jeudi 30 septembre 2010

Le tueur à la cravate

Marie-Aude Murail

Ecole des Loisirs
Collection Médium
Paru en Mars 2010
362 pages
11,50 euros

Romans ados dès 12 ans
Thèmes : Policier, Internet, Secrets

Quatrième de couverture : Grâce à quelques clics et une adresse mail bidon, Ruth Cassel a pu s'inscrire sur le site perdu-devue.com et y déposer une vieille photo de classe en noir et blanc trouvée dans les affaires de son père.La manip n'a qu'un seul but : l'aider à différencier les deux blondes aux yeux noisette sur la photo, Marie-Eve et Eve-Marie, respectivement la mère de Ruth et sa soeur jumelle, décédées à vingt ans d'intervalle. Très vite, comme s'ils avaient attendu ce signal, des anciens de la terminale C3 se manifestent. L'ex-beau gosse de la classe, une prof de philo à la retraite, une copine des jumelles et, en prime, un grand-père dont Ruth ne soupçonnait pas l'existence, s'empressent de répondre.Tout pourrait s'arrêter-là... Mais la photo de classe a réveillé de terribles souvenirs. Les e-mails évoquent un meurtre commis l'année de la terminale, celui d'Eve-Marie. Ils parlent d'un étrangleur récidiviste, le Tueur à la cravate. Bien plus effrayant, ils mettent en cause l'une des personnes que Ruth aime le plus au monde, son propre père, Martin Cassel... Ce thriller se double d'un journal de bord, Comment naît un roman (ou pas).Marie-Aude Murail y raconte au quotidien son métier d'écrivain et la lente élaboration de ce Tireur à la cravate. Suspense garanti !


Ruth Cassel s'est inscrite sur le site perdu-de-vue.com en créant une adresse mail bidon et en publiant une vieille photo de classe de sa mère, décédée d'une rupture d'anévrisme. Sur cette photo, sa soeur jumelle apparaît, mais son sort fut plus tragique : assassinée par le "tueur à la cravate" tel qu'on l'a surnommé à l'époque des faits, il y a de cela 20 ans. Le but : prêcher le faux pour connaître la vérité et enfin lever le mystère sur l'affaire Marie-Eve et Eve-Marie. Seulement l'adolescente de 14 ans ne pensait pas que cette photo allait réveiller de sombres secrets. Surtout que même derrière l'écran, le virtuel rejoint souvent la réalité et vient accuser le père de Ruth : Martin Cassel...

Vous le savez, les polars ce n'est pas ma tasse de thé... et pourtant, grâce à Marie-Aude Murail, je me suis laissée emportée par Le tueur à la cravate et je l'ai lu en une après-midi. Je n'en ai fait qu'une bouchée tellement l'intrigue m'a plu et m'a tenu en haleine. Comment résumer les bons points de ce roman ? Du suspense, une intrigue efficace, une bonne dose de subtilité et d'imprévisibilité, des personnages attachants au caractère bien affirmé. Un père mystérieux, pince-sans-rire, une petite soeur pétillante, une meilleure amie intenable...la galerie de personnages est alléchante et promet de belles répliques et des dialogues truculents. Le thème d'Internet, notamment de ses dangers sert un roman policier qui brille par son humour et son rythme. Le tueur à la cravate est bluffant, inventif, palpitant avec ce côté un peu ironique voire cynique des choses qui donne aux lecteurs des sueurs froides et une pointe d'adrénaline. Encore un excellent Marie-Aude même si je l'avoue, aucun de ses romans n'a encore réussi à détrôner son précieux Miss Charity dans mon coeur de lectrice!!

Le petit plus : le roman est suivi d'un journal de bord de l'écrivain : "Comment naît un roman (ou pas)" où Marie-Aude exprime ses craintes, ses doutes, ses idées. Comment est né Le tueur à la cravate ou le récit intime et intéressant d'une auteure qui aime ses lecteurs...

Les avis de Marie, Cathulu, Cachou, Thalie, Malice
Un grand merci à Sylvie et à l'Ecole des Loisirs pour la découverte du roman !

mercredi 29 septembre 2010

Malo de Lange, fils de voleur

Marie-Aude Murail

Ecole des Loisirs
Collection Neuf

Paru en Décembre 2009
276 pages
11 euros

Roman ados dès 9 ans
Thèmes : Aventure, Paris, XIXe


Quatrième de couverture : Du mystère ! Malo de Lange est le fils de personne.Rien ne permet d'identifier l'enfant recueilli en 1822 par l'abbé Pigrièche à l'orphelinat de Tours. Rien, sauf une marque tatouée sur son épaule, la fleur de lys des bagnards que découvrent, horrifiées, les demoiselles de Lange qui viennent de l'adopter. De l'aventure ! Malo n'a que douze ans, il est à peine éduqué, et déjà le voilà arraché à ses tantes adoptives par un certain Riflard, une brute qui se prétend son père, mais qui le bat et le séquestre.Malo parvient à s'échapper et part sur les routes à la recherche de son vrai père. De l'amour ! Elle s'appelle Léonie de Bonnechose, elle est belle, elle est riche. Malo a décidé que c'était sa fiancée, mais elle n'est pas au courant. Gagnera-t-il son cœur ? Aimera t-elle le fils du voleur ? Un héros partagé entre le bien et le mal ! Vagabond, bonimenteur, voleur à la tire, escorté du petit Craquelin, du gros Bourguignon et de La Bouillie qui lui apprend à jaspiner l'argot, Malo se retrouve avec sa bande à la taverne du Lapin volant qui connaît le secret de sa naissance, Malo en est persuadé. Oui, mais gare! A force de fréquenter la canaille, Malo risque de s'enfoncer dans le crime comme le couteau dans le beurre...


Malo de Lange, orphelin de son statut est receuilli par deux demoiselles bien charmantes qui, il faut le préciser ! voulaient adopter une petite fille. Mais à deux ans, Malo est un blondinet aux yeux bleus à croquer et les demoiselles de Lange ne peuvent résister. Dix ans plus tard Malo attire la curiosité d'un dénommé Riflard qui prétend être son père en mentionnant une marque au fer rouge symbolisant une fleur de lys, emblème du bagne et d'une filiation irréfutable. Malo tombe dans le piège. Enlevé et séquestré, il parvient in extremis et non sans ruse à s'échapper à cette bande de voleurs qui n'hésitent pas à piller et à tuer les honnêtes gens. Sur sa route, Malo croisera Craquelin, Bourguignon et La Bouillie, et ne manquera pas de tomber amoureux de la douce et raffinée Léonie de Bonnechose. Cette bande de joyeux lurons sillonne les routes pour finir au Lapin Volant, repaire de la plus vile canaille et lieu où Malo découvrira enfin le secret de sa naissance...

Malo de Lange, fils de voleur est l'histoire d'un orphelin qui fait son bonhomme de chemin et à qui, hélas il arrive des péripéties et des aventures pas toujours très catholiques !! Personnage attachant, il ne manquera pas de faire penser à un Huckleberry Finn ou mieux à Oliver Twist. Marie-Aude Murail affectionne particulièrement Charles Dickens, à la fois père spirituel, écrivain d'inspiration et dans Malo de Lange, fils de voleur, elle lui fait brillamment hommage. Le lecteur sera ravi de lire un roman d'aventure par excellence où l'humour est aussi original que provoquant. Nos héros sont des vagabonds, des grinches, au coeur pourtant pur et attendrissant. Nul doute que Malo se trouve devant des choix difficiles : entre le bien et le mal, l'argent et la vérité... J'ai beaucoup aimé me plonger dans ce Paris du XIXe siècle : les ruelles, l'argot, l'intrigue, le genre du roman-feuilleton : tous les ingrédients essentiels sont réunis pour ce roman jeunesse accessible dès 9 ans.


