mardi 30 juin 2009

La circoncision

Bernhard Schlink

Editions Gallimard
Collection Folio
Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary
et Robert Simon

84 pages

Quatrième de couverture: Cinquante ans après la Seconde Guerre mondiale, Andi, un jeune Allemand, et Sarah, une Juive dont la famille est rescapée d'Auschwitz, tentent de vivre leur amour malgré le poids du passé.Après le succès mondial du Liseur, Bernhard Schlink nous offre un texte lucide et désenchanté sur l'amour et la mémoire.

La circoncision est un texte court, efficace où l'on retrouve après Le liseur, la plume sensible et alerte de Bernhard Schlink. L'amour et la mémoire restent les thèmes majeurs de ce roman foisonnant et poignant. Ce que j'apprécie beaucoup chez Bernhard Schlink est cette capacité avec des mots, avec des interrogations pertinentes, de réviser le jugement que l'on porte sur les choses notamment sur les Juifs, l'Allemagne après la seconde Guerre mondiale et sur la notion de culpabilité. A travers l'histoire d'amour de Sarah, d'origine juive et de Andi, allemand, l'auteur dépeint avec une extrême authenticité et délicatesse le sentiment d'appartenance. Et c'est fort intéressant car en reconstruisant cette appartenance sous le prisme de sentiments au sein d'un couple mixte, Bernhard Schlink en profite pour poser des questions évidentes: celle des préjugés, celle du poids du passé qui pèse sur les futures générations, celle de la responsabilité, du libre arbitre. Doit-on se sentir responsable des faits qui ont été commis par nos ancêtres ? La vérité se trouve-t'elle nécessairement dans la mémoire familiale et religieuse ?
Sarah et Andi se disputent fréquemment à propos de leur manière d'être, leur manière de penser qui serait propre à un sentiment d'appartenance religieuse, qui serait comme dirait Sarah typique des Allemands ou des catholiques. Les enfants de catholiques ou de juifs doivent-ils forcément se marier avec les leurs ? Ne peut-il pas y voir de dialogue interculturel et tout spécialement entre les Juifs et les Allemands ? Andi est souvent blessé et irrité par les propos des amis de Sarah et par Sarah elle-même. Par amour ou par dépit, il ne se défend pas alors que l'antisémitisme envers les allemands est tout aussi préjudiciable que celui fait aux Juifs. Andi se questionne et vient pour lui la question de la conversion, de la circoncision. Mais un couple tel que celui de Sarah et d'Andi peut-il s'engager dans la tolérance et le respect de la culture de chacun quand l'un deux s'obstine à faire du passé le poids omniprésent de la mémoire vivante...
C'est ce que nous raconte La circoncision, un très bon roman, digne de Bernhard Schlink qui défend avec maturité, avec intelligence d'esprit et de coeur et avec une tolérance toute particulière cette perception d'une Allemagne accablée, notamment de cette génération d'après-guerre qui en subit le lourd repenti.


Les avis de Lilly, Pimprenelle...

4/5 champignons

dimanche 28 juin 2009

L'île sans sourire

Enrique Fernandez

Glénat
Drugstore

56 pages
Paru en Mai 2009
Genre Fantastique


Enrique Fernandez commence à être connu en France avec cette cinquième bande dessinée. D'emblée ce qui m'a attirée dans cette Bd est son titre très symbolique et onirique et sa couverture que je trouve très belle. Ce bleu turquoise irradiant, ces petites lanternes rouges laissant présager un côté japonais de l'histoire et cette petite fille avec un sourire enfantin et heureux. L'île sans sourire est sans conteste une magnifique Bd, fort réussie non seulement pour le scénario fantastique que pour son rendu visuel époustouflant. C'est de toute beauté.

L'histoire: Dean Milander est affecté en tant que géologue sur une île mystérieuse: Yulkukany. Arrivant en pleine nuit, en pleine tempête, Dean rencontre Eli, une petite fille qui venait d'être attaquée par un loup. Mais celle-ci, pleine d'entrain et nullement effrayée lui explique que son chat prince Yemi monte la garde et la protège. Dean est perplexe et ma foi laisse parler la petite. Le lendemain, alors qu'il étudie les pierres de cette île, Dean est dérangé par Eli qui ne cesse de l'agacer avec ses déboires fantastiques, histoires merveilleuses et farfelues qui la propulse dans un monde de chimères et de rêves. Elle, si pleine de vie et débordant d'énergie est en complète opposition avec Dean, cet homme qui a perdu sa femme et son fils et dont le visage exprime la colère et le chagrin. Sur le chemin du retour au village, Dean et Eli rencontrent un petit garçon portant un gramophone. Il va voir la Dame Kindi qui se trouve loin dans la jungle. Eli explique alors à Dean, que cette créature mi femme mi limace a été banni du village. Possédant des pouvoirs magiques, elle serait dangereuse et trafiquerait de sombres desseins...

L'île sans sourire est une bande dessinée remarquable. L'histoire n'est pas sans rappeler les animations de Hayao Miyasaki avec cet aspect très onirique, presque philosophique et un brin fantastique: on fait la connaissance de créatures étranges, surnaturelles comme la Dame Kindi, sorte de sorcière de la forêt; le chat Yemi est aussi un compagnon énigmatique et l'héroïne invente des histoires fantaisistes pour se rendre la vie meilleure. Car sur l'île, les gens sont taciturnes... La nuit, la joie de vivre des enfants est capturée par des espèces de gnomes qui sortent de l'eau...Bref la vie n'est pas si facile et surtout pour Eli. Mais cette petite fille garde un don et tout ce qu'elle voit se transforme en une histoire prodigieuse, entre drôlerie et conte. Justement L'île sans sourire est une bande dessinée qui oscille entre le conte fantastique et le conte philosophique: une quête du rire, pour retrouver le bonheur, la joie de vivre, le sourire malgré les malheurs de la vie. Eli nous offre là une belle leçon de vie, et d'une certaine manière aide Dean à exorciser son chagrin. Une très belle Bd à lire de toute urgence!!!!


5/5 champignons




L'île sans sourire
envoyé par GLENATBD. - Futurs lauréats du Sundance.

samedi 27 juin 2009

On s'est juste embrassés

Isabelle Pandazopoulos

Editions Gallimard Jeunesse
Collection Scripto
157 pages

Quatrième de couverture: Un roman bouleversant. Un auteur à découvrir. Un concentré d'émotion à savourer d'une traite.

Il est difficile de critiquer un livre qui ne vous a pas plu, lorsque celui-ci vous a été envoyé gracieusement par une maison d'édition que l'on apprécie énormément. Je remercie Véronique et les éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce livre, premier roman écrit par Isabelle Pandazopoulos mais dont le thème ne m'a pas du tout inspiré ni touché.

