jeudi 30 juillet 2009

Les grandes vacances

Ce soir sera le coup d'envoi de mes vacances d'été!!!! Et je pars en Sicile, juste le temps de rentrer et ce sera le départ pour le Mont Saint-Michel. Bien sûr j'emmène quelques livres, hélas je suis encore trop indécise pour vous faire saliver avec le choix des titres!!!

Je vous souhaite à tous et à toutes d'excellentes vacances, profitez de ces moments de repos, pour ma part en famille et avec les personnes que j'aime! Du repos, des lectures, et pleins de beaux souvenirs!!!


A très bientôt et gros bisous


PS: vous l'aurez remarqué, ces derniers jours j'ai publié beaucoup de billets afin de clore le mois de juillet. J'ai dû les publier au fil des jours car je ne possède pas de gestion de publication des billets en mon absence.

Je vous laisse avec quelques belles lectures et les infos sur le Club lectures sont ici.

De la littérature de jeunesse avec un grand classique allemand c'est Momo de Michael Ende et Apolline et le fantôme de l'école de Chris Riddell

Une déception Si loin de vous mais lisez le billet de Leiloona, une lecture que je reprendrais grâce à son conseil

Envie d'un univers unique peuplé de chats ailés ???? c'est

Un coup de coeur avec L'élégance du hérisson

Un chef d'oeuvre de la littérature anglaise: "Oh Heathcliff, don't you know that it's me. It's Catherine"...

Une petite BD ??? Suivez Miss Pas Touche dans le Paris des années 30

Les Hauts de Hurle-Vent

Emily Brontë

Le livre de poche
Collection Les Classiques de Poche
413 pages

Quatrième de couverture: Les Hauts de Hurle-Vent sont des terres balayées par les vents du nord. Une famille y vivait, heureuse, quand un jeune bohémien attira le malheur. Mr. Earnshaw avait adopté et aimé Heathcliff. Mais ses enfants l'ont méprisé. Cachant son amour pour Catherine, la fille de son bienfaiteur, il prépare une vengeance diabolique. Il s'approprie la fortune de la famille et réduit les héritiers en esclavage. La malédiction pèsera sur toute la descendance jusqu'au jour où la fille de Catherine aimera à son tour un être misérable et frustre. Ce roman anglais, le plus célèbre du XIXe siècle à nos jours, a été écrit par une jeune fille qui vivait avec ses sœurs au milieu des landes de bruyère. Elle ne connut jamais cette passion violente ni cette haine destructrice. Elle imagina tout, même le fantôme de la femme aimée revenant tourmenter l'orgueilleux qui l'a tuée.

Les Hauts de Hurlevent, Tome 1
Editions Delcourt
Collection Ex Libris
Paru en Avril 2009

Yann/ Edith

" Ma grande raison de vivre c'est lui. Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d'exister ; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l'univers me deviendrait complètement étranger, je n'aurais plus l'air d'en faire partie. Mon amour pour Linton est comme le feuillage dans les bois : le temps le transformera, je le sais bien, comme l'hiver transforme les arbres. Mon amour pour Heathcliff ressemble aux rochers immuables qui sont en dessous : source de peu de joie apparente, mais nécessaire. Nelly, je suis Heathcliff ! Il est toujours, toujours dans mon esprit ; non comme un plaisir pour moi-même, mais comme mon propre être "

Inutile de présenter l'histoire tragique des Hauts de Hurle-Vent, tellement ce roman est considéré comme un grand classique de la littérature anglaise du XIXe siècle. Emily Brontë raconte une histoire, certes fictionnelle et inventée, mais le poids des personnages et leur psychologie est si bien travaillé qu'il est dur de ne pas ressortir de cette lecture épuisé par tant de violence. Violence des sentiments, violence des actes et des paroles, violence des regards; ce roman expose ce qu'il y a de plus noir et diabolique dans l'âme humaine.

Le jeune Heathcliff, bien que recueilli par la bonté humaine, grandit avec une haine méprisable envers le fils de son bienfaiteur. Son coeur est sauvage, déjà enfant son comportement laissait présager l'homme infâme qu'il sera. Pourtant Heathcliff aime passionnément Catherine. Un amour destructeur et réciproque mais que la jeune fille délaisse au profit d'une vie plus confortable. Blessé, Heathcliff fuit et prépare une vengeance qui aura pour but d'anéantir la famille qui l'a recueilli... Quant à Catherine, elle s'en veut mais n'assume pas un amour dépourvu de tendresse et d'affection. Car si il y a eut de bons moments avec Heathcliff, c'est surtout sa jalousie qui prédomine. Catherine n'arrange pas les choses car elle est capricieuse et ses déboires affectifs lui jouent des tours. Aussi meurt t-elle dans la tourmente, en proie à de violentes émotions contradictoires...

Ces deux personnages donnent tout l'impact du roman car les Hauts de Hurle-Vent est avant tout un roman des passions humaines, d'une souffrance parfois insupportable et d'un charisme inouï. Heathcliff et Catherine sont deux êtres tourmentés aux accents mélancoliques et dont les pensées vous font frémir. Heathcliff est un homme abominable, un monstre intolérant et dépourvu de sympathie. Difficile à croire qu'il peut aimer et pourtant c'est l'anti-héros typique au même titre que Dorian Gray, un être méchant mais habité par un tumulte de sentiments profonds et violents. Emily Brontë nourri son oeuvre d'une forte intensité sous la férule impitoyable d'un personnage vibrant par son despotisme et sa personnalité possessive. Les Hauts de Hurle-Vent est loin d'être romantique si ce n'est au sens premier du courant littéraire c'est-à-dire aimer jusqu'à se perdre soi-même. Machiavélisme et machinations font de Heathcliff un personnage cruel que l'on ne peut aimer sinon détester mais l'un comme l'autre, il ne provoque aucune indifférence.

Des personnages singuliers, une intrigue inquiétante et progressive, des paysages torturés, traversés par le froid et le vent, autant que l'âme des gens qui y vivent, Les Hauts de Hurle-Vent forme une fresque funeste et dramatique des passions troubles et des ambiguëtés sentimentales dessinant des vies écorchées et des destins brisés. Emily Brontë nous engage sur les chemins tortueux d'un mélancolisme noir où, par les nuits d'orage, les fantômes du passé hantent les coeurs déchirés et tempêtent aux fenêtres pour ne laisser aucun répit. Et dès lors comment résoudre cette relation agitée avec l'amour perdu, dont les échos sont à la fois intime et idéologique ?


Les avis de Manu, Lou, Karine, Lilly, j'en oublie sûrement!!!!
5/5 champignons


Un petit mot de la BD:
Attirée par la couverture d'un bleu nuit où l'on voit la jeune Catherine, le visage expressif et mélancolique, j'ai décidé de lire la Bd après le roman. La collection Ex Libris ne jouit pas d'une prestigieuse réputation pour ce qui est de l'adaptation graphique des romans et pourtant j'ai bien aimé. Etrangement je la trouve moins noire que le roman, l'atmosphère est bien rendue et ce tome 1 se concentre sur la jeunesse de Catherine et de Heathcliff jusqu'à son retour. Les illustrations sont assez agréables pour dire que l'adaptation en ce tome 1 est bien réussie.


Pour accompagner la lecture du roman: Kate Bush Wuthering Heights



Et la version actuelle par les Puppini Sisters

Miss Pas Touche Tome 1

Miss Pas Touche
Tome 1 La Vierge du bordel

Scénario Hubert
Dessin Kerascoët

Dargaud
Collection Poisson Pilote
48 pages

Paris. Les années 30. Le temps des guinguettes, des bals au bord des berges. Agathe et Eugénie sortent le soir, dansent et s'amusent à en perdre la tête. Pourtant, un tueur en série nommé "Le boucher des guinguettes" a encore frappé. Blanche est sage, prude et ne concède pas une seule seconde aux folies nocturnes de sa soeur. Les deux soeurs se chamaillent, toutes deux engagées comme femmes de chambre pour une patronne acariâtre et antipathique. Agathe est assassinée et Blanche est convaincue que ceci est l'oeuvre du tueur en série. Chassée de son emploi, se retrouvant seule et voulant mener l'enquête sur une prostituée également assassinée, Blanche voit de suite le lien qu'il peut y avoir entre tous ces meurtres. Elle postule pour entrer comme "gouvernante anglaise" dans le bordel le plus réputé de Paris. Un bordel de luxe où rivalités et mondanités ne font qu'accentuer les pulsions les plus perverses...

