
Emmanuelle Eeckhout
Album Jeunesse à partir de 3 ans
Paru en Septembre 2009
Thèmes: Nuit, Nourriture, Chasse.

Bien étrange ce petit album... Tout d'abord les couleurs choisies sont assez originales: du gris, du noir pour symboliser la nuit et le jaune pétant. Couleur assez peu harmonieuse. Les illustrations sont quant à elles sobres, dont la plus jolie est celle de la couverture. Passons au texte qui m'a fortement perturbée. La nuit, les animaux sortent guetter leurs proies: le renard chasse, le crapaug avale la mouche, les souris courent après leur gruyère. Quel lien saugrenu y a-t-il entre la nuit et la chasse, la nourriture. Pendant que tout ce petit monde s'agite, l'image de fin nous dévoile un petit homme qui dort. L'album démarrait fort: le ciel a allumé sa lune et fait place à une magnifique nuit étoilée, objet de rêveries de notre chat interrogateur. C'est très poétique. Puis arrive cette vision très obscure, peu rassurante et en somme dangereuse de la nuit comme terrain de chasse. J'aime donc y voir là un message plutôt positif: face à ce monde interlope, nocturne, l'enfant lui est dans son lit, en train de dormir, en sécurité. Un album tout en contrastes tant au niveau des couleurs qu'au niveau du texte.


L'imagier de Romuald
(Une semaine bien remplie)
Grasset-Jeunesse
Collection 2 et 2 font 4
Sylvie Serprix et Florence Desmazures
Album Jeunesse dès 3 ans
Paru en Septembre 2009
Thèmes: Découvertes imagier, activités de la semaine

Quel magnifique album jeunesse sachant allier diversité des thèmes et illustrations pleines de douceurs. De suite, Romuald nous fait penser à Ralf, notre doudou girafe, on ressent cette matière pelucheuse. Romuald est un petit chien et ses parents partent une semaine. Il est triste mais son oncle et sa tante vont l'emmener faire des activités épanouissantes. Romuald va vivre une semaine mouvementée: cirque, bibliothèque, musée, aquarium, salle des doudous, Romuald part à la découverte de plusieurs objets. Cet imagier est drôlement bien fait car pour chaque lieu nouveau, une page est consacrée aux objets en rapport avec l'endroit visité. Très bien illustré, avec des couleurs douces et tendres, l'imagier est un album cocon. On a envie de s'y blottir et de rester là à admirer Romuald et le monde qu'il visite. Un album gourmand, ludique et instructif autant que varié: tous les thèmes de la vie culturelle sont abordés: le théâtre, le cirque, le marché aux légumes, la confiserie... Un très bon point pour mon album préféré de la semaine.