Aïcha vit seule avec sa mère à proximité de la cité Paganini, vers Paris. Abandonnée par son père, elle vit mal sa relation avec sa maman, qui cache un lourd secret de famille. Aïcha est d'origine algérienne. Elle aime lire et aller à la bibliothèque. Ce jour-là au collège, personne ne lui parle, même pas sa meilleure amie Sabrina. La rumeur dit qu'elle aurait couchée avec Walid, le grand frère de Sabrina. Lorsqu'elle affronte la cohue du collège, Sabrina lui crache à la figure et la traite de "Sale pute !". Aïcha est sous le choc et ne comprend pas. La vérité est qu'elle n'a jamais eu de rapport avec Walid, ils se sont juste embrassés. Mais Walid, une racaille raconte ce qu'il veut. C'est sa parole contre celle d'Aïcha. Puis, paumée, humiliée, en souffrance à cause de la dépression de sa mère, elle fuit. Poussée par la soif de connaître la vérité sur sa famille, elle retourne chez elle...

On s'est juste embrassés
, est un roman dur, sur les difficultés de l'adolescence, d'une adolescence effacée par les conséquences de l'immigration. Une cité, des règles oppressives, une vie dénuée de bonheur, une identité flouée par celle des parents. Aïcha est française mais elle ne se sent pas comme telle. Elle traîne dans une cité et fume avec des amis, elle suit l'influence de sa meilleure amie Sabrina. Sa maman cache un secret qu'elle voudrait découvrir, qui n'est pas sans rapport avec le départ prématuré de son père. C'est un drame familial et à la fois culturel. Aïcha cumule tous les clichés que l'on peut rencontrer dans les quartiers ZEP. C'est dommage et c'est cela que je n'ai pas aimé. Je sais que la vie dans les quartiers n'est pas heureuse, mais stigmatiser une population issue de l'immigration qui l'est déjà suffisamment par les médias, c'est dommage. On s'est juste embrassés, est un roman simple parce qu'il raconte la réalité, mais il exploite beaucoup trop les clichés des cités. Les phrases courtes accentuent le côté émotionnel et rythmé de l'intrigue. L'écriture est agréable et le livre facile à lire. Pourtant je ne trouve pas qu'il soit bouleversant. Juste dur, juste dramatique, juste miséreux, sans espoir et pire qui ne laisse pas présager que les choses pourraient évoluer dans le bon sens...

L'avis de Gawou qui a bien aimé.
2,5/5 champignons

mercredi 24 juin 2009

L'année brouillard

Michelle Richmond

Editions Buchet Chastel

Traduit de l'Américain par Sophie Aslanides
508 pages

Quatrième de couverture: En juillet, sur un plage de San Francisco nappée d'un épais brouillard, une petite fille de six ans, Emma, et la fiancée de son père, Abby, marchent en cherchant des coquillages.Abby, photographe professionnelle, détourne un instant son regard d'Emma pour fixer de son objectif un phoque éventré. Quand elle relève la tête, la petite fille a disparu. Le pire vient de se produire. L'angoisse et la panique s'installent ; où est Emma ? Emportée par les vagues rugissantes du Pacifique ? Ou par cette camionnette blanche entrevue sur le parking voisin ? Ou encore par le flot ininterrompu de voitures sur cette route de Californie ?.L'enquête piétine. La police est sur le point de classer l'affaire. Jake, le papa, se décourage tout en s'éloignant de sa fiancée qu'il en silence. Abby prend alors les choses en main. Armée des larmes du désespoir Et de l'énergie née de sa culpabilité, fouillant tous les recoins de sa mémoire à la recherche d'un détail crucial, elle nous emmène à des kilomètres de là vers une découverte stupéfiante. Roman psychologique à suspense, admirablement porté par une écriture visuelle et minutieuse, L'Année brouillard rivalise de talent et de lucidité dans l'exploration impitoyable de la disparition d'une enfant.
A propos de l'auteur: Née à Mobile dans l'Alabama, Michelle Richmond est l'auteur de trois romans et d'un recueil de nouvelles.Elle vit aujourd'hui en famille à San Francisco.

L'année brouillard, porte bien son titre, autant que pour le décor dans lequel se place l'intrigue que pour l'histoire qui mêle intimement la psychologie au suspense. Abby est heureuse ce matin là. Elle se promène sur une plage embrumée de San Francisco avec Emma, la fille de son fiancé. Elle est photographe et la fillette arrive à lui échapper du regard. Tout bascule. Dans ce brouillard sans fin, Abby panique et perd Emma. Noyade ou kidnapping, la police mène l'enquête sous les yeux d'un père anéanti qui dans son silence accuse Abby de sa négligeance. Pourtant Abby, rongée par la culpabilité, trouve la force de ne pas oublier pour retrouver Emma...

L'année brouillard raconte cette longue recherche après la disparition mystérieuse d'un enfant. Ce livre nous ramène en pleine figure ce que l'on côtoie tous les jours: l'enlèvement d'enfants, l'inquiétude des parents, des messages d'alertes. Hélas, ceci est classé dans la catégorie faits divers alors que c'est une véritable tragédie pour ceux qui la vivent. L'auteur dit des choses étonnamment vraies sur le fait que cela n'arrive qu'aux autres mais que c'est faux! qu'après des recherches infructueuses on abandonne. Des rangées où sont alignées des photos d'enfants qui pour la plupart ne sont pas retrouvés ou pire retrouvés morts. C'est une terrible histoire, mais c'est le reflet d'une réalité certaine, présente au coin de la rue, au bas de l'immeuble. En cela le roman offre un premier intérêt: le déroulement des recherches, comment cela se passe. Mais à mon sens, ce qui est le plus saisissant dans ce livre tient à deux points:
-l'extrême rigueur à détailler les sentiments, avec une sensibilité attachante. La culpabilité, l'amour d'une belle-mère, le désespoir, la colère, la peur; toutes ces émotions sont fortes et dépeintes avec sobriété, calme et efficacité. La longue recherche, les jours que l'on compte sans fin, cet épuisement physique et moral sont l'apanage du roman. Pourtant on ne rentre pas dans un pathos démesuré, ni dans un éloge larmoyant. La grande qualité de l'auteur réside dans cet autre point:
-ce qui donne son titre au roman. Le brouillard, la chose contre laquelle Abby se bat. Une métaphore pour signaler le flou dans lequel tout s'enchaîne alors que l'on voudrait que tout soit clair et limpide. Retrouver des éléments de l'accident, des détails qui lui auraient échappés...pour cela Abby est prête à tout: lectures sur le développement de la mémoire, hypnose, acharnement psychologique à chercher des souvenirs évocateurs. Et là on rentre dans un roman époustouflant. Quel travail pour Michelle Richmond qui passe en revue tous les recoins de la mémoire humaine...De ses souvenirs qui s'imbriquent et qui se mélangent, Abby nous entraîne dans un monde cognitif à la limite du scientifique tellement tout est détaillé. Parce que chaque détail est important, parce qu'un détail crucial peut être retrouvé plusieurs jours après les faits. C'est stupéfiant et L'année brouillard a le mérite de nous plonger dans cette quête contre l'oubli et le déni. Abby est un personnage fort et courageux. Nous sommes de tout coeur avec elle lorsque tout le monde abandonne. Elle fait confiance à son instinct...