Miss Pas Touche
est une bonne BD tant au niveau du scénario fort original qu'au niveau des illustrations de Kerascoët (que l'on connaît déjà grâce à Jolies ténèbres). Le graphisme est splendide surtout au niveau des décors qui rendent un Paris des années folles, l'atmosphère des guinguettes, le Paris illuminé grâce aux décors du bordel avec rideaux, chandeliers. Les personnages aussi sont atypiques: Blanche possède des expressions équivoques, on comprend toute la psychologie des personnages et l'humour est souvent déclenché en premier lieu grâce aux dessins. Côté scénario, même si je n'aime pas ce qui est policier, l'enquête menée par Blanche est palpitante à la fois glauque puisqu'il s'agit de meurtres en série. Mais il y a surtout le contexte de l'intrigue: un bordel de luxe où les filles de joie se disputent la vedette! Avec tous les aspects pervers de telles pratiques: la gouvernante sadique, l'exotisme de l'africaine... Puis il y a notre héroïne qui veut venger la mort de sa soeur et qui pour cela nous offre un petit condensé de situations cocasses et fort amusantes. Elle qui est prude, vertueuse, encore vierge et si distante avec la sexualité, elle se retrouve à torturer un homme à coup de fouet. C'est drôle et cela lui va vraiment bien!!! Et pourtant malgré le contexte, Miss Pas Touche n'est pas une BD érotique, mais le savoureux mélange avec le policier la rend unique en son genre. Du suspense, une enquête, de l'humour et une pointe d'ironie du sort, voilà ce qu'est Miss Pas Touche !! Une BD vraiment renversante!


L'avis de Manu et Cachou

5/5 champignons

mercredi 29 juillet 2009

L'élégance du hérisson

Muriel Barbery

Editions Gallimard
Prix des libraires 2007
359 pages

Quatrième de couverture: “Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bougeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l’idée que l’on se fait des concierges qu’il ne viendrait à l’idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.
Je m’appelle Paloma, j’ai douze ans, j’habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.”


A propos de l'auteur: Muriel Barbery est née en 1969. L’élégance du hérisson est son deuxième roman. Le précédent, Une gourmandise, est traduit en douze langues.

Sortie en Poche en Juin 2009 Editions Gallimard Collection Folio

Le hérisson

Film français sorti en Juillet 2009, réalisé par Mona Achache avec Josiane Balasko, Togo Igawa et Garance Le Guillermic.


L'élégance du hérisson est une métaphore poétique qui illustre le personnage authentique et intense de Renée, 54 ans, concierge dans un immeuble bourgeois de Paris. Renée a toujours été pauvre, son allure négligée n'est cependant qu'une apparence tranchante avec son esprit. Renée aime lire, son chat Léon est un hommage entier à l'auteur Léon Tolstoï. Pauvre à l'extérieur, mais riche de sa connaissance des romans, de son amour pour la littérature, Renée est la copie conforme de la parfaite gardienne d'immeuble: revêche, sans sourire... Un hérisson dont les épines sont autant de ruses qui n'ont de cesse de vous tenir à distance; mais qui possède une grande élégance: le raffinement de l'esprit, une intelligence née de la lecture, un goût prononcé pour la cérémonie du thé. Renée ne veut pas changer. Maligne, elle allume la télé et fait semblant d'être ignorante face aux demeurants du 7 rue de Grenelle. Elle passe inaperçue et ma foi cela ne la dérange pas. Renée ne veut pas être ennuyée, mais elle cache son secret avec un grand soin non dénué d'un certain amusement. Renée et Paloma vivent dans le même immeuble et se croisent sans toutefois en savoir plus l'une sur l'autre. Mais le projet de Paloma, 12 ans l'amène à étudier Renée. Armée de son journal, Paloma ne veut pas finir comme le poisson dans le bocal autrement dit pas comme sa mère. Cette dernière, noyée sous les anti-dépresseurs, prend ses plantes pour des personnes et en oublie d'élever sa fille et de lui donner l'amour qu'elle mérite. Paloma est une enfant brillante, sensible aux choses qui l'entoure, qui comprend les subtilités du monde adulte. Du haut de ses 12 ans, Paloma est cynique, mature et lucide. Pour son prochain anniversaire, elle a décidé de se suicider.

L'élégance du hérisson est traversé par ces deux personnages à la psychologie passionnante. Renée qui se complaît dans un cliché social: comme si les concierges n'avaient pas le privilège de lire, d'avoir accès à la philosophie. Elle joue avec l'image qu'on a d'elle, notamment les habitants de l'immeuble qui à bien des égards lui manque de respect. Entre ménage et relevé de courriers, Renée n'a pas une vie trépidante sauf dans les romans qu'elle lit et qu'elle savoure comme étant le seul plaisir de sa vie, du moins le seul moment où elle peut être autre chose qu'une simple concierge. Mais Dieu! quelle solitude elle éprouve. Bien plus profondément, Renée entretient cette perception d'elle afin de ne pas choquer les gens. Alors que Renée cache, Paloma expose. Là est la sincère différence qui les oppose. A travers son regard pertinent, Paloma met en avant la bêtise des adultes, leurs erreurs et nous régale de portraits peu flatteurs sur sa famille. Paloma veut la vérité. Dans L'élégance du hérisson, il y a cette touche d'humour et de jeu des apparences, cette critique sociale et un regard humain; une apparence si bien gardée, si bien mise au jour. On aura beau dire, c'est en s'efforçant de garder nos secrets que nous révélons notre être.

Il y a longtemps que j'ai lu ce roman et pourtant tous mes souvenirs et toutes mes émotions me reviennent. Le film est fidèle au livre et va à l'essentiel. Malgré quelques passages difficiles sur la phénoménologie et la philosophie de Hegel, L'élégance du hérisson se lit bien car c'est un roman sur notre société, c'est authentique et pathétique à la fois. Ca nous parle de deux personnes: une femme d'âge mûr et une petite fille, l'une respecte l'image que l'on a d'elle en suivant les codes sociaux, l'autre refuse cette conformité. Bizarremment, Renée comme Paloma suivent deux extrêmes: jouer au paraître avec les gens ou bien mourir pour ne pas être obligé de se mentir. Et le moment le plus romantique à mon sens, et d'une grande sensualité est justement le moment où Monsieur Ozu tombe le masque et découvre qu'en Renée se cache un grand esprit et une intelligence de coeur.

Comme toujours lorsqu'on parle d'un livre qu'on a aimé, les mots sont vains, les mots paraissent dérisoires et tellement minces face à l'impact qu'il a produit sur son lecteur. J'ai vu plein de choses dans ce roman, y ai découvert de magnifiques phrases, des métaphores si justes et une magnifique leçon de vie. J'ai aimé Paloma et j'ai pleuré avec elle. Car oui L'élégance du hérisson c'est tout ceci: les épines d'un corps meurtri abritant une âme belle et érudite; sachant reconnaître les valeurs du coeur.


5/5 champignons

Le Manoir des chats ailés

Le Manoir des chats ailés
Observations sur une nouvelle espèce très étrange



Laura Von Stetina

Editions Le Pré aux clercs
Traduit de l'Anglais par Sylvaine Charlet
Sortie en Octobre 2004
72 pages

Le Manoir des chats ailés est un véritable chef-d'oeuvre, un ravissement où le conte s'invite au sein des histoires naturelles. Si l'on devait dire à qui s'adresse ce livre, toutes les catégories de lecteurs seraient confondues: de littérature de jeunesse, on peut le remettre à de jeunes lecteurs qui ont déjà à leur actif quelques lectures difficiles. Cependant, Le Manoir des chats ailés ravira surtout les adultes qui y verront un univers merveilleux et poétique, entre conte classique et journal intime.