A lire les avis de Clarabel , Lucien sur Lectures&Cie, Cathulu, Hérisson, Cuné, Noukette, Theoma

Je vous recommande le livret Mon écrivain préféré : Marie-Aude Murail de Sophie Chérer paru en 2007, à commander gratuitement sur le site de L'Ecole des Loisirs

Roman lu dans le cadre "Découvrons un auteur" chez Pimprenelle, retrouvez tous les billets ici


mardi 28 septembre 2010

L'histoire du lion qui ne savait pas écrire



















Martin Baltscheit
Illustré par Marc Boutavant
Texte français de Bernard Friot

P'tit Glénat
Collection Vitamine
Paru en Septembre 2007
40 pages
11 euros

Album Jeunesse dès 3 ans
Thèmes : Illettrisme, Savane, Amour



"Parce que très tôt les tout-petits peuvent se familiariser avec les livres, les récits, découvrir le plaisir, l'intérêt de parler et d'agir dans le monde qui les entoure, l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme a choisi de valoriser les initiatives qui mettent les enfants en confiance et les aident à entrer progressivement dans les premiers apprentissages. Loin des idées reçues sur l'illettrisme, cet album concourt à un objectif majeur, celui de changer le regard que l'on porte sur les personnes qui y sont confrontées, et de rendre possible à tout âge leur accès à la lecture, à l'écriture et aux compétences de base en favorisant le déclic qui leur donne envie d'apprendre." Marie-Thérèse Geffroy (Directrice de l'anlci http://www.anlci.gouv.fr/)



Le lion c'est le roi de la jungle. Il rugit, il est fort et majestueux. Mais le lion voit une belle lionne et tombe amoureux. Romantique, il se dit qu'il devrait déclarer sa flamme par écrit. Difficile de résister avec une lettre d'amour !!! Oui mais, il y a comme un petit souci : le lion ne sait pas écrire... Il demande à son ami le singe de rédiger sa lettre. Hélas le singe parle de grimper aux arbres alors qu'une lionne comment dire... ne mange pas de bananes. Et le lion s'en va demander de l'aide à tous les animaux de la jungle. Chacun y mettant sa petite note personnelle...dans cette fameuse déclaration.

Avec justesse et humour, L'histoire du lion qui ne savait pas écrire est un album vivant, amusant et réjouissant. Chaque page est un vrai bonheur grâce aux illustrations colorées, enfantines et réjouissantes de Marc Boutavant. C'est plein de joie, d'exotisme et de détails à admirer. Avec sensibilité le texte évoque l'illettrisme en partant d'un point de vue original car l'illettrisme c'est ne pas savoir écrire mais bien plus encore c'est ne pas pouvoir s'exprimer. L'histoire du lion qui rugit pour dire son amour mais ne peut l'écrire est tout à fait pertinente. Sans pointer du doigt, sans juger, avec légèreté et intelligence, cet album est une petite perle pour donner l'envie d'apprendre tout simplement.

dimanche 26 septembre 2010

Mon cauchemar et moi

Yohan Sacré

Editions Manolosanctis
Collection Styx
Paru en Mars 2010
55 pages

BD Tout public
Genre : Fantastique, Etrange

Quatrième de couverture : Quel enfant ne s'est jamais réveillé en pleine nuit en proie à une terreur nocturne ? Plongé dans un univers haut en couleurs, notre jeune héros brise le tabou des peurs enfantines en se liant d'amitié avec son pire cauchemar. Son parcours initiatique avec cette étrange créature va cependant prendre au fur et à mesure du récit une tournure de plus en plus inquiétante... A mi-chemin entre le bestiaire fantasmagorique foisonnant de vie de Miyazaki et l'univers gothique de Burton, Yohan nous délivre un conte enfantin qui s'avère plus sombre qu'il n'y paraît.


Pour la petite histoire : j'avais déjà repéré cette Bd en librairie, attirée par sa mise en page, son graphisme original et sa couverture cartonnée aux couleurs très douces. L'ayant feuilleté, il était sur ma liste... Aussi quand Masse Critique l'a proposé, je me suis précipitée et je remercie sincèrement Babelio et l'éditeur pour la sélection et l'envoi...



Entre le graphisme d'un Billy Brouillard et l'atmosphère étrange d'un Tim Burton, Mon cauchemar et moi est une bande dessinée remarquable, réussie et surprenante. On entre très facilement dans un univers onirique original : celui d'un petit garçon qui rencontre un monstre dans un monde où tout est à l'envers. Les illustrations sont talentueuses et contrastent totalement avec cette inquiétante étrangeté. On sait que quelque chose va arriver mais le rêve dure et l'auteur nous met sur la voie grâce à des métaphores : les insectes que l'enfant vomit, les gargouillis qui proviennent du monstre, la forêt, les petites méduses roses dans le ciel. Alors que les illustrations sont douces, colorées faisant penser à un conte pour enfants, l'intrigue prend une tournure de plus en plus alarmante, flirtant avec un univers gothique, celui des angoisses, de la conscience à peine mesurée du danger, d'un imaginaire troublé. Mais dans Mon cauchemar et moi, le danger est subtil, profond, irrévocable et prend l'allure d'une image choc, émouvante et bouleversante. La fin ne manquera pas de dérouter les lecteurs qui ne s'attendront pas à cette issue. Une BD intelligente, magnifique, une lecture agréable que je ne suis pas prête d'oublier.




Pour en savoir plus

Page officielle de l'album avec interview, bibliographie de Yohan, extraits

vendredi 24 septembre 2010

Lettres d'amour de 0 à 10

Susie Morgenstern

Ecole des Loisirs
Collection Neuf
Paru en Décembre 2007
210 pages
8,50 euros

Roman Junior dès 9 ans/ Lecture 9/12 ans
Thèmes : Deuil, Vieillesse, Amitié


Quatrième de couverture : Ernest a dix ans.Dix ans de vide : sa mère est morte le jour de sa naissance et son père a disparu. Dix ans d'ennui : sa vie avec sa grand-mère, prénommée Précieuse, n'a rien de très exaltant : école, goûter, devoirs, soupe. Pas de téléphone, pas de télévision. Seule distraction : une mystérieuse lettre que le grand-père d'Ernest avait envoyée du front pendant la guerre, une lettre indéchiffrable. Ernest est bon élève, solitaire et taciturne, pour ne pas dire muet.Jusqu'au jour où Victoire de Montardent arrive dans sa classe et jette son dévolu sur lui. Car Ernest est beau, ce que les autres filles de la classe avaient déjà remarqué...