Le récit prend une dimension affective renversante et le lecteur ne peut être que touché par l'acharnement, la persévérance, le combat ultime d'une mère qui n'en ai pas vraiment une mais qui poussée par un amour sincère; se livre à une introspection douloureuse. Un enfant n'en vaut-il pas le coup ? malgré la douleur, l'attente, l'angoisse d'un silence pesant. L'année brouillard fait l'apologie du souvenir, de la réminiscence du passé pour mieux comprendre le présent et permettre d' avancer : et c'est là tout le message d'espoir que porte en lui ce roman d'une profondeur captivante.


Je remercie Guillaume et Babelio pour l'envoi de ce livre, reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci encore!

D'autres avis??? Clarabel, Kathel, Cathulu, Cunéipage.


5/5 champignons

lundi 22 juin 2009

Le liseur

Bernhard Schlink

Editions Gallimard
Collection Folio
Traduit de l'Allemand par Bernard Lortholary
242 pages

Quatrième de couverture: A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant.Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité.Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit: " Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ? "


Le liseur est une histoire d'amour à la fois triste et victime de circonstances historiques qui la place dans une catégorie à part. Histoire d'un amour énigmatique, entre deux personnes qui se sont rencontrées par hasard. Michaël, âgé de 15 ans a toute sa vie et sa jeunesse devant lui; il va tomber amoureux de Hanna qui en a 35 et dont le présent reste caché et mystérieux. Leur relation est étrange, faite d'une pudeur spirituelle mais empreinte d'un rapport charnel, d'un besoin du goût de l'autre. Une intimité se crée, entre lecture à voix haute et rapport corporel. L'un ne va pas sans l'autre. Michaël s'interroge et il se consume dans cet amour à sens unique pourrait-on dire. Il est heureux et vit cet amour de toute ses forces. Etrangement, ce n'est pas passionné, ce n'est pas fougueux, c'est comme des mots qu'on lit: calmes, discrets, solitaires mais qui pénètrent l'âme. Brusquement, Hanna part et Michaël ne la reverra que lors d'un procès où plusieurs femmes sont accusées de meurtres volontaires en qualité de surveillantes SS. Michaël, étudiant en droit assiste à ce procès et reconnaît Hanna, la principale accusée. Il comprend cette histoire d'amour qui la tant dépossédé de lui-même, privé de l'insouciance de la jeunesse et d'une certaine manière de son innocence. Il retrace son histoire et celle d'Hanna à la lueur de ses actes: son silence sur ce qu'elle faisait, cette distance dès qu'il essayait de la connaître mieux et comprend pourquoi elle aimait tant qu'il lui lise des livres...
Le liseur est l'histoire troublante néanmoins tendre et émouvante d'un adolescent qui découvre l'amour, ce qu'il peut y avoir de plus douloureux dans la vie, qui s'en sépare pour mieux devenir homme.

Je suis agréablement surprise par Le liseur, le tout premier roman que je lis de Bernhard Schlink. Attirée surtout par l'adaptation cinématographique, j'ai voulu goûter le livre avant de voir les images. Et Le liseur est un roman qui m'a touchée. L'écriture d'une très grande qualité est fine et coule de source. D'un amour qui pourrait être choquant, incestueux, l'auteur le dépeint comme un acte naturel, tendre, d'une douceur et d'une délicatesse qui frôle une sensualité à demi-voilée. La découverte des sens, du toucher, et la naissance de sentiments saisissants font de Michaël un personnage extraordinaire auquel on s'attache dès les premières pages. Son destin est tout écrit à l'ancre des mots qu'il lit, à la lueur de son dévouement pour Hanna. C'est très beau, c'est à la fois simple et triste. Quand Hanna part, on pressent qu'il la reverra et que, de toute manière il ne l'oubliera jamais. Elle reste là, en lui. Puis vient le procès et les questions qu'il pose: la culpabilité, mais tout n'est pas blanc ou noir. J'ai ressenti de la pitié et même de la sympathie pour Hanna. Tout s'éclaire pour Michaël alors que ses sentiments sont contradictoires. Son esprit retrace le passé à la lumière d'une Hanna qu'il n'a pas connue. Hanna l'accusée fait face à Hanna l'aimée. Et pourtant ces deux facettes sont celles d'une unique personne. Le liseur est un roman qui pose des questions essentielles, philosophiques et existentielles, qui font écho à ce que chacun d'entre nous peut ressentir ou pose cette question importante : comment réagirait-on à la place de Michaël. Qu'aurait-dû t-il faire? Le liseur est donc un superbe roman, d'une profondeur psychologique exacerbée et d'une écriture si sereine et sobre qui contraste avec le poids d'une histoire d'amour qui me semble dramatique. Un personnage qui souffre, un repenti bouleversant... un amour qui laisse des séquelles. Un roman de grande envergure.

Les avis de Stephie, Pimprenelle, Karine, Lilly, Brize, Sybilline, Ys, Keisha et Levraoueg...
5/5 champignons

jeudi 18 juin 2009

Mortis Junior Tome 2

Tome 2 L'été meurtrier

Ted Naifeh
Gary Whitta

Editions Les Humanoïdes Associés
167 pages
Paru en Novembre 2008
Genre Comics USA Fantastique-Etrange

Mortis Junior Tome 1 La rentrée qui tue ICI


Alors que dans le tome 1 Mortis Junior faisait sa première rentrée d'école, et voulait se montrer digne de son père: la Mort en personne; dans ce second tome Mortis est en vacances. Son groupe d'amis dont Pandore, sa meilleure amie partent en colonie pour cet été mais Mortis veut suivre la voie de son père et va donc aller travailler!!! dans l'entreprise de son père qui n'est autre que Terminal Industries. Une entreprise qui gère la mort, les âmes en perdition, celles qui vont au purgatoire et celles qui sont envoyées dans l'au-delà. Mortis Junior est tout excité de vouloir faire ses preuves mais papa refuse de lui attribuer des faveurs en tant que fils du patron!! Mortis Junior est donc logé à la même enseigne que tous les autres employés dont le terne et sinistre Monsieur Cracy!! Monsieur Cracy est un employé de bureau, il gère tous les dossiers en attente, un excellent secrétaire et cela n'a rien d'étonnant quand on apprend qu'il faisait partie des Cinq chevaliers de l'Apocalypse. Il était Bureaucratie. Comprenez administration et organisation!!!! Mortis est donc confiné dans un minuscule bureau, lui qui pensait prendre la faux!!! Le voilà bien déchanté mais ce n'est rien lorsqu'on sait que ses amis sont pris dans un camp militaire!!!! Super les vacances!! Très consciencieux et désirant aider au mieux l'entreprise de son père, Mortis va signer des dossiers que Monsieur Cracy lui a donné. Le lendemain, c'est la pagaille: des âmes se plaignent d'avoir été envoyé au mauvais endroit!!! Le boulot de la Mort laisse à désirer et voilà le papa de Mortis destitué de son poste!!! et qui le remplace?????