1875. Edwina Von Stetina, naturaliste anglaise, hérite du manoir de son oncle Katt, disparu en mer et qui lègue à sa jeune nièce un domaine entier. Oncle Katt était considéré comme un excentrique, un homme farfelu féru de faune et de flore, parcourant le monde à la recherche de trésors et de secrets insolites. Edwina, arrivée sur les lieux, commence à écrire son journal intime qui va bientôt devenir un carnet de bord au fur et à mesure de son exploration scientifique à travers le manoir. Elle ne tarde pas à faire la rencontre de petites créatures extraordinaires: des chats ailés appelés des Flittens et les Minis, des souris espiègles. Alors que les chats ont des ailes de papillons et les Minis des ailes de libellules, Edwina parvient à reconstituer leur cycle de vie. Observant minutieusement tous les détails, elle se met à les dessiner et embarque avec elle le lecteur afin que lui aussi s'enchante de ce monde peuplé d'êtres féériques et mystérieux.

Aventure, exploration scientifique, amateurs d'histoire naturelle et passionnés de chats, ce livre est fait pour vous!!! Le talent d'Edwina pour le dessin est digne de celui de Beatrix Potter. Nous sommes dans la même démarche, la même curiosité: un monde féérique qui prend vie sous les crayons de deux naturalistes dignes l'une de l'autre. Originalité et imaginaire sont la réussite de ce livre remarquable. La campagne anglaise recèle de charme et quel meilleur décor pour inventer des créatures anthropologiques dont l'extrême splendeur en fait des êtres mythiques. La tonalité du journal intime est celle d'un petit conte enchanteur mais les nombreux croquis donnent du sérieux à l'ouvrage. Cette espèce inconnue est retranscrite sous toutes ses coutures. Comme les illustrations de Beatrix Potter, le ton est donné à l'entreprise naturaliste, libérée de tout déterminisme ou darwinisme. Le carnet de bord repose sur un prodige: un fameux mélange de magie et de réalité, un inventaire des plus fantastiques où curiosité est de mise avec l'érudisme. On découvre que le naturalisme est une science savante mais amusante.

En dehors de toute classification, les Flittens et les Minis sont des êtres à part, attachants et incroyables, si mignons que vous serez obligés de craquer!!! Si vous lisez Le Manoir des chats ailés, réservez votre temps, savourez chaque croquis, chaque carte, chaque détail et plongez dans cet univers où la féérie est née de la contemplation.

5/5 champignons

Si loin de vous

Nina Revoyr
Editions Phébus
Traduit de l'anglais par Bruno Boudard
376 pages
Paru en Mai 2009

1964 : Au crépuscule de sa vie.Jun Nakavarna, qui fut au début du XV siècle fine star du muet, est tiré de sa retraite par un jeune scénariste. Premier acteur japonais à se produire à Hollywood, il connut l'excitation des débuts du 7' art, les fêtes fastueuses sur Sunset Boulevard, la passion de quelques comédiennes et l'hystérie des fans... avant d'être confronté à la montée du racisme et à la fin des films muets. Est-ce pour ces deux raisons que sa carrière fulgurante s'arrêta brutalement en 1922 ? Le scénariste aimerait faire tourner Jun de nouveau, mais celui-ci se montre très réticent, redoutant que son retour à la lumière ne remue la boue du passé.Car le nom de Jun est associé au meurtre jamais élucidé d'un grand réalisateur, qui avait choqué l'opinion dans les années 1920. L'heure semble venue pour Jun d'affronter les fantômes d'hier. Si loin de vous réouvre les pages les plus éblouissantes et les plus troubles de l'histoire de Hollywood. Etourdissant, mystérieux, il offre une méditation poignante sur le passage des ans et les occasions manquées - au cinéma comme en amour.

A propos de l'auteur : Nina Revoyr est née au Japon d'une mère japonaise et d'un père américain.Elle a grandi à Tokyo, puis dans le Wisconsin et a Los Angeles, où elle vit aujourd'hui. Elle est l'auteur de trois romans, dont Southland (Phébus, 2007), acclamé et récompensé aux États-Unis.

Lorsque Suzanne de Chez les filles me proposa Si loin de vous, j'ai accepté sans hésitation. Le thème de ce roman est vraiment original : le cinéma muet du début du XXe siècle raconté par le regard d'un acteur qui fut en son temps célèbre : Jun Nakayama. Autre thème intéressant: cet acteur est japonais et se produit à Hollywood, dès lors, au moment où le cinéma muet décline et à la montée d'un racisme ambiant, comment Jun réagit et quels sont ses sentiments ? Comment passe t-on d'un statut médiatique et populaire à une indifférence générale voire à l'anonymat ?
Au début du roman, Jun reçoit l'appel d'un jeune homme qui voudrait le rencontrer et l'interviewer sur son passé fulgurant. Pourtant Jun est un homme distant, et terriblement blessé par la tournure que les évènements ont pris. On ne le reconnaît plus, lui qui a fait tourner plus d'une tête.
Pourtant après cinquante pages, je n'accroche pas au style. Je pressens l'histoire comme étant passionnante, hélas je n'arrive pas du tout à lire Nina Revoyr. Son écriture coule plutôt bien mais trop de descriptions ( des lieux, des ressentis, des souvenirs) pas assez de vivacité et j'ai lutté pour pouvoir continuer à lire le roman. Rien n'y fait et j'en suis désolée, non seulement envers Chez les filles qui me l'ont gracieusement envoyé et que je remercie, tout particulièrement Suzanne, alors que je ne suis pas en mesure d'en parler dignement. Pour donner une seconde chance à ce roman, je vais le prêter à une amie qui prépare une thèse en lien avec le cinéma. Je pense qu'il pourrait faire écho à sa curiosité pour ce domaine. Car comme je le dis toujours, chaque livre a son lecteur et mérite d'être lu.

dimanche 26 juillet 2009

MOMO

Michael Ende

Bayard Jeunesse
Collection Estampille
Traduit de l'Allemand par Corinna Gepner
Paru en Mai 2009
430 pages

Momo est une petite fille surprenante. Tout le monde est heureux et joyeux dès qu'elle se trouve en leur présence. Orpheline et vagabonde, elle a réussi à s'échapper et a élu domicile dans un vieil amphithéâtre en ruine en périphérie de la ville. Les enfants viennent s'amuser et se raconter des histoires incroyables grâce à Momo qui a une imagination fertile. Elle invente des jeux passionnants et merveilleux. Les enfants sont heureux avec elle. Elle sait également écouter les adultes et arrive à résoudre les conflits. Momo a deux fidèles amis: Beppo le balayeur et Gigi Cicérone, un conteur qui puise ses sources dans les histoires de Momo. Tout ce beau monde vit et rit de ce quotidien insouciant et innocent. Ils ne voient pas les messieurs gris qui, subtilement s'introduisent dans la vie des gens en leur volant leur temps. Jour après jour, les visages sont monotones, la vie se presse, tout s'emballe pour économiser le temps. Il faut faire un maximum de choses en un minimum de temps. Mais Momo ne l'entend pas de cette oreille et tente de déjouer le plan des messieurs gris...