Lettres d'amour de 0 à 10 m'a vraiment étonné. Je ne m'attendais pas du tout à ce petit roman parfois très triste et pourtant très vif. Ernest, dix ans est un enfant monotone, sombre, solitaire et taciturne. Etrange non ? car à son âge les enfants débordent d'énergie et de joie. Mais la vie d'Ernest, depuis dix ans est parsemée de malheurs : sa maman est décédée et son père l'a abandonné à une grand-mère, Précieuse dont les habitudes sont pesantes et écrasantes. Aucune distraction hormis les livres. Pas de téléphone, pas de télévision, pas de couleurs et une vie aussi morne que prévisible : école, goûter, devoirs, lecture et soupe. Mais tous les dimanches, le rituel change grâce à une lettre du grand-père d'Ernest qui raconte l'Histoire, la guerre, une lettre indéchiffrable et bien mystérieuse, gardée comme un précieux trésor, scellée dans la mémoire de Précieuse. Jusqu'au jour où tout bascule. La petite vie bien rangée, bien cadrée d'Ernest est chamboulée par une camarade de classe explosive : Victoire Montardent, une bombe ambulante, une petite fille pleine de joie et pour cause avec treize frères et soeurs, sa vie est mouvementée.
Grâce à elle, Ernest va connaître l'amour, la jalousie à petite dose, l'amitié et des choses funs comme le supermarché et bien plus encore ...

Un roman pétillant grâce à une Victoire attachante et édulcorée qui vient chambouler un Ernest déprimé. Il était temps car on a peine à imaginer la tristesse d'un enfant privé de stimuli, de joie, de bonheur et de petits plaisirs... Mais le personnage de Précieuse, la grand-mère est touchant et donne au roman sa part de nostalgie, de tristesse face au deuil. Avec humour et sensibilité, Susie Morgenstern évoque la fraternité avec peps, la vieillesse avec poésie, l'amitié avec bonheur. Un très bon moment de lecture que je ne suis pas prête d'oublier !


Les avis de Clochette, Thalie et j'en oublie sûrement alors n'hésitez pas, manifestez-vous!!

mercredi 22 septembre 2010

Un automne à Kyoto

Karine Reysset

Ecole des Loisirs
Collection Médium
Illustrations de Pauline Reysset
Paru en Avril 2010
176 pages
10 euros

Roman ados dès 12 ans
Thèmes : Découverte, Japon, Amour

Quatrième de couverture : Passer l'automne à Kyoto.Toute une saison, autant dire une éternité... Margaux en rêvait depuis toujours. Mais la veille de son départ pour le Japon, elle n'a plus envie. Entre-temps, elle a rencontré Mathias et ça change tout. Comment va-t-elle supporter ces trois longs mois de séparation, privée de Mathias, de ses caresses et ses baisers ? Pour ne rien arranger, elle vient d'apprendre que sa mère ne faisait plus partie du voyage et qu'elle-même allait jouer les jeunes filles au pair, coincée entre un père pas facile à vivre et une petite soeur énergique comme une pile électrique.Si elle savait ! Là-bas, Margaux va s'émerveiller devant ses premières feuilles d'érable rouges, les momiji, les fleurs de camélia et les temples illuminés. Elle va rencontrer Eric Dufay, jeune photographe au sourire carnassier et aux yeux pétillants qui a un don certain pour l'agacer. Là-bas, l'automne va passer plus vite que prévu.


"L'automne rivalise avec le printemps dans le coeur des Japonais. Si les deux saisons se ressemblent par l'agrément du climat, elles divergent par la beauté, celle de l'automne, empreinte non de l'éclat du renouveau, mais de la mélancolie du déclin, faisant surgir des sentiments plus profonds. Si les fleurs de cerisier évoquent le printemps, l'automne a pour symbole l'érable du Japon, qui prend alors des couleurs rouges si intenses qu'elles peuvent se refléter sur le papier des portes coulissantes d'une proche maison."

Marc Peter Keane, L'art du jardin au Japon



Un automne à Kyoto est un roman charmant et élégant. Charmant comme l'est Eric, le photographe que Margaux va rencontrer lors de son voyage au Japon et élégant comme le sont les érables inspirant sérénité et force. Margaux, seize ans part avec son papa et sa petite soeur à Kyoto. Ce voyage est l'occasion pour ses parents de prendre du recul, alors qu'elle, amoureuse de Mathias, éprouve une certaine appréhension face à la distance qui les sépare. Mais Eric, jeune artiste lui fait découvrir un univers artistique fascinant : les temples japonais, les fleurs, des photos proches des estampes. Grâce à lui, dans ce lieu magique, elle vit des moments rares de plénitude empreints de mélancolie. L'automne à Kyoto est synonyme pour Margaux d'instrospection, de sentiments profonds, d'une maturité qui prend son envol et devient passion. Elle grandit, elle devient artiste. Dans son carnet de voyage, elle consigne des listes amusantes, des croquis, des réflexions, le tout fraîchement accompagné de haïkus et de Notes de chevet sur des choses éphémères ou bien immortelles comme l'amour et la solitude.

Bien sûr, il y a de la poésie parce qu' Un automne à Kyoto nous plonge dans une écriture esthétique, profonde, nostalgique. C'est un roman d'apprentissage, celui du passage de l'adolescence à l'âge adulte, des tourments affectifs, de l'affirmation de soi. Mais ce qui est agréable dans la lecture c'est cette tonalité respectueuse de la nature, inspirant calme, lenteur et zénitude malgré la tempête d'émotions qui ravage le coeur de Margaux. C'est très beau parce que cela nous parle de la vie, de ses chagrins et de ses joies, ça nous évoque des images, des senteurs, des couleurs et des souvenirs...


mardi 21 septembre 2010

Pourquoi Emma-Jane est tombée de l'arbre, et ce qui s'ensuivit...

Lauren Tarshis

Bayard Jeunesse
Collection Millézime

Traduit de l'anglais (USA) par Jean-Baptiste Dupin
Paru en Septembre 2010
218 pages
10,90 euros

Roman Junior dès 10 ans
Thèmes : Amitié, Différence, Ecole


Quatrième de couverture : Étrange, intelligente et raisonnable, Emma-Jane aime résoudre des problèmes et étudier les insectes, son perroquet. Henri, perché sur son épaule... À l'école, les filles de la classe se moquent d'elle. Pourtant, le jour où elle trouve Coleen Pomerantz en train de sangloter dans les toilettes, Emma-Jane se promet de lui venir en aide en utilisant ses capacités logiques. Et c'est alors que le petit monde bien ordonné d'Emma-Jane vole en éclats.Car il n'est pas certain que ce soit avec des formules mathématiques que l'on puisse consoler les gens...


Emma-Jane est une curieuse jeune fille pour ses camarades de classe. Souvent à part, seule, aux idées saugrenues et aux répliques étranges, les filles se moquent d'elle. Mais lorsqu'Emma-Jane tombe par hasard sur les sanglots de Coleen Pomerantz, cette dernière s'aperçoit qu'Emma-Jane est certes singulière mais d'une extrême gentillesse. Emma-Jane a écouté d'une oreille attentive sa camarade triste...mieux que ça, Emma-Jane s'est mis en tête d'aider Coleen grâce à son don pour trouver des solutions à n'importe quel problème, même si pour cela il faut aller au devant de quelques ennuis et faire l'impasse sur le concept d'honnêteté...