Le tome 2 de Mortis Junior m'a bien plu. On retrouve cette ambiance fantastique où finalement l'humour l'emporte sur le macabre. La petite famille Mortis est bien rigolote: la maman qui se plaint d'être toujours aux fourneaux, le petit qui fait des bêtises et le père qui a perdu sa place et se trouve démuni à regarder la télé. Famille typique américaine??? Ce tome 2 renverse un peu les rapports sociaux et le personnage de la mère prend de l'envergure alors que le chef de famille s'efface. On fait appel aussi aux vieilles histoires comme celle des chevaliers de l'Apocalypse: famine, guerre, pestilence, mort et bureaucratie!!!! Est-ce là une critique sous jacente de l'administration en général!! de la hiérarchie suprême! En tout cas c'est assez drôle et plein de vie. Côté intrigue je l'ai préféré au tome 1 mais dans les deux tomes, on s'y retrouve. Il y a un très bon enchaînement, une bonne continuité qui ne dépayse pas le lecteur qui suit cette série pour le moins originale. Un bon moment de divertissement.

mercredi 17 juin 2009

La Confusion des sentiments

Stefan Zweig

Le livre de poche
Traduit de l'Allemand par Olivier Bournac/ Alzir Hella
126 pages

Résumé: Au soir de sa vie, un vieux professeur se souvient de l'aventure qui, plus que les honneurs et la réussite de sa carrière, a marqué sa vie. A dix-neuf ans, il a été fasciné par la personnalité d'un de ses professeurs ; l'admiration et la recherche inconsciente d'un Père font alors naître en lui un sentiment mêlé d'idolâtrie, de soumission et d'un amour presque morbide. Freud a salué la finesse et la vérité avec laquelle l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs restituait le trouble d'une passion et le malaise qu'elle engendre chez celui qui en est l'objet. Paru en 1927, ce récit bref et profond connut un succès fulgurant, en raison de la nouveauté audacieuse du sujet. Il demeure assurément l'un des chefs-d'oeuvre du grand écrivain autrichien.

De Stefan Zweig, je n'avais lu que Le Joueur d'échecs en Terminale Littéraire, j'en garde un bon souvenir. Pour La Confusion des sentiments, la lecture me fut tout aussi agréable. D'une écriture fine et raffinée, portée par des mots symboliques, par des tournures subtiles et sublimées, ce court roman évoque un rapport humain passionnant. Une grande prouesse dans la manifestation de sentiments contradictoires, équivoques et difficiles à éprouver. J'ai trouvé cette confusion des sentiments très authentique, précoce pour une époque faite de retenues, mais en aucun cas je n'ai trouvé le texte sulfureux. Certes le thème est tabou, empreint de suspicion et de préjugés face à une relation que l'on juge malsaine voire perverse. Au contraire, avec une délicatesse et une intelligence confirmées, Stefan Zweig dépeint une relation particulière, où le respect et l'admiration se font écho dans un constant échange d'idées. Le maître et son étudiant, tous deux dépendants d'une certaine manière l'un de l'autre. Un professeur terne mais dont le discours est passionné, et un étudiant jeune et motivé qui a soif d'apprendre, soif de connaître. Une profonde amitié naît, mais c'est surtout l'idôlatrie du jeune étudiant qui nous surprend. Un jeu d'attirances, de mépris, de passion puis de colère qui se mêle joyeusement en un tourment certain. Plusieurs fois le lecteur se prend à avoir peur pour l'élève, peur de sa naïvité, de son trop grand enthousiasme, de cette envie qui le pousse sans cesse vers le professeur qui l'attire comme un être énigmatique. Il sent le danger d'un tel dévouement, il ressent le malaise quand le professeur s'éloigne et le rejette. Mais il continue à être là, fidèle. La Confusion des sentiments c'est aussi cet aspect là de la fidélité malgré le mal, le rejet, l'ironie, la moquerie. La fidélité, le respect envers quelque chose qui nous blesse. Stefan Zweig explore donc les profondeurs de l'âme quand celle-ci est prise dans une passion troublante. J'ai aimé cet étudiant plein de fougue, de doutes, d'interrogations et j'ai aussi aimé le professeur dont la fin nous révèle toute l'ampleur du drame, toute l'ampleur de son courage et de sa maîtrise. Un roman fort, vrai qui interpelle en chacun de nous cette confusion, car qui n'a jamais douter de l'Autre, qu'il soit homme ou femme. La Confusion des sentiments est un roman des amours universelles, où l'esthétique littéraire n'a d'égale que sa dimension spirituelle et affective. Assurément, un très beau roman.


Je ne dois pas être la seule à l'avoir lu parmi la blogosphère et pour une fois je vous envoie chez Bob pour voir les divers billets...


5/5 champignons

lundi 15 juin 2009

A l'heure où dorment les fauves

Jean-Baptiste Bester

Editions Presses de la Cité
424 pages
Paru en Mai 2009

Quatrième de couverture: En Afrique du Sud, en 1880, une fabuleuse course à la poursuite d'un diamant très convoité.A Kimberley, près du Big Hole, la mine la plus profonde que l'homme ait jamais creusée, un vieux mineur noir découvre un diamant d'exception qui portera son nom : le Kalawi. Aussitôt, le magnat britannique Alun Forbes et son rival boer, Pieter Van Nuys, en revendiquent la propriété. Une décision de justice donne raison à l'Anglais. Quelques jours plus tard, le Kalawi disparaît. Paul Adams, jeune courtier à la Lloyd's, est alors envoyé en Afrique du Sud pour indemniser le magnat.Mais il doit au préalable mener une enquête. Il découvre avec stupeur que l'auteur du vol n'est autre que Patsy, la propre fille de Forbes, dont il s'est épris. Sur fond de guerre anglo-boer, Patsy et Paul commencent alors une cavale effrénée qui les mènera aux confins du Transvaal et en pays zoulou. Guidés par Kalawi, le mineur qui les a aidés à fuir, ils découvrent les fascinantes coutumes tribales d'un pays en pleine mutation.Une évasion splendide qui mêle le meilleur du genre : rebondissements, immersion totale dans un pays et sa culture, sous la plume romanesque d'un jeune auteur très prometteur.
A propos de l'auteur: Jean-Baptiste Bester a d'abord été assistant réalisateur sur des longs métrages, pour de prestigieux metteurs en scène tels que Samuel Fuller.Il est l'auteur de Bois d'ébène, publié aux Presses de la Cité.