On connaît L'histoire sans fin de Michael Ende, mais Momo reste moins connu ou moins populaire. Alors que L'histoire sans fin est devenu un classique de la littérature jeunesse, Momo gagne à obtenir le même statut. La première partie a été certes longue à mettre en route, l'intrigue tarde mais c'est pour mieux faire son effet. L'auteur y inscrit ses personnages, on apprend à connaître Momo par la perception des personnes qui l'entoure et qui l'aime. Le côté féérique puise dans les histoires inventées de ci de là pour divertir les enfants. On entre dans un monde enfantin, attachant, plein d'espoir et de curiosité. Puis petit à petit, l'intrigue prend place sous la forme d'étranges messieurs gris dont la visite détruit tout bonheur, envahissant l'air d'une odeur de cigare. Les messieurs gris sont des pollueurs de temps. Ils volent le temps aux personnes en leur demandant d'économiser sur leur temps de loisirs au profit du temps de travail. Les gens sont pressés, dénués de solidarité, au regard triste. Ils n'ont de temps pour personne, ils ne dorment plus, ne lisent plus, ne vont plus voir leurs amis. Tout ceci inquiète Momo car c'est l'amour et l'amitié qui sont menacés. Pour sauver le temps, Momo va faire la connaissance de Maître Hora, celui qui fait le temps. Mais face aux messieurs gris, il faut du courage, de l'audace et beaucoup d'espoir. Momo incarne parfaitement l'image de l'héroïne et par là-même nous offre une belle palette de valeurs humaines.


Momo
est un excellent roman, très bien écrit où l'imagination d'une histoire incroyable se mêle à une réalité omniprésente. Qui sont ces voleurs de temps ? Tout simplement une métaphore pour désigner les conséquences du progrès et de notre vie actuelle: pas assez de temps pour tout faire. "Le temps passe trop vite". Momo jette un regard pertinent sur notre société toujours pressée, impatiente et qui finalement ne prend plus le temps de vivre. Mais Momo ne nous explique pas que cela, il y a encore pleins de leçons à comprendre et d'idées toutes plus intéressantes les unes que les autres. Momo est un roman de jeunesse bien comme il faut car il réunit tout ceci à la fois: le divertissement et la réflexion. En somme un petit chef-d'oeuvre cette petite Momo.


5/5 champignons

Apolline et le fantôme de l'école

Chris Riddell

Editions Milan Jeunesse
Traduit de l'anglais par Amélie Sarn
174 pages
Paru en Avril 2009

Série Apolline

Tome 1: Apolline et le chat masqué

Tome 2: Apolline et le fantôme de l'école

Apolline habite dans l'appartement 243 de la tour appelée Le Poivrier. Apolline y vit seule, accompagnée de son ami Monsieur Munroe car ses parents sont sans cesse en voyage autour du monde. Ils sont collectionneurs d'objets insolites et bizarres. Au cours d'une promenade dans le parc Petigros, Apolline fait la connaissance de Cécilie Forbes-Laurence, troisième du nom, et de Bredouille, son poney de Patagonie. Elles se rejoignent souvent dans ce parc où toutes deux s'amusent: Cécilie raconte des histoires saugrenues tandis qu'Apolline se délecte de cette nouvelle compagnie surprenante, au grand désespoir de Monsieur Munroe qui se sent abandonné. Mais bien vite Cécilie doit reprendre le chemin de l'école...

La série Apolline de Chris Riddell est vraiment sympathique. En découvrant ce tome 2, je n'ai qu'une envie: trouver le tome 1 et me replonger dans cet univers fait de malice, magie et autres histoires drôlatiques. Apolline et le fantôme de l'école est un petit roman divertissant non seulement pour son scénario imaginatif, plein d'esprit, éveillant la curiosité chez le lecteur: suspense, rires, enquête. Tout y est mené d'une main de maître. Quant au deuxième point, ce sont les illustrations qui enchantent l'histoire et l'agrémentent de la meilleure manière qui soit: noires et bleues, on reconnaît un peu le style anglo-saxon. J'adore Monsieur Munroe par exemple. Rien d'étonnant d'ailleurs quand on sait que Chris Riddell a dessiné la couverture du Graveyard Book de Neil Gaiman. Le livre et la mise en page sont bien soignés: une couverture rigide avec des motifs dorés. Un livre qui est également ludique sachant lier l'histoire à un jeu de repérages, sachant lier inventivité et intelligence. Bref c'est une lecture à la fois étonnante et épanouissante qui s'adresse aux jeunes lecteurs dès l'âge de 8 ans. Le texte est simple, fluide mais assez faible car ce sont surtout les dessins qui prédominent et qui créent une ambiance attachante et pleine d'humour.

Pour en savoir plus, le site de Chris Riddell

mercredi 22 juillet 2009

Club de lecture

Depuis longtemps déjà je voulais ouvrir et animer un club de lecture, ceci comme étant la continuité logique à la création de mon blog et surtout parce que l'idée de se réunir autour d'une passion et d'une envie commune me tiens à coeur. La lecture prenant une place très importante dans mes loisirs, la partager avec des personnes qui ont des affinités littéraires me paraît l'un des meilleurs moyens pour m'épanouir. Je me lance et c'est avec le soutien de quelques personnes (elles se reconnaîtront) que je me jette à l'eau pour l'année 2009/ 2010. Est-ce qu'il marchera, sera-t-il vivant et dynamique? Cela dépendra du nombre des participants, et surtout de l'art et de la manière dont je l'animerais. Je pars confiante, pleine de projets et d'envie et je pense que c'est le principal. Je souhaite que le club soit un lieu, un espace et un temps pour la rencontre, les échanges autour d'un livre, un débat autour d'un thème, un lieu de dialogue, d'écoute où les passions livresques puissent s'y exercer en toute liberté. J'appuie fortement sur l'idée que le club ne doit pas contraindre à la lecture, mais permettre aux membres de découvrir, de faire découvrir, de présenter, de parler, selon leurs envies et leurs goûts en matière de lecture.


Le déroulement de chaque séance se fera comme suit: présentation et temps de parole pour chaque participant autour du livre qu'il aura choisit de lire, débat et échanges sur le thème qui aura été choisi par la communauté, vote du thème traité lors de la prochaine séance.


La question difficile a été de savoir si chacun des membres pouvait lire un livre différent à chaque séance ou au contraire si chaque participant devait lire le même livre et le présenter. Mon choix s'est porté là encore sur la liberté et non sur l'idée de la contrainte ou de l'obligation. Je favorise aussi l'intertextualité, du moment que le choix du livre rentre dans une démarche liée au thème, je ne vois pas d'inconvénient pour que chacun lise le livre de son choix même si celui-ci est différent des autres lectures. Intertextualité et découverte sont la clef de voûte de cet atelier d'expression et de lecture: il s'agit de valoriser la diversité littéraire, susciter la curiosité et l'envie, découvrir des livres dont on ne soupçonnait pas l'existence, s'enrichir des lectures des autres et en discuter. Et tout ceci pour le plaisir de chacun.

Rythme et Modalités:
Le club se réunira une fois par mois. Cela laisse le temps d'espacer les rencontres sans toutefois perdre de vue notre club, et surtout cela laissera le temps de lire aux personnes dont l'emploi du temps est chargé. Un dimanche par mois, la séance se tiendra à partir de 17h où thé et mets pourront accompagner nos rencontres.
Lieu: à mon adresse.
Pour des raisons liées au libre échange et au temps de parole réservé à chacun, les places se limiteront à dix participants, afin que chacun puisse s'exprimer librement, que ce moment soit convivial, amical et chaleureux.


ATTENTION: La première séance débutera début ou mi-septembre et cette séance sera une séance particulière de présentation, de nos goûts littéraires pour apprendre à se connaître avec présentation d'un livre, soit le coup de coeur du moment ou son livre "fétiche", suivi d'une présentation des thèmes qui pourront être abordés au cours de l'année.