Pourquoi Emma-Jane est tombée de l'arbre, et ce qui s'ensuivit... est un roman amusant tout comme son titre qui attire la curiosité. C'est drôle, fraîs mais l'originalité tiendra surtout au personnage d'Emma-Jane. Attachante, un brin déconnectée de la réalité, elle incarne l'amitié et la solidarité sur fond de différence des personnalités. De surprises aux effets imprévisibles aux moments de tendresse, ce roman est sympathique et aborde des thèmes très variés : le deuil, la solitude, le regard des autres sur soi, la recherche de bonheur. Roman d'apprentissage au ton léger, il saura plaire aux juniors par son écriture vive et son ton optimiste. Un roman qui se lit bien vite, idéal pour les 10/12 ans...

dimanche 19 septembre 2010

Les Chaussures

Gigi Bigot et Pépito Matéo
Isabelle Chatellard


Didier Jeunesse
Paru en Mars 2010
28 pages
14 euros

Album Jeunesse à partir de 8 ans
Thèmes : Exil, Immigration, Guerre


"Elles étaient perdues.
Perdues dans les rues d'une ville sans nom. Toutes recroquevillées dans la neige et le froid de l'hiver... Deux chaussures de petite taille qui ne voulaient plus avancer. "




Poésie des mots, sobriété des illustrations et noirceur des couleurs, Les Chaussures raconte la Seconde Guerre mondiale du point de vue d'une paire de chaussures que porte une petite fille. Les chaussures portent l'insouciance, l'innocence et les sourires d'une enfant qui très vite, perdra sa joie de vivre à cause de la peur. Se cacher, fuir, longer les murs sont autant d'actes qui vont peser sur les chaussures tout comme sur celle qui les portent. On le voit avec les illustrations : au début les chaussures sont admirées, heureuses, elles courent, sautent (couleurs rouges, couleurs chaudes) mais petit à petit elles se recroquevillent, se font silencieuses. Un manteau blanc recouvre la peur. Les illustrations sont magnifiques, tristes et sombres, les perspectives sont plongeantes et la jeune fille est minuscule, écrasée par le poids de toute cette violence. Grande originalité de raconter la guerre du point de vue d'une paire de chaussures car c'est très symbolique et très poétique. Les chaussures portent les émotions, elles symbolisent le mouvement, la marche ou au contraire le repli sur soi : la migration, l'exil loin de tout bonheur. Isabelle Chatellard a réalisé un album très beau où les illustrations sont en complète harmonie avec un texte très doux et sensible, où tout est suggéré et infiniment plus saisissant.

Pour infos :
Les auteurs reversent leurs droits à la CIMADE (Comité inter-mouvements auprès des évacués) Depuis 1939, la CIMADE accompagne l'histoire du monde, celle des guerres, des révolutions, des déplacements de populations, des migrations, des famines et des exils. Elle poursuit une mission de soutien, de réconfort, de solidarité et d'aide juridique aux migrants.
L'avis de BelleSahi

samedi 18 septembre 2010

Faim de loup et C'est à moi chez Didier Jeunesse

Faim de loup

Eric Pintus
(Texte)
Rémi Saillard (Illustrations)

Didier Jeunesse
Paru en Février 2010
30 pages
11,90 euros

Album Jeunesse dès 3 ans
Thèmes : Faim, Loup, Moqueries





La faim, c'est la faim, tu as faim !



Encore une histoire qui commence par la faim... Il s'agit d'un loup qui erre dans la forêt. Il a faim. Il ne pense qu'à ça !! La faim, c'est la faim!!! Il a faim. Puis hop!! pas de bol! il tombe dans un piège d'homme. Un gros trou! C'est fini!! Adieu la vie de loup!! Il a faim! Il ne pense qu'à ça. Il entend une voix, de grandes oreilles! Il fait l'équation : c'est le lapin. Ce dernier rigole! Il se moque du loup et pire l'insulte. Mais pendant ce temps là, le loup il a faim. La faim, c'est la faim, tu as faim...
Un album super drôle. Tout y est : les dessins expressifs et des couleurs accrocheuses. Un texte pimpant et rythmé par ce leitmotiv. La scénographie des pages quand le lapin envoie ses mots au loup et le dénouement de l'histoire. Un album très réussi tant au niveau des illustrations que de l'histoire qui a sa petite touche d'originalité et de gaieté.



C'est à moi d'abord

Son-hee Jeong

Didier Jeunesse
Traduit du coréen par Yeong-hee Lim
Paru en Mai 2010
30 pages
11,90 euros


Album Jeunesse dès 3 ans
Thèmes : Disputes, Relations soeurs

C'est à moi d'abord c'est l'histoire de deux soeurs qui se chamaillent parce que l'aînée ne veut pas jouer avec la petite dernière. Elle est solitaire mais la petite soeur la taquine et lui pique ses jouets. Bagarres, chamailleries, petites crises hystériques entre deux soeurs, C'est à moi d'abord exprime avec justesse et espièglerie ces relations pas toujours jolies jolies. Mais les illustrations nous font sourire, les deux pestes sont mignonnes avec leurs joues toutes joufflues. Un album à l'humour bon enfant et plein de malice.

mercredi 15 septembre 2010

Comme un poison dans l'eau

Carl Hiaasen

Gallimard Jeunesse
Collection Folio Junior
Traduit de l'anglais (USA) par Yves Sarda
Paru en Septembre 2010
326 pages
6,60 euros

Roman Junior à partir de 10/11 ans
Thèmes : Aventure, Protection de la nature et de l'environnement

Quatrième de couverture : Le jeune Noah a des soucis ! Son père a coulé un bateau qui déversait illégalement ses eaux sales dans leur jolie baie de Floride, et se retrouve en prison.Comment l'aider ? Avec l'aide d'un matelot farfelu, d'une barmaid au grand coeur et de sa jeune soeur, l'intrépide Abbey, Noah met sur pied un plan si fou qu'il pourrait bien stopper la pollution, sauver les plages menacées, et prouver que le méchant n'est pas celui qu'on croit. Une aventure hilarante, pleine de suspense, au parfum d'égout et de scandale. Cari Hiaasen défend la beauté sauvage de la Floride avec un humour dévastateur.
A propos de l'auteur : Carl Hiaasen écrit sur la Floride depuis que son père lui a offert sa première machine à écrire pour ses six ans.A l'époque, il s'agissait d'articles tapés avec deux doigts sur les parties de ballon ou les matches de softball de son quartier, qu'il distribuait ensuite à ses amis. Aujourd'hui, Carl Hiaasen, éditorialiste au Miami Herald, est l'auteur de nombreux romans à succès, comme Fatal Song ou Queue de poisson, pour ne citer que les derniers parus. Chouette, le premier roman de Hiaasen pour la jeunesse, a remporté de nombreux prix dont, entre autres, le prestigieux Newbery Honor.Il vient d'être porté à l'écran par Wil Shriner.

C'est la première fois que je lis un roman de Carl Hiaasen. J'étais très intéressée par Comme un poison dans l'eau pour son thème : la protection des animaux et de la nature. Notre histoire a pour cadre la Floride. Imaginez les bateaux, la marina, le côté bling bling des soirées branchées... Mais ce paradis artificiel va vite déchanter : La Reine de Corail, le bateau-casino de Dusty Muleman a coulé... Le coupable ? Le père de Noah. Sa raison ? La Reine de Corail déversait ses eaux sales en pleine baie de Floride, là où les enfants se baignent. Beurk!! En prison, le père de Noah est bien décidé à faire entendre sa voix: accuser Dusty Muleman de pollution. Noah doit trouver un moyen d'aider son père car l'affaire prend de l'ampleur auprès des médias et son père est traité comme un dément irresponsable et violent. Noah doit chercher des preuves mais lorsqu'en pleine nuit d'espionnage, il constate que les employés de La Reine de Corail raccordent le bateau à la fosse sceptique, Noah doute des dires de son père...