Entre roman d'aventures et saga africaine, A l'heure où dorment les fauves aurait pu être un excellent roman si hélas, il n'avait pas exploité toutes les ficelles d'un scénario digne des téléfilms de M6! Lorsque BOB m'a proposé ce roman, je ne savais que très peu de choses hormis le résumé fort aguicheur. Tout me plaisait. Le contexte: Fin du XIXe siècle en Afrique du Sud, un conflit entre les Anglais et les Boers pour le pouvoir et la suprématie d'un territoire encore sauvage, la découverte d'un diamant puis sa disparition, une histoire d'amour un peu simplette, et les cultures tribales. Un résumé bien tentant entre évasion et aventure romanesque. Pour le coup de l'aventure il y en a, cela ne fait aucun doute! Complots, assassinats, trahisons, argent, pouvoir, amour et luxe. Le tout y est. Le résumé ne ment pas sur la marchandise si je puis me permettre! Pourtant tant de clichés, tant de déjà vu!!! Entre le mineur noir Kalawi servant de guide, entre le chef zoulou et sa magnificience tant respectée, entre le courtier Paul, chargé de l'enquête au service du magnat Alan Forbes, qui tombe amoureux de sa fille!! Entre la bataille pour le diamant opposant deux grands hommes: Alan Forbes et Pieter Van Nuys. Rebondissements et action certes, mais je me suis totalement ennuyée! A la limite je préfèrerais regarder le dit "téléfilm" en question, ce qui serait plus captivant. Une intrigue tellement prévisible, où l'imagination est desservie par des clichés historiques. Assurément un livre qui aurait pu être captivant mais dont la palabre ne m'a guère inspirée. C'est dommage! Fort dommage...Je dois reconnaître pourtant une bonne écriture, sans longueurs, sans lourdeurs, plutôt fluide qui rend le roman facile à lire et dont les nombreuses descriptions de paysages sont du reste très plaisantes et qui ont le mérite de nous donner envie de voyager dans ce pays aux couleurs resplendissantes.

Je remercie Bob pour l'envoi de ce livre et le conseillerais néanmoins à tous ceux qui rêvent d'Afrique exotique et sauvage.


Le billet de Keltia qui est du même avis que moi.

mercredi 10 juin 2009

GROS, GrOs, Gros coup de coeur 2009



Le temps des roulottes
Textes de Jeanne Bayol
Photographies de Bruno Suet

Editions Aubanel
Paru en Mai 2005
141 pages
Relié

Quatrième de couverture: Après Les roulottes, une invitation au voyage, Jeanne Bayol nous entraîne une fois encore dans le sillage de ces maisons sur roues, hommage coloré et poétique à un monde différent.Au fil du temps et de leur passion, Jeanne et Jean-Marie, son compagnon, sont devenus les spécialistes incontournables de cet habitat, symbole de liberté et de douceur de vivre. Qu'ils les conçoivent, les fabriquent ou les restaurent, elles portent leur signature : véritable hymne à la couleur et à la joie. A travers ce nouvel ouvrage, Jeanne égraine ses perles préférées, roulottes manouches, gypsies, originaires d'ici et d'ailleurs, roulottes revisitées, rehaussées de leurs plus beaux atours.

Le temps des roulottes est arrivé. Ces maisons mobiles, qui étaient autrefois une véritable tradition pour les Tsiganes, les gitans et autres peuples nomades sont remises au goût du jour par une styliste fort talentueuse, qui mérite qu'on s'attarde longuement à son travail. Témoin en son temps d'un art de vivre, où la bonne aventure et la guitare valsaient dans les coeurs des hommes, la roulotte est aujourd'hui moins populaire, presque entièrement révolue. Heureusement, une passionnée, Jeanne Bayol a su redonné vie à cet habitat en sillonnant la France et l'Europe à la recherche d'un vestige passé. Et pourtant, je crois que la roulotte réinventée ainsi est devenue source de joie de vivre. Placée au milieu d'un jardin, elle prend vie même si celle-ci n'est plus destinée à rouler: pièce à vivre, pièce à s'évader, pièce à rêver, pièce à se reposer... Jeanne Bayol réenchante cet espace et en fait un coin de paradis où les couleurs côtoient les effigies religieuses, les tissus, les matières, ornées de bougies, de chandeliers, de coussins moelleux. La roulotte s'est modernisée en quelque sorte et voilà qu'elle pourrait facilement détrôner la caravane!!! C'est une féérie.
Les roulottes retapées et décorées par Jeanne Bayol sont un hymne au voyage. Roulottes printanières, estivales, automnales et hivernales, toutes les saisons accueillent ce lieu où le bonheur et l'harmonie sont complémentaires. Le temps des roulottes a donc le mérite de nous faire découvrir un monde original, ancestral, et étonnamment riche en détails, en objets fétiches, chinés dans des brocantes. C'est ici un travail exemplaire, remarquable et minutieux auquel se joint une identité particulière, tour à tour pétillante et chaleureuse qui donne envie de visiter ces roulottes. Car avant ce livre, avant sa lecture je ne me serais pas doutée de leur existence. En effet la roulotte symbolise tout le contraire de notre société de consommation. Elle est source de liberté, de voyage au bout du monde, sur les routes, à la rencontre des cultures et des peuples. Libérée de toutes contraintes matérielles, la roulotte est l'art de vivre à la bohème, dans la paix et la tolérance des différences.
Ce que j'apprécie beaucoup est donc cette interculturalité, où les dieux hindous sont placés à côté des statues de la Vierge Marie. Sorte de fluidité des époques, mouvance des religions, la roulotte est cette rencontre entre la tradition et la modernité où la notion de carpe diem prend tout son sens. Les photos du livre, nous laissent sans voix. C'est d'une telle beauté, d'un tel effet que l'on ne peut qu'en être bouche bée d'admiration et d'envie, car croyez-moi ou pas, chers lecteurs, mais depuis que je connais cette artiste, je ne désire qu'une chose, m'acheter une maison et accueillir une belle roulotte afin d'en faire mon repère de lectrice compulsive!!!!
Magicienne de la décoration et des couleurs, Jeanne Bayol réinvente tout un monde, tout un art créateur d'instants rares entre tradition et évasion: soirée romantique, apéritif entre amis, salon de thé, communion avec la nature et le silence... Je pense que n'importe quel lecteur sera sensible au charme de ces petites roulottes insolites, expression d'une imagination prospère et d'un respect infini pour des cultures qui jadis en ont fait une apologie du nomadisme. Le temps des roulottes, pour ma part ne se décrit qu'avec des superlatifs, texte et photos s'harmonisent dans l'excellence. Un livre d'une très grande qualité. A noter une mise une page exceptionnelle, soignée, où le texte explicatif est accompagné de très belles citations, vous y trouverez également une médaille porte-bonheur et un carnet de voyage en roulotte!!!!