Quelques idées de thèmes qui pourront être parcourus au cours de nos séances:

-Les voyages dans le temps et la science-fiction
-Nos compagnons les chats
-Sentiers interdits et chemins de traverse
-Mondes virtuels, mondes parallèles
-La BD française
-Musique et littérature
-Perte de l'être cher et thème de l'absence
-Enfance
-Fantasy, sorcières, lutins et autres créatures féériques
-Littérature fantastique ou littérature de terreur: quelles différences ?
-La peur, la sueur et l'adrénaline
-Pérégrinations autour de la chambre
-Les sensations, l'éveil des sens
-La cérémonie du thé et autres traditions asiatiques
-Afrique et jeunesse
-Descente aux enfers
-Littérature urbaine
-Trahisons, complots et adultères
-Chick litt, plages et coquillages
-Le pays de l'oncle Sam, western spaguettis et conquête de l'Ouest
-Splendeurs de la nature
-Portraits artistiques et esthétiques
-Farces et attrapes ou autres entourloupes
-Et si on riait ?
-Romans farfelus, histoires drôles ou psychédélisme
-Les douleurs de l'Histoire
-Visions nyctalopes
-La littérature indienne
-Contrées inconnues et lointaines
-Mise en scène et pièce de théâtre
-Palabres, bavardages et autres babillonages
-Littérature de l'hiver
-Impressions hivernales
-Les pays du Nord
-La littérature russe
-Initiation à la littérature cubaine (Amérique du Sud, îles, Caraïbes)
-Les polars norvégiens
-L'amour à l'anglaise
-Littérature des classiques anglais
-Les grands romans français
- Récits de voyage
-Folklore et fêtes populaires
-Magie de la forêt
-Les contes de Noël


Voilà, ceci est une première approche, des idées et toutes suggestions sont les bienvenues...


Les inscriptions se font par mail envoyé à chezlael@hotmail.fr ou en laissant un commentaire en stipulant votre adresse mail pour que je puisse vous contacter avant le 25 août 2009. Tout changement d'avis pourra se faire, mais à partir du 1er septembre, les inscriptions seront considérées comme DEFINITIVES.

mardi 21 juillet 2009

Le Secret des lutins

Scénario de Albern
Dessins de Tatiana Domas

Editions Petit à petit
48 pages
Paru en Juin 2008

Résumé: Arthur n'a que dix ans lorsque ses parents doivent lui annoncer qu'il n'est pas leur enfant. Arthur leur a été confié à sa naissance jusqu'à ce jour par le mage Myrdinn. Malgré leur détresse, les parents n'ont pas le choix. Ils doivent respecter leur engagement. Arthur doit partir avec Myrdinn car un destin hors du commun l'attend. Jusqu'à la dernière page ce destin restera un secret...le secret des lutins!

Il est difficile de trouver des bandes dessinées qui attirent l'oeil mais qui de surcroît sont aussi tentantes à l'intérieur que la couverture. Souvent on accroche à une couverture et l'on peut être déçu par le graphisme intérieur. Ici, nulle déception, la couverture est fidèle et les illustrations de la BD sont aussi éclatantes et divertissantes que celle-ci. De même que l'histoire, dont le résumé nous engage à être curieux, est bien menée. Cette Bd jeunesse séduira les jeunes lecteurs car l'on peut facilement s'identifier au jeune héros prénommé Arthur. Celui-ci apprend à l'âge de dix ans qu'il n'est pas le fils de ses parents. Un mage Myrdinn vient le chercher et l'emmène dans son refuge: une maison-arbre recelant les mystères druidiques. Mais pourquoi Arthur ? Pourquoi lui ? Le secret est bien gardé par deux petits lutins espiègles dont la quête est de retrouver leur roi perdu. Arthur, accompagné de Quack, son ami rongeur, explore la nature et pénètre au coeur de la forêt. Il est confronté à trois options dont l'une d'elles l'aidera à percer le mystère qui entoure sa naissance. Arthur fera t-il le bon choix ?

Outre le dynamisme des illustrations de Tatiana Domas, entre vivacité et obscurité d'un monde merveilleux couronné de mystères, c'est le décor qui donne toute la valeur de cette bande dessinée jeunesse. La maison de "Merlin" est vraiment étrange: ordinateur, aquarium, jardin aromatique, une sorte de laboratoire magique du XXème siècle ! Ce qui est plaisant dans Le secret des lutins est cette vision apparente des choses et des objets, mais si on y réfléchit bien, tout ceci en dit beaucoup. La référence évidente à la légende arthurienne côtoie la modernité, celle d'Arthur qui comme tout enfant de son âge, joue aux jeux vidéos. Technologie que l'on retrouve dans l'une des trois options: l'ordinateur face à l'épée. Cette quête initiatique passe à travers la reconnaissance du monde réel et celui qui appartient aux contes : le hibou se transformant en mage, les lutins et les animaux qui parlent. L'épreuve initiatique d'Arthur passe par cette différence entre les deux mondes: la réalité et le monde de la magie. Un univers à découvrir pour une cette petite Bd fort sympathique et qui offre un moment agréable de lecture et d'aventure.


5/5 champignons

lundi 20 juillet 2009

Le Bureau des chats

Miyazawa Kenji

Editions Philippe Picquier
Collection Poche
Traduit du Japonais par
Elisabeth Suetsugu
Paru en Juin 2009
101 pages

Résumé:Un recueil de contes inédits par l'une des grandes figures littéraires du Japon, dont l'humour et le merveilleux ont toujours, comme chez Andersen, une résonance intime et douloureuse. Dans un univers de fantaisie et de mystère, ces histoires ont parfois la saveur des fables et ce sont souvent de vrais drames qui ont lieu, dont les protagonistes sont des enfants, des animaux, des plantes ou même des étoiles. Ce n'est pas dans l'intention de divertir les enfants qu'il les écrivit : il portait en lui la nécessité d'écrire ces contes destinés à " un âge universel ".

Entre conte philosophique et fable merveilleuse, Miyazawa Kenji écrit avec une grande sensibilité, une plume à la japonaise qui s'inspire d'un monde onirique et mystérieux. Chacun de ses contes sont empreints d'une douceur éphémère, où fluidité des mots rime avec mélodie de la tristesse. Nostalgie ou mélancolie; ces contes laissent présager une part assez dure, les nouvelles illustrent un côté cruel du monde qui nous entoure. D'où peut-être le fameux rapprochement évoqué dans le résumé avec les contes d'Andersen. C'est pourquoi ce recueil de nouvelles s'adresse particulièrement aux adultes. Car souvent l'aspect merveilleux des contes n'a rien à voir avec celui des contes de fées, et le lecteur peut-être saisi par tant d'injustice ou de réalisme: la différence, la mort, le rejet sont des thèmes bien présents. Malgré la fantaisie, les histoires fantastiques d'oiseaux, d'animaux, d'astres célestes, malgré la féérie et la beauté d'un tel monde réinventé, réenchanté par une cosmogonie universelle, voici que ce monde inquiète, et laisse un profond sentiment de chagrin. Une belle découverte mais qui laisse le vague à l'âme car toute cette magie est aussi la plus flagrante des métaphores pour nous montrer la réalité des choses...


4/5 champignons

vendredi 17 juillet 2009

Tatatin...


Quelle ne fut pas ma surprise, ce matin à mon dur réveil (à 4h30), à moitié déprimée de travailler le samedi mais heureuse que ce soit bientôt le week-end (mais pas encore les vacances sniff!!) de voir que Sybilline m'avait attribué un Blog d'Or. Je la remercie énormément car cela est signe que mon blog est apprécié pour sa "personnalité" et les billets que j'écris. Source à la fois de réconfort, d'encouragement et de joie...

Voici le règlement des Blog d'Or

-Recopier le règlement.
-Mettre le blog d'or sur son blog
-Mettre un lien vers le blog qui le lui a transmis
-Offrir cette récompense à un ou plusieurs autres blogs
- Informer les destinataires


A mon tour désormais de désigner mes Blogs d'Or
Pour ma lectrice assidue, qui sème sa petite graine à tous mes billets, présente depuis mes débuts et qui continue de l'être, fidèle à mes coups de coeur littéraires Karine pour son Coin lecture
Pour son peps, sa bonne humeur, son côté un brin fantasque, sa toute récente attention qui m'a rempli de joie à un moment où j'en avais besoin, Ori pour Au pays d'Ori
Et la toute dernière, parce qu'à chaque fois je suis impressionnée par la qualité de ses billets, son écriture, son style vraiment agréable à lire, c'est Alwenn pour Fabula Bovarya

jeudi 16 juillet 2009

Mademoiselle Bizarre






















Raphaël Baud
(Auteur)
Sophie de la Villefromoit (Illustrateur)

Editions Chocolat ! Jeunesse
32 pages
Album Jeunesse à partir de 5 ans
Thèmes: Bizarre, Pouvoirs magiques, Fantastique

Pour en savoir plus: le site propose un document d'accompagnement pédagogique ici

Sarah n’est pas une petite fille très appréciée. Ses drôles de vêtements, ses animaux étonnants, son allure étrange lui ont valu le surnom de mademoiselle Bizarre. Son jeune voisin Hector, curieux et téméraire, ose un beau jour se glisser chez elle et son père, un peintre plutôt inquiétant. Il découvre alors qu'elle partage avec lui un talent magique...