Comme un poison dans l'eau est un roman d'aventure qui a pour toile de fond une enquête policière et un message écologique. Entre aventure rocambolesque et humoristique (espionnage, séance de filmage raté) et sensibilisation à la protection de la faune et de la flore, Comme un poison dans l'eau nous régale de personnages atypiques, attachants et débridés. L'intrigue est bien menée, à la fois intelligente et vivifiante. Les relations enfants/parents, frère/soeur et jeunes/adultes sont bien décrites sur fond d'une tendresse parfois hilarante. On sent que l'auteur a écrit avec son coeur : il défend la Floride, lieu natal et admire ses paysages, ses beautés, désireux de dénoncer le pouvoir de l'argent et de la corruption aisée. Comme un poison dans l'eau est finalement un roman qui nous parle de respect et d'amour de la nature. Un roman qui se veut aussi fraîs qu'original.

A lire le billet de Faelys qui a lu Panthère il y a peu et qui apprécie beaucoup cet auteur !
Un grand merci à toute l'équipe de Gallimard Jeunesse

mardi 14 septembre 2010

Petites et grandes histoires des animaux disparus

Hélène Rajcak
Damien Laverdunt

Actes Sud Junior
Ouvrage réalisé en collaboration avec Cécile Colin et Luc Vives du Muséum national d'Histoire naturelle
Paru en Août 2010
77 pages
19,50 euros

Album Jeunesse/ Documentaire à partir de 9 ans
Thèmes : Animaux, Préhistoire, Nature, Ecologie

Quatrième de couverture : Il y a des centaines, des milliers d'années, vivaient sur Terre des animaux étranges : le castor géant, bien plus grand qu'un homme ; l'éléphant nain de Sicile ; l'oiseau-éléphant, haut de 3 mètres ; le grand lémurien surnommé " tratratratra ", le célèbre dodo...Chassées par les hommes, affaiblies par les changements climatiques, ces espèces ont peu à peu disparu de la planète. Ce qui nous en reste, ce sont des traces ou des empreintes étudiées par les scientifiques, des récits d'expédition, et aussi d'étonnantes légendes que ce livre nous fait découvrir...




Tout le monde connaît le dodo, créature lointaine du conte Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, devenu populaire... mais saviez-vous que cet animal n'est pas imaginaire et qu'il a bel et bien existé...et même que c'est l'étymologie du terme "dodo" qui donna l'expression "faire dodo".
Connaissez-vous le Tratratratra, étrange cousin du lémurien vivant à Madagascar vers le XVIIIe siècle, dont on lui prête une origine humaine ?

Entre documentaire scientifique et bandes dessinées, Petites et grandes histoires des animaux disparus est un album étonnant. A la fois drôle et décalé par ses questions farfelues, cet album parcourt les cinq continents et fait l'inventaire des animaux disparus. Le message se veut clair et écologique car la majorité de ces espèces ont été décimées par les hommes qui pratiquaient de manière abusive la chasse. Ainsi nous n'avons pas connu la Rhytine de Steller ou "vache de mer", espèce disparue en 1768. Le documentaire se compose comme suit : une double page consacrée à un animal le présentant grâce à une question humoristique "L'oiseau roc était-il un bon moyen de transport ?" ; s'ensuit une page de type BD et d'une page informative qui expliquera le nom, l'habitat, les causes de la disparition.

Ce documentaire est original, à la fois grave parce qu'il s'agit de sensibiliser au thème de la protection de la nature et des animaux car les facteurs climatiques sont loin d'être la cause majoritaire de l'extinction de ces espèces; et intéressant dans sa présentation (contes mythologiques, expressions verbales, légendes, récits...) car l'animal est abordé d'un point de vue culturel. A noter les superbes illustrations qui font la richesse de cet album, dessinées avec précision et dignes d'un vrai travail naturaliste.


samedi 11 septembre 2010

Espionne de Sa Majesté

Mary Hooper

Gallimard Jeunesse
Traduit de l'anglais par Bee Formentelli
Paru en Septembre 2010
300 pages
12 euros

Roman ados dès 12 ans
Thèmes : Angleterre, Aventure, Magie

Quatrième de couverture : Nommée espionne De Sa Majesté Elizabeth Ire après lui avoir sauvé la vie, Lucy attend avec impatience de se voir confier sa première mission.Tandis que grondent des rumeurs de complot venues d'Ecosse, d'étranges soupirs se font entendre dans la maison du magicien. Un fantôme hante-t-il les lieux? Lucy réussira-t-elle à percer les sombres secrets qui s'y trament? Après La Maison du magicien, découvrez la suite des aventures de Lucy, jeune fille intrépide, plongée au coeur des intrigues qui agitent la cour d'Angleterre au XVIe siècle, dans un roman captivant à l'atmosphère envoûtante.

La presse en parle : "Auteur de plusieurs livres pour enfants et adolescents, Mary Hooper a écrit un roman particulièrement prenant, à l'atmosphère envoûtante, ancré dans une période historique à la fois troublante et passionnante, riche d'une foule de détails quotidiens et dans lequel elle distille savamment la magie et le danger." BOOKS FOR KEEPS

Dans La Maison du Magicien, Lucy notre héroïne, a fui le domicile parental et s'est retrouvée au service du Docteur Dee en tant que bonne d'enfants. Lucy sauve in extremis la reine Elizabeth Ière et rencontre Tomas le fou. Dans Espionne de Sa Majesté l'impatience de Lucy est manifeste. En effet, nommée espionne de la reine Elizabeth, Lucy est dans l'attente d'une nouvelle mission et espère très vite revoir Tomas dont les charmes ne la laisse pas indifférente. Mais dans la maison du magicien Dee, Lucy entend des rumeurs préoccupantes : un complot contre la reine Elizabeth Iere se met en place. L'ombre de la reine d'Ecosse Mary Stuart plane sur le trône et Lucy doit empêcher le pire...

Roman historique, roman d'aventures, Espionne de Sa Majesté mêle encore une fois brillamment les différents genres. Complots politiques, enlèvements, intrigues à la cour et relations amoureuses, ce roman ne manque pas de piquant et se veut aussi riche que coloré. Les décors, les détails de la vie quotidienne à l'époque élisabéthaine sont réussis : une Angleterre pleine de charme avec ses marchés, ses foires d'hiver au bord de la Tamise. Si le premier tome nous faisait découvrir les atouts de la vie à la cour de la reine, ce second tome est plus critique : il nous montre l'injustice d'une reine qui refuse le mariage pour ses dames alors qu'elle-même batifole à tout va. J'ai aimé la description authentique des jeux, des théâtres lors de la foire d'hiver, divertissements de l'époque qui donnent un ton faribolant au roman. C'est une lecture agréable, plaisante et en même temps palpitante que nous offre Mary Hooper. Lucy est toujours une héroïne attachante, rusée, intuitive, sensible et intrépide, prête à tout pour sa reine. Le dévouement reste intact. Amoureuse de Tom le fou, elle n'en est que plus impatiente et réjouissante. On retrouve l'univers particulier de La Maison du magicien avec cette part de mystère, de magie et de nécromancie qui donne au roman, outre sa dimension historique, sa part de fantastique et d'aventures rocambolesques. A dévorer de toute urgence pour tous ceux qui ont apprécié le premier tome.