Pour en savoir plus et admirer encore l'univers grandiose de Jeanne Bayol: le site des roulottes www.les-verdines.com et je vous invite également à visiter le site de l'auteur ici


Photos extraites du site Internet Les verdines, Droits Réservés Jeanne Bayol, Bruno Suet et les éditions Aubanel 2009.

mardi 9 juin 2009

Matilda

Roald Dahl


Gallimard Jeunesse
Collection Folio Junior
Traduit de l'anglais par Henri Robillot
Illustrations de Quentin Blake
253 pages

Lectures à partir de 9 ans

Résumé: A l'âge de cinq ans, Matilda sait lire et a dévoré tous les classiques de la littérature.Pourtant, son existence est loin d'être facile, entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d'une franche malhonnêteté. Sans oublier Mlle Legourdin, la directrice de l'école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Sous la plume acerbe et tendre de Roald Dahl, les événements se précipitent, étranges, terribles, hilarants. Une vision décapante du monde des adultes !


Matilda n'est pas une enfant comme les autres. Vive d'esprit, curieuse du monde qui l'entoure, soif d'apprendre, elle se tourne vers les livres. Mais ses parents ne s'occupent pas de son éducation et c'est en autodidacte que Matilda va apprendre à lire, à compter. Elle adore lire les classiques de la littérature et son auteur préféré est Dickens. Matilda a cinq ans et demi lorsqu'elle rentre à l'école du village. La terrible directrice Mlle Legourdin est méchante et déteste les enfants. Mais Matilda va trouver le réconfort en la personne de sa maîtresse Mlle Candy...
Roald Dahl propose une vision des adultes amère et ironique. Tout d'abord les parents de Matilda sont des êtres inintelligents, qui passent leur temps devant la télévision et qui n'éprouvent aucune tendresse pour leur fille. Matilda pourrait apparaître comme une enfant malheureuse mais les livres lui apporte tout ce dont elle a besoin. Je trouve que la perception de Roald Dahl sur la littérature de jeunesse est juste et essentielle: les livres sont faits pour divertir, pour instruire. Ici on peut dire que la lecture permet à Matilda de s'épanouir et c'est là je pense la valeur ultime de toute littérature destinée aux jeunes. Mlle Legourdin est aussi un être infâme, en complète opposition avec le métier d'enseignant. Roald Dahl dresse des portraits caricaturaux pour mieux cerner les défauts des adultes et le résultat est drôle, pimpant de péripéties et de mésaventures. La seule adulte pour laquelle on a de l'affection est Mlle Candy dont les valeurs et l'affection qu'elle inspire donne une jolie part d'attachement à l'histoire. Matilda est une héroïne instruite, dévoreuse de livres, justicière, elle sera la compagne idéale des lecteurs. Entre bêtises et vengeance, Matilda développe des capacités inouïes afin de démontrer à tous le potentiel qu'elle a. Héroïne futée ou enfant précoce, Matilda pourrait facilement être l'amie rêvée de tous les enfants!!!

Une belle lecture jeunesse qui s'inscrit comme un classique, à la fois drôle et fantastique, avec cette touche d'originalité aussi bien dans les personnages inventés que dans la différenciation entre le monde de l'enfance et celui de l'âge adulte, entre l'éducation et le divertissement.



4/5 champignons

lundi 8 juin 2009

Les âmes vagabondes

Stephenie Meyer


Editions JC Lattès
Traduit de l'anglais par Dominique Defert
617 pages
Genre Science Fiction

La Terre est envahie.L'humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Mélanie Stryder vient d'être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l'être qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, il y a un homme qu'elle ne peut pas oublier. L'amour pourra-t-il la sauver ?



Bonjour. Je m'appelle Vagabonde. Je suis une âme récemment transplantée dans le corps d'une jeune femme nommée Mélanie Stryder. Capturée, par les Traqueurs, cette humaine considérée comme une sauvage et rebelle, fait partie des derniers bastions d'humains qui après l'invasion de la Terre, se cachent afin de ne pas être pris dans les filets des Traqueurs. Les Aliens ont pris le contrôle de la Terre, les âmes comme moi vivent dans l'harmonie et la non violence. Nous menons une vie paisible. On ne sait pas mentir. Ma traqueuse me harcèle depuis que le Soigneur m'a transplantée dans le corps de Mélanie. Ils ont peur qu'elle ne dirige mon esprit, cela aurait des conséquences désastreuses et j'en mourrais. Je lutte contre les souvenirs de Mélanie afin d'apporter des éléments d'informations sur sa vie et ceux qui l'accompagnaient. Mais je n'aime pas ma Traqueuse. Mélanie est forte, vigoureuse, vivace et ses pensées me tenaillent. Je suis en proie à de violentes émotions. Je me sens si faible, j'ai honte de la laisser faire. Les âmes effacent l'esprit de leurs hôtes afin qu'il ne reste plus rien de leur ancienne vie. J'ai vécu neuf vies. Mais celle-ci est différente de toutes celles que j'ai vécu auparavant. Alors que je suis en route pour Tucson, pour prendre la décision de tuer Mélanie, de l'effacer définitivement; elle refait surface et me persuade de retrouver Jared et Jamie. Jamie, son frère et Jared l'homme qu'elle aime passionnément... Jamie et Jared, deux êtres humains comme elle. Jared, cet amour qu'elle lui porte et qui me transperce de part en part, à force de ressentir les vibrantes émotions de Mélanie. Moi, Vagabonde, je pars à la recherche d'humains alors que je ne suis qu'une âme...



Après Twilight, Stephenie Meyer sort du fantastique pour changer de registre et s'attaquer brillamment à la science-fiction. Alors que la saga vampirique s'inscrivait clairement en littérature de jeunesse, catégorie romans ados, Les Ames vagabondes est davantage considéré pour les adultes. Cependant le style peut parfaitement convenir aux ados. La science-fiction bat son plein au coeur d'une intrigue qui mêle invasion de la planète Terre et lutte entre humains et aliens. Des âmes, longs filaments argentés sont transplantées dans le corps des humains allant jusqu'à effacer la mémoire de leurs hôtes et s'approprier l'harmonie d'une vie sans violences. Mélanie Stryder a été capturée mais elle ne compte pas se laisser faire. Elle se bat et lutte avec acharnement afin de montrer l'injustice de tels actes. Vagabonde ne peut que la suivre tant elle est submergée par le flot des émotions: contradictoires, perplexes, violentes et troublantes. Vagabonde part à la recherche des personnes qu'elle aime. Chut! Je n'en dis pas plus. Il faut vraiment découvrir cette histoire bondée de rebondissements, de péripéties et d'émotions.