Je commence de plus en plus à apprécier la maison d'édition Chocolat Jeunesse, notamment pour ses albums pleins de charme et d'originalité, entre autres pour Selma Mandine (voir Mon premier cauchemar) une illustratrice qui gagne à être connue.


Mademoiselle Bizarre est une vraie découverte et je ne suis pas étonnée que ce soit Chocolat Jeunesse qui en fasse la publication. L'illustratrice Sophie de la Villefromoit m'était jusqu'alors inconnue. Pourtant Mademoiselle Bizarre est un album fantaisiste où les illustrations ne sont d'ailleurs pas étrangères à l'univers de Benjamin Lacombe. Le thème est fantastique et rappelle si bien celui de Généalogie d'une sorcière qui traite de la différence. Mademoiselle Bizarre se prénomme Sarah. Les habitants du village la considère avec ce regard étrange empreint d'inquiétude, de bizarrerie. Son allure fait chahuter les langues et ses atours brusquent la banalité du quotidien. On se demande qui elle est et d'où lui viennent tous ces objets saugrenus et farfelus, dont son chat "cabochon". Sarah est une enfant différente et cela attire le regard, le jugement des autres. Hector la suit et découvre son secret: le papa de Sarah a le pouvoir de rendre possible ces objets nés de l'imagination de sa fille en les peignant sur une toile. Un magicien des images, un artiste qui réalise les rêves! Ainsi Sarah imagine une fraise bleue et sitôt inventé, sitôt peint, le fruit devient réel. Un formidable pouvoir magique qui rend Sarah encore plus à part...

Un album extrêmement réussi alliant inventivité et créativité. Le thème est vraiment très bien traité et mène à une découverte plus riche encore: celle du monde de l'art. Un art au service de l'imagination, qui donnera envie aux plus jeunes de s'interroger sur la peinture, le pouvoir de celle-ci à rendre les objets réels, visibles. Un album divertissant par son côté fantastique, l'histoire d'une fille pas comme les autres; attire d'emblée la curiosité des jeunes lecteurs qui auront très envie de connaître la suite. Enfin un album attrayant, par les couleurs et les dessins très prometteurs, qui créent une ambiance mystérieuse, des couleurs un peu sombres, des formes originales, une Sarah au regard expressif et un compagnon chat amusant. Un très bon album, sans aucun doute. Le site propose un accompagnement pédagogique, preuve que Mademoiselle Bizarre a de quoi faire parler d'elle!!! Ravie d'avoir découvert l'univers de Sophie de la Villefromoit, talent à suivre de près ici.


5/5 champignons

lundi 13 juillet 2009

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Mary Ann Shaffer & Annie Barrows


Editions NiL
Traduit de l'anglais par Aline Azoulay
390 pages
Paru en Mars 2009


"Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey ? Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu'à leur lecteur idéal... "

Quatrième de couverture: Janvier 1946.Tandis que Londres de relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va-t-il lui fournir? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand: le "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates".De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour, d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey. Fantasque, drôle, tendre et incroyablement attachant. Bienvenue dans le Cercles littéraire des amateurs d'épluchures de patates!
A propos de l'auteur: Née en 1934 en Virginie-Occidentale, Mary Ann Shaffer est décédée en février 2008, peu de temps après avoir su que son livre allait être publié.Premier roman de cette ancienne bibliothécaire et libraire, Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, écrit avec sa nièce Annie Barrows - elle-même auteur de livres pour enfants -, est aujourd'hui traduit dans plus de vingt pays, suscitant partout où il passe un immense enthousiasme critique et public.


Qui n'a pas lu Le Cercle littéraire d'amateurs d'épluchures de patates??? Si il y a encore parmi la blogosphère des réticents ou des retardataires (bien que je dois en être une!!) faites le moi savoir et ne vous y méprenez plus !!! Lisez de toute urgence ce condensé d'humour et de fraîcheur à l'anglaise. Invitez-vous sur l'île de Guernesey à la rencontre d'un club de lectures, pas comme les autres, où l'originalité et la fantaisie bat son plein. Sous la forme épistolaire, le lecteur va s'embarquer pour une correspondance savoureuse, incroyablement drôle et tendre. Très vite, on s'attache au personnage de Juliet, jeune écrivain qui fait la promotion de son dernier livre. On s'habitue à elle, à son humour fantasque, un brin moqueur et taquin, à sa délicatesse d'esprit et son envie de connaître le monde qui l'entoure. Elle reçoit la lettre d'un Dawsey Adams timide, membre d'un Cercle littéraire d'amateurs d'épluchures de patates, habitant sur une île anglo-normande: Guernesey. Progressivement, Juliet va tomber amoureuse de ce Cercle, de cette île qui abrite des personnes attachantes et vibrantes de joie de vivre, d'une douceur au goût parfumé. Juliet, à la recherche d'un sujet pour son prochain livre se rend à Guernesey. C'est un véritable coup de foudre et elle se lie d'amitié, d'une amitié profonde, sincère et inaltérable avec les membres du cercle. Ils ont chacun un trait de personnalité amusant et pourtant leur rencontre s'est faite sous le joug de l'Occupation allemande. Pour échapper à la tristesse et à la peur ambiante, le cercle s'est formé comme pour mieux résister à l'occupation et se crée un coin d'évasion, un coin de paradis où la lecture et la littérature sont une clef de vôute divertissante.

Comment vous expliquer les diverses émotions que suscite ce roman plein de fougue, vibrant de curiosité ? C'est un coup de coeur car le temps y coule d'une manière poétique où les personnages sont spontanés, débordant d'une vivacité communicative. On a d'emblée envie de les aimer et Isola Pribby n'est-elle pas délicieuse quand elle énonce avec désinvolture: "Les hommes sont plus intéressants dans les livres qu'ils ne le sont en réalité."
J'aime aussi la manière dont on parle de l'Occupation allemande, sous la vision intimiste de petites anecdotes authentiques, qui trouvent leur charme précisément parce qu'elles font partie de la vie quotidienne. Un excellent roman, dont je ne vous en dirais pas plus car il faut découvrir par soi-même ce Cercle littéraire, et savourer les correspondances qui font que la vie paraît si belle, loin de toute banalité désuète...

Vous êtes nombreux à l'avoir lu et je vous renvoie à Blog-O-Book pour lire les autres billets...

dimanche 12 juillet 2009

La peur qui rôde et autres nouvelles

Howard Phillips Lovecraft

Editions Gallimard
Collection Folio 2 euros
Traduit de l'anglais par Yves Rivière
113 pages

Quatrième de couverture: Une maison hantée, un orage qui déchire la nuit, des villageois terrifiés par des légendes à vous glacer le sang, des ombres mystérieuses et des secrets pas assez bien gardés.Voici un bref aperçu de l'univers étrange et fantastique dans lequel vous plongeront ces nouvelles. Amateurs de frissons, découvrez vite ces quelques textes de l'un des maîtres de l'épouvante !