Un grand merci à toute l'équipe de Gallimard Jeunesse

Chambres Noires Tome 1 Esprit, es-tu là ?

Olivier Bleys (Scénario)
Yomgui Dumont (Dessins)

Vents d'Ouest
Paru en Juin 2010
55 pages
13 euros

BD Tout public

Paris, 1876. Le cabinet de "photographie fluidique" de la famille Pénouquet fait l'objet d'un article atypique et original par un dénommé Louis-Théodore Mordier, chroniqueur à la Science Illustrée. L'atelier de "photographie fluidique" comme l'indique son nom propose à ses clients de poser auprès de leurs chers défunts. Après une séance de spiritisme brillamment orchestrée par Ninon, la fille biologique, les clients passeront dans la chambre noire et se feront photographier par Lazare. Jusqu'ici tout va bien mais ce qui d'emblée interpelle le lecteur est la manière de "faire venir" les défunts afin qu'eux aussi prennent la pose. Evidemment, vous l'aurez compris, cette séance de spiritisme est une supercherie tout comme les clichés, truqués de surcroît grâce à l'entremise de deux frères jumeaux déguisés en spectres acrobatiques. La famille Pénouquet est une famille insolite : Samson le chef de famille peint les portraits et Camille, son épouse défunte hante son propre portrait en parlant à travers lui. Il y a les enfants biologiques qui se résume à Ninon et il y a le clan des adoptés : Lazare, les jumeaux Tristan et Louise, Bertille la petite dernière, muette s'exprimant à l'aide d'une ardoise et d'une craie. Mais dans la maison Pénouquet vit également le chien Erratum, l'oncle Arsène et Gang. Tout ce petit beau monde mène une vie des plus baroques et farfelues jusqu'au jour où un vrai fantôme apparaît sur un cliché. Au même moment les jumeaux sont enlevés... Quel lien établir entre le spectre apparu sur la photo et cette étrange disparition ?

Chambres Noires est une BD au charme rétro. Le spiritisme du XIXe siècle, expérience à la fois sombre et excitante est la toile de fond d'une enquête policière. Il y sera question de La Salamandre et d'une pointe de fantastique qui donne à cette BD son scénario étonnant et envoûtant. Sans oublier des illustrations à l'humour pétillant, entre l'univers de Kerascoët (pour les décors et l'ambiance qu'on reconnaît dans Miss Pas Touche) et celui de Joann Sfar. On s'attache facilement à cette famille décalée, à cet univers fait de combines, de situations cocasses... Une BD réussie car le rythme est effréné, l'action s'emballe et le suspense est présent d'un bout à l'autre des planches. Vivement le tome 2...


Découvert grâce au billet de Miss Jo

vendredi 10 septembre 2010

La vie avant moi

Colas Gutman
Illustrations de Delphine Perret

Ecole des Loisirs
Collection Mouche

Paru en Septembre 2010
37 pages
7 euros

Quatrième de couverture : Léonard a sept ans aujourd'hui, l'âge de raison, dit-on.Le petit garçon est impatient d'ouvrir ses cadeaux. Mais son père et sa mère, eux, ne semblent pas pressés. Son père lui demande : Léonard, est-ce que tu sais comment on fait les bébés ? Et il commence à lui raconter comment sa mère et lui se sont rencontrés. " Au départ, il y avait Brigitte. " " C'est quoi Brigitte ? Un cadeau ? Une poudre pour faire les bébés ? Drôle d'anniversaire ", se dit Léonard.Un livre pour les enfants qui aiment déjà lire tout seuls.

C'est un texte plein de malice et de joie que nous propose Colas Gutman. C'est l'anniversaire de Léonard et il va avoir sept ans. Heureux et impatient, il n'attend qu'une chose : son cadeau. Mais lorsque ses parents décident de discuter, ça commence à trotter dans sa tête. Parce qu'avant Léonard, il s'est passé bien des choses et qu'après lui, apparemment il s'en passera encore !! Il est temps que Léonard apprenne les choses de la vie lui explique son père, et même de savoir comment faire les bébés. C'est là, dans l'imagination réjouissante, bizarre d'un enfant de sept ans qu'on rencontre une femme à barbe, une poudre à bébés et d'autres inventions hallucinantes ! Le discours des parents évoque des images, des métaphores, des détours dans la tête de notre bambin. Colas Gutman offre un roman délicieux, amusant où l'humour est parfaitement sublimé par les illustrations pétillantes de Delphine Perret. Une lecture agréable...

Merci Sylvie pour cette lecture!

mercredi 8 septembre 2010

Alchimie

Beth Fantaskey

Editions du Masque
Collection MsK
Traduit de l'anglais (USA) par Nathalie Jakubowski
Parution le 8 Septembre 2010
396 pages
17 euros

Roman ados dès 13 ans
Thèmes : Fiction autour d'une oeuvre littéraire, Amour, Transformation

Quatrième de couverture : Dans le laboratoire du père de Jill Jekel, il y a une boîte fermée à double tour. Jill sait qu'elle ne doit y touhcer sous aucun prétexte. Mais quand son père est retrouvé assassiné dans des circonstancecs mystérieuses et qu'elle découvre que ce dernier avait vidé le compte en banque destiné à payer ses études, elle n'hésite plus. Car cette boîte contient le secret de la transformation du célèbre Dr Jekyll en son alter ego maléfique, Mr Hyde. En reproduisant cette formule, Jill décrochera certainement la bourse d'études qu'elle convoite. Au laboratoire elle est aidée par son ami Tristan Hyde, dont les motivations sont plus obscures... et plus dangeureuses. Parviendront-ils à résister au pouvoir de l'élixir? Tout n'est qu'une question d'alchimie...

Jill Jekel vient de perdre son père, tragiquement assassiné dans un parking. Traumatisée, elle doit faire face à la dépression de sa mère et apprend que son père faisait des expériences chimiques illégales. Pour les financer, il aurait vidé le compte en banque de Jill alors qu'elle économisait pour son entrée en fac. C'est partagée entre la douleur et la colère que Jill s'adresse à la seule personne qui pourrait lui venir en aide. Si Tristan Hyde accepte de participer au concours de sciences, elle aurait une chance de toucher une belle somme d'argent. Jouant sur le célèbre roman de Stevenson, L'étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde, ils décident de s'associer. Mais si Jill est motivée par l'espoir de rentrer dans une bonne fac, le cas de Tristan est quant à lui plus préoccupant. Persuadé d'être la victime de la malédiction des Hyde, ces expériences lui permettrait de tuer la bête qui sommeille en lui et qui ne demande qu'à s'exprimer avec violence et sauvagerie...