C'est l'histoire étonnante et captivante d'une âme qui apprend à devenir humaine et qui se bat pour la paix des espèces.
C'est le conflit perpétuel de l'âme et du corps, deux entités bien différentes qui s'unissent pour former un individu unique. Les âmes vagabondes est aussi un roman qui pose les traits captivants de questions philosophiques et existentielles, et qui par là-même ancre son récit dans une profondeur spirituelle à l'échelle de l'immortalité dans Twilight.

On le sait, le talent de Stephenie Meyer ne réside pas dans son écriture, simple et fluide, qui laisse couler l'intrigue et la rend envoûtante. L'écriture n'est pas sensationnelle, ce n'est pas de la grande littérature même si dans ce roman, le style est plus soutenu, plus raffiné et le langage assez recherché. Par contre on retrouve pour notre plus grand plaisir, la maîtrise déjà affirmée de conter les histoires, de créer des personnages fouillés, à la psychologie étoffée, des personnages intéressants qui portent en eux des émotions intenses.
Stephenie Meyer affiche ici une nouvelle preuve de son talent, multipliant les interactions à l'infini et rendant l'intrigue dense et puissante. Encore une fois, le lecteur est happé par le roman et avide de connaître l'issue. La parole et les pensées sont multiples. A l'intérieur d'un corps, deux êtres distincts par leur race, leur vécu et leurs pensées mais incarnant un seul et même amour, ayant dans la peau le seul et même homme. Ce Jared, un homme de feu, impressionnant, fascinant. Tiens! Cela ne vous rappelle pas quelque chose! Edward, Jared. Vous l'aurez compris, Stephenie Meyer tient son lecteur en haleine par la fascination de l'amour. Un trio inconcevable Mélanie, Jared et Vagabonde, à la hauteur de Bella, Edward et Jacob. Qui dit amour, ici un trio impossible et violent, dit aussi sensualité, si bien rendue par Jared, ses regards, et les émotions naissantes de Vagabonde. Les âmes vagabondes est un roman à succès, qui contient toutes les ficelles d'une intrigue bien menée, oubliant la science-fiction pour s'attacher aux rapports humains: la protection, le vivre-ensemble, la solidarité, l'amitié, l'amour, le sacrifice, la peine, la pitié, la haine, la révolte, la souffrance, le doute, la peur, la survie.
Tout y est éclatant de fougue et d'authenticité, porteur d'espoir et de liberté.
Une fresque qui illustre les ambiguëtés des relations, qui dessine une humanité omniprésente, appuyée par un kaléidoscope de sensations intenses.
Les âmes vagabondes est un univers à lui tout seul, mené tambour battant par une auteure qui signe encore une fois un genre romanesque éclatant de verve. Quant à choisir entre Jared et Ian, ce qui semble être une question que toutes les bloggeuses se posent, je suis définitivement séduite par Ian!

5/5 champignons


Alwenn nous signale que "C’est du pur Meyer, troublant et envoûtant." Je suis entièrement d'accord avec Clarabel qui a été envoûté "Stephenie Meyer mérite de prendre du galon, parce que ce roman est remarquable. L'intrigue est singulièrement excitante, totalement imprévisible et captivante, l'action dense, palpitante et dramatique, du genre à vous couper le sifflet." Stephie pense que "Il y a une réflexion très bien menée sur l'espèce humaine et les dérives notre espèce", Cunéipage a beaucoup aimé "Oui, bien plus que l'histoire d'amour qui paradoxalement m'est apparue comme secondaire, ce roman est de la très bonne science-fiction, de celles qui remettent en perspective notre société sans recourir au manichéisme primaire, nous les bons eux les vilains méchants."

Mes imaginaires a un avis un peu partagé "Je ne vois donc vraiment pas pourquoi on étiquette ça « roman pour adultes », vraiment pas. Écrire des romans pour adolescents n'est pas indigne, surtout quand ils sont aussi bons que la série des Fascination" nous dit-elle. Pour Pisi's Book, ce roman dépeint l'amour dans son universalité "Les relations entre les personnages sont parmi les plus compliquées qu'il m'ait été donné de lire, et pourtant, ce sont aussi les plus vraies, les plus entières, les plus fortes." , Pimprenelle a eu du mal à rentrer dedans "Mais une fois les bases posées, quel bonheur! ". Quant à Ori cela a été "un gros, un très gros coup de coeur" . Francesca reste dévouée à Twilight "Deux mots en conclusion : Bravo Stephenie ! J'ai beaucoup aimé ce livre mais mon obsession restera toujours la saga Twilight".

samedi 6 juin 2009

Histoires comme ça

Joseph Rudyard Kipling
Illustrations de Justine Brax

Adaptateur Emmanuelle Pingault
Editions Milan Jeunesse
Collection Albums Classiques
Album Jeunesse à partir de 5 ans
Paru en Avril 2009

Thèmes: Jungle, Animaux, Classique, Conte

Comment l'éléphant a eu sa trompe, comment le chameau a eu sa bosse, comment le léopard a eu des tâches. A la fois drôles et poétiques, voici des Histoires comme ça, suivis d'autres textes inoubliables de Joseph Rudyard Kipling.


Redécouvrir ou découvrir pour la première fois des classiques littéraires en les mettant en scène dans un album aux milles couleurs, voilà l'objectif de cet album Histoires comme ça, écrites par Joseph Rudyard Kipling, l'écrivain du Livre de la Jungle, inventeur de Mowgli, l'enfant sauvage vivant parmi les animaux, héros d'un autre temps.
Revisitées par le talent de Justine Brax, ces histoires prennent un goût savoureux, où l'exotisme côtoie l'humour et la poésie. Le texte est à la fois drôle, enchanteur, emportant son lecteur dans des "curieusités" insolites: Comment l'Enfant Eléphant a-t-il reçu sa trompe? Pourquoi le chameau a une bosse? Et bien d'autres encore, car ces Histoires comme ça sont d'une fraîcheur épanouissante où la réalité est expliquée par un esprit étonnant. Enrichi par une histoire courte de Mowgli, l'album est franchement réussi. Encore plus que le plaisir du texte, l'admiration des illustrations n'est pas à prendre à la légère. La couverture laisse présager des moments de contemplation. Les dessins sont affirmés, entre tendresse et respectant l'univers sauvage de la jungle, de l'Afrique mythique. Le rendu est superbe notamment grâce à une palette de couleurs explosives, riche en vivacité et en énergie: des couleurs comme le bleu, les dégradés de vert, des jeux de sombres ou de clairs avec du marron et de l'oranger! A noter aussi le plaisir du toucher: les pages sont épaisses et sous les doigts le lecteur prend plaisir à ressentir le grain légèrement granuleux. Les illustrations sont dynamiques et rendent le texte attrayant. Les personnages ici sont les animaux, tour à tour expressifs, attachants et captivants, comme cet Enfant Eléphant si adorable. Un album riche, qui trouvera une place de choix dans une bibliothèque jeunesse et qui, encore mieux, valorise et embellit les classiques en leur apportant un intérêt exemplaire et où la création et l'inventivité d'illustrateurs comme Justine Brax valent autant que la pérennité des oeuvres littéraires.