La peur qui rôde
est un recueil de trois nouvelles comprenant La maison maudite et La tourbière hantée. Le thème de ces trois nouvelles reste l'épouvante et la montée en puissance du sentiment d'angoisse. Comme je l'expliquais dans Celui qui chuchotait dans les ténèbres, ce qui fait l'attrait des écrits de Lovecraft est cette atmosphère si bien restituée d'un réel qui est en proie avec des puissances obscures, souvent souterraines et maléfiques, qui prennent un malin plaisir à déraisonner l'humain.
Des phénomènes étranges et inconnus qui mettent en doute la logique des choses et qui dépassent l'entendement. Je crois bien que seul, Lovecraft a cette capacité de ne pas nommer ces créatures mais qui néanmoins sont tellement présentes dans les esprits qu'il est difficile de ne pas succomber à une peur irrationnelle. Les nouvelles de Lovecraft sont frappées d'une confusion ténébreuse et troublante: tout suit un même déroulement. Des phénomènes inexpliqués, des coupures de journaux qui relatent les faits, des témoignages bouleversants, un mystère de plus en plus croissant qui suscite l'intérêt et la curiosité d'un homme toujours très scientifique qui cherche à comprendre et à étudier les preuves de manière exhaustive. Lequel se trouve un jour ou l'autre mais souvent en pleine nuit, confronté à la bizarrerie et à l'indiscible, avec cette petite montée d'adrénaline qui l'accompagne dans ses découvertes fantasmagoriques.

Lovecraft maîtrise cet aspect de la nouvelle horrifique, une littérature qui a pour principe de noyer le réel et l'espace, de brouiller les frontières du réel pour entrer dans les confins d'un fantastique rempli d'effroi. Si il fallait retenir un point commun entre toutes les nouvelles, ce serait bien évidemment ces images cauchemardesques qui plongent l'homme dans une solitude abyssale où les forces hostiles provoquent une intensité pénétrante. Le vocabulaire lovecraftien est un vocabulaire de la métamorphose: état liquifiant, vaporeux, appelée "la chose" dont les couleurs sont hideuses, jaune verdâtre, pétride, venue des plaies de l'enfer.
Lovecraft dépeint des créatures abominables dont l'origine se trouve cependant dans l'être humain et conduit à une métamorphose malsaine, nous rappellant sans cesse que l'humanité est une matière confuse, éphémère. Inévitablement, sans tomber dans un manichéisme, on a peine à discerner le rêve de la réalité et cette peur de l'inconnu est un rappel significatif de notre état de mortel. Cette peur de la chose exprime tout simplement un état qui nous ramène à notre humanité dont la mort elle-même.
On peut voir dans les écrits de Lovecraft le talent certain pour raconter l'horreur, décrire l'épouvante et le considérer comme le maître de l'angoisse mais ce qui est plus caché et plus profond dans ses nouvelles est cet aspect fondamental: l'horreur n'est qu'un moyen pour montrer que l'homme est un être torturé, tourmenté par l'idée de sa propre fin...



5/5 champignons

mardi 7 juillet 2009

La traversée

Marjolijn Hof

Editions Seuil Jeunesse
Collection Chapitre
Traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron
126 pages
A partir de 10 ans

Résumé: Assez ! Margot n'acceptera pas une fois encore que sa mère quitte son nouvel amoureux au beau milieu de leurs vacances en Islande.Contrairement aux autres, Bjarni est plutôt sympathique, et puis il leur fait découvrir son pays et leur raconte des histoires à couper le souffle ! Margot décide de s'enfuir. Mais sans manteau ni nourriture, elle ne peut pas aller bien loin. Arrivée à la rivière, elle hésite, va-t-elle vraiment traverser. Marjolijn Hof est l'une des auteurs les plus populaires des Pays-Bas. Avec originalité et humour, elle nous fait voyager dans une nature sauvage et hostile aux côtés de l'intrépide Margot.

Margot est une adolescente vive d'esprit mais un peu grincheuse. Cela peut se comprendre aisément lorsqu'on sait que sa maman change de petits amis aussi souvent de vêtements. Ses relations commencent toujours de la même manière: c'est l'amour fou, l'homme vient dîner et tente de faire copain copain avec Margot, puis viennent les heures infernales où le couple se dispute et Margot retrouve sa mère seule, en pleurs. Margot a du mal à s'attacher aux hommes que sa mère côtoie et quand cette dernière lui présente Bjarni Einar Steinarson, originaire de l'Islande, elle reste méfiante. Inopinément, Margot se trouve embarquée pour des vacances à trois, car Bjarni, tout heureux et fier de la beauté de son pays, désire le faire visiter à Margot et à sa mère, malgré les réticences de l'adolescente. Une fois partis, les vacances tournent au désastre à l'insu de Margot qui justement reconsidérait ses positions et s'attachait de plus en plus à Bjarni...

La traversée est un petit roman fort savoureux, mêlant intimement le roman d'apprentissage à celui de l'aventure. Au départ, rien de bien follichon. Margot est embarquée dans une escapade en Islande mais d'emblée, sachant comment les choses allaient tourner, elle se fait discrète et sévère envers Bjarni. Bjarni est un excellent guide: il fait découvrir le pays en le traversant en voiture et en montrant la beauté d'une terre hostile et sauvage. Un voyage incroyable et improbable où l'imprévisible agace largement la mère de Margot. Et là, bravo à l'auteur qui sait si bien nous dépeindre une Islande mystérieuse, dévoilée en teintes obscures et électriques, bordée de ses secrets et histoires légendaires qui enchantent à la fois Margot et les lecteurs. La traversée est en fait un roman de l'âge adulte: apprendre à connaître les gens et leur culture pour s'y attacher, voir la réalité des choses et accepter ce qui est douloureux. A force de récits mythiques, d'épopées fantastiques et fantasmagoriques, de découvertes somptueuses, les barrières affectives s'estompent et c'est une réelle complicité qui unit la fille et le concubin. Un roman qui est mené tambour battant par l'idée sous-jacente que la traversée c'est tout simplement quitter l'adolescence, grandir et comprendre les adultes. Une traversée symbolique, puisque finalement c'est celle de la confiance.

4/5 champignons

dimanche 5 juillet 2009

Hôtel des adieux

Brad Kessler

NiL Editions
Traduit de l'anglais par Odile Demange
Paru en Mai 2009
317 pages

Quatrième de couverture: C'est une nuit calme sur Trachis Island, petite île paradisiaque où se croisent les oiseaux migrateurs, au large de la Nouvelle-Ecosse.Soudain, un bruit terrible déchire le silence: Kevin et Douglas, qui tiennent un hôtel sur l'île, voient un gros avion chuter brusquement et sombrer dans l'océan. Dès le lendemain, ils accueillent chez eux les proches des victimes. Venus d'horizons très différents, ces hommes et ces femmes que tout sépare vont construire une famille singulière, née de leur solidarité face au deuil. Un couple de Taiwanais qui a perdu sa fille fait des offrandes à son fantôme.Un musicien bulgare joue du piano en souvenir de sa femme violoncelliste. Un exilé iranien récite des poèmes persans pour sa petite-nièce disparue . Et puis il y a Ana, spécialiste de la migration des oiseaux, dont le mari, ornithologue lui aussi, est mort dans le crash. Peu à peu, à travers l'histoire d'Ana - son bonheur passé, l'infinie douleur de la perte puis, presque malgré soi, le retour à la vie - , à travers les liens qu'elle tisse avec les autres, Trachis Island deviendra pour tous le lieu de la renaissance.
A propos de l'auteur: Ancien enseignant, auteur de littérature pour la jeunesse, régulièrement publié dans le New Yorker, le New York Times et l'hebdomadaire The Nation, Brad Kessler est l'auteur de trois romans.Hôtel des adieux, son premier livre traduit en français, a été récompensé par le Dayton Literary Peace Prize, le Rome Prize et le Whiting Prize.