J'avais adoré Comment se débarrasser d'un vampire amoureux car Beth Fantaskey est l'une des rares à savoir conjuguer littérature classique et modernité. Dans Alchimie ,c'est le roman de Stevenson qui fait office d'intrigue. Beth Fantaskey a décidé de nous surprendre en nous offrant une sorte de suite à l'étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde. La lignée des Hyde a perduré et chaque homme de la famille serait atteint de générations en générations d'une sombre malédiction : celle de révéler leur côté sombre, leur "Mr Hyde" mauvais et meurtrier.
Face à ce personnage torturé, tourmenté et ténébreux, forcément Beth Fantaskey oppose la timide Jill, toujours en retrait, gentille et innocente, prête à se faire marcher sur les pieds. Mais si Jill manque de confiance en elle ; sa rencontre avec Tristan va la changer. Ce qui est d'ailleurs très intéressant dans le roman de Beth Fantaskey est le thème de la transformation. Evolution dans la personnalité d'une Jill qui n'arrive pas à capter son image, qui se cherche encore et n'ose pas s'affirmer. J'ai aimé la métaphore du portrait, clin d'oeil évident au Portrait de Dorian Gray. Beth Fantaskey maîtrise à la perfection le thème de la métamorphose, de l'âme humaine et des vices enfouis. Alchimie est un bon roman jeunesse, divertissant bien que Beth Fantaskey reprenne les ficelles du succès de son premier roman : du fantastique, une dose de classique et une histoire d'amour pour pimenter le tout !!

En tout cas, ce qui me plaît le plus et ce qui est à retenir c'est qu'Alchimie confirme l'originalité de l'auteur à savoir donner le goût de lire et de découvrir des classiques de la littérature tout en sachant s'adapter à la tendance actuelle des romans ados. Et pour ma part si un roman réussit ce pari, alors c'est un excellent roman qu'on pourra conseiller...


Les avis de Schlabaya, Herisson08, Laure
Un grand merci à Anne et aux Editions du Masque pour l'envoi surprise!


Vous aimez la chimie, les expériences, les héros fous de Einstein et compagnie ?
Vous appréciez les romans à suspense ?
Si Alchimie vous plaît, n'hésitez pas à lire le dernier roman publié par Les éditions du Masque, Les étranges talents de Flavia de Luce d'Alan Bradley

dimanche 5 septembre 2010

Les Yeux d'Opale

Bénédicte Taffin

Gallimard Jeunesse
704 pages
16,50 euros

A paraître le 9 Septembre 2010

Roman ado à partir de 14 ans
Genre : SF, Fantastique, Merveilleux
Thèmes : Aventure, Guerre, Moyen-Age, Liberté, Amour

Quatrième de couverture : Il était une fois deux planètes que rien ne prédisposait à se rencontrer… Sur Opale, dans le royaume médiéval de Kindar, la princesse Héléa accède au trône après la mort tragique du roi son père et la disparition de son frère, le prince héritier Sylfin. Méprisée et menacée par les seigneurs du royaume à cause de son ascendance « chimar», elle décide de leur livrer bataille et s’offre en gage de victoire. Sur Onyx, Angus, jeune homme épris de liberté prend part avec d’autres rebelles commandés par son père à l’organisation d’une expédition secrète visant à échapper à l’emprise des Intelligences Artificielles quiles contrôlent et à s’établir sur une planète encore non terraformée. Leur vaisseau effectue un atterrissage en catastrophe sur la planète Opale en plein coeur de la bataille. L’arrivée des Onyxiens va alors bouleverser l’ordre politique et social de leur planète d’adoption…
A propos de l'auteur : Née dans le pays ch'ti, Bénédicte Taffin s'expatria vers les terres parisiennes pour y fonder une famille. L'esprit souvent dans la Lune, c'est tout naturellement qu'elle s'est tournée vers la Science-fiction. Très jeune, elle se sut affectée par le virus de l'écriture, noircissant des pages bien au-delà du coucher du soleil. Un jour, elle découvrit Dune (Franck Herbert), un véritable choc. Les dragons de Pern (Anne Mc Caffrey) déployèrent alors leurs ailes pour l'emmener jusqu'à Ténébreuse (Marion Zimmer Bradley). C'est là qu'elle sut qu'elle avait une histoire à raconter. Elle laissa alors le monde d'Opale lui dévoiler ses mystères.

Les Yeux d'Opale est le premier roman jeunesse de Bénédicte Taffin. Jeune auteure encore inconnue, je vous prie de croire qu'elle a un immense talent...

Deux planètes : Opale et Onyx, s'opposent en matière d'espace-temps. Sur Opale c'est une hiérarchie religieuse qui domine, fondée sur le modèle d'un royaume médiéval : l'ordre de Zahulam. La princesse Héléa accède au trône après la mort de son père le roi et la disparition de son frère Sylfin, légitime héritier au trône. Sa prise de fonction est très mal considérée par le peuple opalien à cause de son origine "chimar". Les chimars étant des créatures différentes venues des Sept Enfers, perçues comme des monstres et dont il faut se débarrasser. C'est dans la terreur, la violence et la guerre qu'Héléa devra se battre pour faire valoir ses droits. Sur Onyx, on quitte le Moyen-Age pour voyager dans le temps. Société à haute technologie, Onyx est une planète à utopie ultra-sécuritaire, dirigée et contrôlée par les IA (Intelligences Artificielles). Angus et une poignée d'hommes, rêvant de liberté et de choix, détournent un vaisseau de colonisation afin de rechercher une planète où ils pourraient repartir de zéro. Une planète sans IA, non formatée par l'informatique et la technologie. Opale et Onyx, deux planètes qui n'auraient jamais dues se rencontrer et pourtant le vaisseau d'Angus va s'écraser sur Opale, en plein coeur du royaume d'Héléa...

Les Yeux d'Opale est un roman foisonnant, extrêmement riche par les différents univers qu'il propose aux lecteurs. Entre SF et Fantasy, c'est bien la Science-Fantasy qui prédomine, un mélange du Seigneur des Anneaux et d'un Star-Wars. Bien sûr, c'est caricaturer une oeuvre qui est ici d'une grande qualité et dont l' intrigue est maîtrisée avec une force d'évocation étonnante. L'écriture est visuelle, les détails de chaque planète sont pensés avec précision et rigueur. Les Yeux d'Opale peut vraiment saisir par son originalité romanesque et stylistique. L'idée de confronter deux espaces-temps différents est génialissime : un monde futuriste, utopie et règne de la machine contre l'époque médiévale avec son ordre religieux Zahulam. Les Yeux d'Opale flirte également avec l'essence même du roman jeunesse à savoir le roman d'initiation et nous gratifie de personnages fragiles mais déterminés, faisant face à des choix difficiles. Héléa et Angus sont nos deux héros, deux personnages attachants et réjouissants, bravant l'injustice d'une civilisation fondée sur l'intolérance. Il s'en suit des questionnements existentiels et philosophiques car Les Yeux d'Opale, c'est aussi un formidable plaidoyer pour la liberté de penser, la liberté d'agir selon sa conscience. C'est la tolérance des personnages qui vient s'opposer à la notion de guerre, d'esclavage et de société formatée.

Je ne saurais vous en dire plus car Les Yeux d'Opale est un livre à découvrir tant il y a d'éléments intéressants et captivants. Un roman dont la portée n'est pas seulement destinée aux adolescents mais aussi aux adultes qui sauront y déceler une réflexion intelligente sur notre propre monde. Un voyage initiatique vertigineux, marqué par une imagination forte et créatrice. L'intrigue multiplie les points de vue et l'écriture se révèle surprenante. Un roman qui porte finalement sur une quête d'harmonie loin de toute violence, de toute souffrance. Un roman qui jette un regard percutant sur toutes les formes possibles d'agression morale, psychologique et physique. Voilà ce que l'on retiendra des Yeux d'Opale et bien plus encore car le roman sait jouer avec les rebondissements et le suspense.