L'avis d' Emmyne ici , à qui j'emprunte les illustrations




5/5 champignons

vendredi 5 juin 2009

On n'arrête pas les comètes

Sigrid Baffert (son site)

Editions Seuil
Collection Karactère(s)
108 pages
Romans Ados à partir de 13 ans

Le choc est terrible pour Aubin. Sa mère vient de se donner la mort. Pourquoi ce geste ? Aubin cherche obstinément à comprendre. La clef ne serait-elle pas entre les mains de celui qu'il appelle " le vieux ", et à qui il n'adresse plus la parole depuis des années ? Aubin soupçonne " le vieux " d'être le gardien d'un lourd secret de famille. Le hasard met sur leur route la mystérieuse Hanna. Cette rencontre décisive permettra au grand-père et au petit-fils de se connaître.La vie reprendra-t-elle son cours à la Lunegarde ?


La collection Karactère(s) des éditions du Seuil est une collection particulière notamment au niveau du choix des textes. Assez court, plutôt poignant et qui témoigne d'une histoire forte où l'émotion est toujours présente. Ici c'est l'histoire d'Aubin, qui vient d'avoir son bac et qui souhaite annoncer la bonne nouvelle à ses parents mais le suicide soudain de sa mère le saisit à la gorge, faisant basculer sa vie dans la douleur de la perte et de l'absence. Entre colère, révolte et souffrance, le parcours d'Aubin jusqu'à l'acceptation sera long. Je suis néanmoins déçue après ce deuxième livre de la collection, sans doute à cause des textes courts qui ne me sont pas appropriés. J'ai du mal à m'attacher aux personnages, du mal à ressentir les émotions au delà des lignes. Je prends le texte comme il vient avec parfois et c'est déjà beaucoup un début de larmes aux yeux mais une fois refermé le livre, je ne suis pas marquée. Néanmoins Aube rouge sur l'océan tout comme On n'arrête pas les comètes, restent des lectures agréables, destinées à des adolescents plus qu'aux adultes et je les recommande vivement.

mercredi 3 juin 2009

A la recherche du bonheur

Eric Puybaret (Illustrations)
Juliette Saumande (Texte)

Editions Auzou
Paru en Juin 2009
Album Jeunesse dès 5 ans

Thèmes: Voyage, conte, bonheur.


Résumé: Au pays de Prudence, aucun habitant n’est malheureux, car personne n’ose rien faire… Manoug, lui, s’ennuie terriblement. Guidé par Cocagne, un oiseau lyre au mille couleurs, il décide alors de partir à la recherche du Pays du bonheur. Mais existe-t-il vraiment ? N’y a-t-il qu’un seul chemin pour trouver le bonheur ? Ce voyage initiatique est une belle randonnée, où le petit garçon découvrira que la vie est faite de plein de petits bonheurs, le plus grand étant de pouvoir les partager.


Manoug vit avec son Grand Papa, dans un endroit où tous les gens sont heureux parce que précisément ils ne font rien pour troubler leur sérénité. Ils ne se racontent pas d'histoires, ne sortent pas dans le froid, tout est parfaitement au mieux dans le meilleur des mondes. Sauf pour Manoug, qui lui n'est pas heureux. Il voudrait voyager. Il voudrait pouvoir faire plein de choses car à force de ne pas prendre de risques, on s'ennuie dans la vie! Cocagne, un oiseau lyre lui propose de découvrir le pays du Bonheur et de le suivre pour ce grand voyage! Manoug part mais il est vite retenu par une vague géante. Ayant perdu Cocagne, il continue néanmoins sa quête à la recherche du bonheur. Il découvre de nombreux pays, des endroits tous plus merveilleux les uns que les autres, mais à chaque fois, Cocagne le rejoint et lui dit que le pays du Bonheur n'est peut-être pas là. Manoug n'oublie pas pour autant son Grand Papa, il lui envoie souvent de jolies lettres que son Grand Papa lit avec admiration et curiosité. Jusqu'au moment où Manoug comprend ce qu'est le Bonheur et où il se trouve...

Un magnifique album autant pour le texte infiniment poétique et simple, que pour les dessins d'Eric Puybaret qui respirent la délicatesse et la finesse. Les illustrations sont jolies, lisses, et les couleurs éclatantes. Cet album est doux, fraîs et la tendresse qui s'en échappe rend les personnages attachants, surtout notre petit héros Manoug, si vif et pourtant si naïf qui n'est pas sans rappeler le Candide de Voltaire. Manoug est sa version enfantine, où les rêves et les envies ont des allures de gourmandises et de sucreries, où la curiosité est un vaste terrain d'exploration! A la recherche du bonheur est donc un album qui côtoie le conte philosophique et le voyage initiatique pour montrer aux petits lecteurs la valeur des choses, l'importance de ce qu'on a... car le bonheur est là partout où les gens sont heureux et surtout il est là où sont les personnes qu'on aime! Ce n'est pas une réelle surprise, c'est sûr mais cet album nous le rappelle d'une manière si jolie, si touchante. Rien ne vaut le foyer! Un endroit où l'on se sent bien, le bonheur c'est chez soi! et cette idée, chers lecteurs me réconforte au plus haut point! J'apprécie toujours autant l'univers d'Eric Puybaret et je dois dire que cet album est bien réussi. A lire pour tous les petits curieux qui sont en mal d'aventures...


4/5 champignons

mardi 2 juin 2009

La fille du professeur

Emmanuel Guibert
Joann Sfar


Dupuis
Collection Expresso
Bande dessinée
Genre Humour, Aventure.

Trente siècles les séparent et pourtant... ils s'aiment !

Une Bd atypique! La fille du professeur fréquente une momie. Rien de plus normal quand on sait que son père est archéologue. Ce qui l'est moins, c'est la momie Imhotep IV, qui se balade dans le Londres victorien, sur les bords de la Tamise. Une anglaise de bonne société et une momie d'Egypte! Quel couple farfelu et anachronique!!! Alors imaginez les quiproquos, les imbroglio qui s'ensuivent lorsque les deux tourtereaux décident de fuir les brumes du beau Londres afin de vivre des jours heureux au bord du Nil... Cette Bd est réjouissante, la fantaisie est telle que l'on rit de ces situations peu communes, franchement palpitantes. L'imagination n'est pas dépourvue de comique! Le dessin de Joann Sfar est un ravissement et je trouve qu'il sied à merveille pour cette Bd où l'humour oscille avec l'histoire et se joue des décalages conventionnels. C'est bien inspiré. Les illustrations en clair-obscur et tout en fondu se marient agréablement à ce flou artistique qui émane de ce couple extraordinaire mais pour le moins attachant. Une Bd originale qui m'a beaucoup plu.