Douglas et Kevin ont eu un coup de foudre pour Trachis Island, une petite île située au large de la Nouvelle-Ecosse. En hiver, l'île est calme, mais Kevin se prépare déjà à accueillir les touristes de l'été qui viendront se ressourcer. Par une nuit tranquille, un avion chute. Kevin pourra même voir les lumières rouges d'un fuselage qui est tombé à quatre kilomètres de son jardin. Il en gardera un souvenir traumatisant. Dès lors, Douglas s'active et part afin d'aider les secouristes. Kevin reste proscrit, enfermé à ressasser cette vision cauchemardesque. Lorsqu'il apprend que les familles des victimes séjourneront à l'hôtel, Kevin prépare avec soin leur venue. L'hôtel des adieux sera un lieu de chaleur, de douceur et d'accueil pour toutes ces personnes venues de loin dire un dernier au revoir à leurs morts...

Hôtel des adieux
est un roman à la fois poétique et intimiste, attachant et douloureux. L'auteur écrit avec une justesse et une sensibilité assez émouvante qui mettent en évidence des émotions différentes. Chacun a sa manière de souffrir face au deuil: il y Ana, la femme de l'ornithologue qui reste silencieuse, murée et entourée par ses souvenirs, comparant à chaque fois qu'il lui est possible le destin de son mari avec celui d'un oiseau migrateur. Il y a Pars, qui a perdu sa nièce, iranien, il se réfugie dans les mots de la poésie perse, le couple taïwanais complètement perdu qui se rattache à leurs pratiques rituelles du culte des ancêtres en donnant des offrandes à leur fille afin qu'elle puisse traverser l'eau et atteindre l'au-delà, et il y a peut-être celui qui est le plus touchant: le mari bulgare qui souffre en silence, joue du piano pour rendre un dernier hommage à sa femme violoncelliste...Face au deuil brutal, chacun exprime sa douleur, réapprend les gestes quotidiens de la vie, réapprend le dialogue et le partage; aidé par un hôtelier de choix: Kevin qui n'aura de cesse de partager ces deuils, de respecter les frontières de l'intime et du recueillement tout en aidant à retrouver la sérénité. L'hôtel de Kevin sera le lieu de paix, où chacun pourra trouver en lui la force d'avancer. Le roman quant à lui coule très bien, les recherches, les démarches, l'enquête et ce voyeurisme dont fait preuve certaines personnes qui prennent un malin plaisir à prendre des photos sur le lieu du drame. Ce qu'il faut retenir de Hôtel des adieux est cette renaissance, ces liens qui s'unissent dans la perte, l'absence et la mort puis finalement ce beau message d'espoir éclatant de verve, qui après quelques années, même si la mémoire est ineffaçable et vivace, on reste là et on vit.

Un roman original, mélancolique où la réalité se mêle à une poésie des émotions et du silence...comme à contre-courant de la solitude, un combat malgré soi pour survivre à l'irréparable.


Merci à BOB pour l'envoi de ce livre et la découverte de Brad Kessler, un auteur que je continuerais à lire.
4/5 champignons

samedi 4 juillet 2009

La petite amoureuse




Karine Quesada

Marie-Pierre Emorine


Editions Scarabéa
Collection Les mots doux
Paru en Juin 2009
Album Jeunesse à partir de 3 ans
Thèmes: Amour, Tendresse, Rose


La petite amoureuse voit la vie en rose...elle aime son amoureux. Coup de coeur ou coup de foudre ? La petite amoureuse parle d'amour avec des mots doux, de la tendresse dans le coeur, des palpitations, des tourbillons dans le ventre. Son amour est composé de sourires, de joie de vivre, de douceur et de rires enfantins. Cet album est lumineux! Ca pétille, ça rayonne, c'est tout doux, l'amour expliqué à la manière de la petite amoureuse. Cela nous offre une histoire à croquer, des dessins tout en arabesque, laissant défiler des courbes généreuses émanant du sentiment amoureux. Roses, rouges, les couleurs illustrent à merveille ce petit bout de rêve d'amour.


4/5 champignons

mercredi 1 juillet 2009

Le chagrin du roi mort

Jean-Claude Mourlevat

Editions Gallimard Jeunesse
402 pages
Paru en Mai 2009
Roman Adolescents dès 12 ans

Quatrième de couverture: " C'est une petite île froide, quelque part dans le nord.Le vieux roi est mort. Son corps repose sur un lit de pierre, sur la Grand-Place. Il neige. Il sera question de séparation, de guerre, de trois ciels différents, d'un premier amour. Il y aura une prophétie, des êtres qui se perdent dans l'immensité, une sorcière qui mange des têtes de rat. " Après le Combat d'hiver (2006), acclamé par la critique et récompensé par les plus grands prix littéraires, Jean-Claude Mourlevat nous éblouit à nouveau avec une bouleversante histoire de fraternité et de trahison. Une fresque flamboyante.

Aleks et Brisco sont deux frères que rien ne sépare. Ils sont toujours ensemble, à jouer, à rire, à se raconter des histoires qui ont à voir avec les légendes entourant Petite Terre. Ils vivent heureux, vont à la bibliothèque Royale et leurs parents Bjorn et Selma les aiment plus que tout au monde. Aleks désire se rendre sur la Grande Place car le roi de Petite Terre y repose à l'exposition de son peuple bien aimé. Aleks est curieux et malgré le froid, il se place devant le cercueil et reste là, malgré la neige à fixer le roi mort. Puis une étrange illusion s'empare d'Aleks. Un rêve ? une apparition ? Le roi mort lui parle mais il semble s'adresser à son frère Brisco. "Attention au feu" le prévient-il. Aleks revient à la réalité mais troublé par cette prophétie mystérieuse, il en fait part à son père. Peu de temps après, Aleks et Brisco vont à la bibliothèque Royale. Tout semble normal lorsqu'une femme, à la fois belle et effrayante, prend en main leur destin...


Le chagrin du roi mort est un formidable roman de fantasy. Il y a tous les ingrédients pour reconnaître ce registre prenant et captivant : un roi, une terre faite de légendes inoubliables et merveilleuses, une sorcière qui mange des têtes de rat, un nain musicien, une guerre pour la conquête de terres lointaines. Jean-Claude Mourlevat dépeint un univers extrêmement personnel et touchant où la fraternité et la puissance des liens familiaux sont à l'honneur et portent en eux des valeurs attachantes. L'ambiance créée, le décor et l'intrigue sont la source d'une imagination propice à l'émotion et au rebondissement. Le suspense est également à l'oeuvre entre prophétie mystérieuse et sombres secrets qui cachent un vice pour le pouvoir et pour le trône. Une histoire de trahison et de déchirure entre les hommes, un secret enfoui au sein de l'amour d'un foyer. On ne s'attend pas aux évènements, tout prend une tournure délicieusement imprévisible et extraordinaire.
Jean-Claude Mourlevat affiche une maîtrise incontestée pour conter les histoires, pour nous faire voyager dans le grand nord et nous embarquer dans un univers riche quasi mythique. Un récit fort et poignant par ce destin brisé de deux êtres qui, séparés dans l'enfance sont contraints de vivre indépendamment l'un de l'autre malgré des liens indéfinissables. Le chagrin du roi mort est un excellent roman de littérature de jeunesse, entre heroïc-fantasy et fresque merveilleuse, il sera question pour vous chers lecteurs et chers jeunes lecteurs, d'une histoire d'amour qui brave les dangers, d'une guerre interminable, d'une quête à la recherche de la vérité, d'une destinée fascinante.
Le nouveau roman de Mourlevat impressionne et charme par ses atours de saga romanesque et fantastique. L'écriture y est riche, fluide et alerte et les détails sont bluffants de précision. Le lecteur est happé et séduit par cette histoire d'une fraternité qui dépasse les liens du sang; pour ma part, je suis une lectrice comblée par l'imagination et la sensibilité avec lesquelles joue l'auteur. Un récit qui ne manque pas d'impact ni de tendresse, entre apprentissage de la vie et épopée, dont les héros sont d'emblée nos amis et nos compagnons pour une longue traversée au coeur de la neige, au coeur de deux frères...


Je remercie grandement Véronique et les éditions Gallimard Jeunesse pour l'envoi de ce roman!!! La couverture ne mentait pas! C'est un vrai, un bon roman de jeunesse, un roman comme on les aime.

L'avis de Clarabel.
5/5 champignons