Pour en savoir plus :
Le
blog de Bénédicte Taffin où vous trouverez des extraits du roman, des infos...
Merci à toute l'équipe de Gallimard Jeunesse pour la découverte en avant-première

samedi 4 septembre 2010

Trois princesses et patati et patata

Marie Vaudescal
Illustré par Magali Le Huche

Gallimard Jeunesse
Collection Folio Cadet
Paru en Septembre 2010
96 pages
6 euros


Roman cadet/ Lecture à partir de 8 ans
Thèmes : Princesse, Humour, Mariage

Quatrième de couverture : Panique au château : le prince Colombe a été enlevé la veille de son mariage. Radegonde, sa promise, peut heureusement compter sur l'aide de ses deux cousines pour retrouver son fiancé. Les voilà lancées sur ses traces. Et elles papotent et se disputent et patati et patata... Trois princesses pour un prince, c'est un peu trop, vous ne croyez pas ? Une histoire de princesses, pétillante et drôle, qui prouve qu'il ne suffit pas de faire comme tout le monde pour être heureux.

Trois princesses et patati et patata c'est l'histoire délurée et amusante de trois princesses qui se mettent en route pour sauver le prince Colombe enlevé il y a peu. Les deux cousines de Radegonde : Bertille et Ida ont d'abord prévu de partir sans Radegonde. Oh les petites coquines!! mais leur cousine, espionne en herbe les en empêche. La raison ??? Colombe est le fiancé de Radegonde alors c'est à elle de partir à son secours... Sur le chemin, les trois pestes se disputent, cherchant querelles et chiffonnages. Bref, le parcours sera long jusqu'au prince.

Un roman cadet sympathique, bourré d'humour et de charme. L'écriture de Marie Vaudescal est espiègle, un brin décalée, tout en tendresse et moquerie. Les trois princesses sont de vraies pestes, surtout Radegonde, pénible à souhait. Elle invente mille excuses pour ralentir ses deux cousines. Tous les prétextes sont bons pour ne pas sauver le prince!! Mais pourquoi?? Les situations cocasses arrachent des sourires et les dialogues sont vifs et truculents. Les illustrations de Magali Le Huche sont pleines de vivacité et s'harmonisent parfaitement avec cette ambiance délurée. Trois princesses et patati et patata est une lecture aussi intelligente qu'attachante : nos héroïnes d'un autre temps défendent avec ardeur et drôlerie la liberté et le choix de notre destinée, nous proposant ainsi une fin totalement imprévisible.


Sortie le 2 septembre en librairie avec Bogueugueu entre en sixième de Béatrice Fontanel (illustré par Marc Boutavant)
Un grand merci à toute l'équipe de Gallimard Jeunesse...

jeudi 2 septembre 2010

Au nord du monde

Marcel Theroux

Editions PLON
Collection Feux croisés

Traduit de l’anglais par Stéphane Roques
Paru en Août 2010
296 pages

22 euros

Genre : SF, Contre-Utopie, Anticipation

RENTREE LITTERAIRE 2010

Quatrième de couverture : A la frontière d’un monde perdu et glacé, Makepeace-shérif d’une ville de Sibérie vidée de ses habitants-patrouille dans les rues désertes, sauvant les livres et les armes des décombres. Cette terre froide et inhospitalière porte les stigmates de la catastrophe qui a détruit le monde alentour. Mais c’est là aussi que Makepeace découvre des preuves de survie lorsque le ciel au-dessus de sa tête est pour la première fois traversé par un avion. Alors Makepeace prend la route, à cheval, les armes à la ceinture et l’espoir chevillé au corps. Ses pas laissent derrière eux l’empreinte de nos angoisses sur la survivance de notre civilisation mais sèment l’espoir, malgré tout, de la rédemption. La quête hantée et bouleversante d’un personnage qui explore, à travers un monde dévasté, le genre humain et la possibilité de sa fin. Au bout de ses pas, de son souffle, et de sa force, la fable renaîtra ou expirera avec Makepeace.
A propos de l’auteur : Marcel Theroux vit à Londres où il est romancier et réalisateur de documentaires. Au nord du monde est son premier roman traduit en France.



Dans un avenir proche et incertain, Makepeace sillonne les rues désertes d’une ville de Sibérie. En ruines, sales et abandonnées, les rues sont témoins d’une catastrophe qui petit à petit à éradiquer l’espèce humaine. Makepeace, « faiseur de paix » est shérif et sauve ce qui peut encore l’être : les livres et les armes, rescapés d’une civilisation perdue. C’est à Evangeline que Makepeace patrouille lorsqu’il découvre un homme en train de piller des armes. La confrontation est immédiate et Makepeace, dans ce climat d’insécurité constant, n’hésite pas à se défendre et à blesser l’ennemi. Mais le shérif est une personne capable de bonté et c’est chez lui qu’il soignera Ping, d’origine chinoise. L’intimité se faisant, Makepeace découvre avec stupeur la féminité de Ping et réciproquement les deux femmes se rapprochent. Car Makepeace est aussi une femme déguisée en homme pour survivre. Makepeace protège Ping qui, enceinte, n’avait pas d’autre choix que de fuir, se cacher afin de mener à terme sa grossesse. Hélas, Ping meurt quelques temps plus tard et Makepeace se retrouve seule, en proie aux angoisses d’une « époque ravagée » par la guerre, la famine et la violence. Comment l’homme en est-il arrivé à cette déchéance qui résonne comme une fin du monde ? C’est alors que l’espoir renaît lorsqu’allongée dans un lac, à l’écoute d’une nature sauvage du Grand Nord, Makepeace aperçoit un avion. Persuadée qu’il provient d’une base qui a su garder un semblant d’humanité et d’hospitalité, Makepeace prend la route, à cheval et s’en va en quête d’un peu de conviction dans un monde qui a perdu ses repères et ses valeurs…

Western d’un genre nouveau, moderne et visionnaire, Au nord du monde place son intrigue au cœur d’une société post-apocalyptique. Cette société, cela pourrait être aisément la nôtre, entre décadence des valeurs humaines, catastrophes climatiques et idéologies extrêmistes. Guerre, armes massives, famine ont provoqué une fin du monde, la fin du genre humain tel qu’on le connaît actuellement : les femmes doivent vendre leur corps en échange d’un peu de nourriture, les hommes pillent et s’entretuent. Ce contexte n’est pas improbable et Au nord du monde prend des accents étonnamment réalistes et saisissants. Le « chacun pour soi » prime et des milices se forment sur l’unique parole d’un homme. Sur son chemin, Makepeace rencontrera des communautés qui ont crée leurs propres règles, fondées sur la Bible. La Nouvelle-Judée est au cœur de la Sibérie, régie par un groupe d’hommes qui font la loi et réduisent les plus faibles à l’esclavagisme et au travail forcé. Les dérives religieuses ne sont pas épargnées dans un roman qui ressemble fortement à une critique implicite des dérives de notre société, de ce qu’elle pourrait être. Au nord du monde décrit l’histoire d’hommes quittant les Etats-Unis en quête d’un nouveau Monde, la Russie autrement dit le Grand Nord. Cette colonisation de la Russie est synonyme d’utopie aux aspects prophétiques : la Nouvelle Judée contre le capitalisme américain. Jusqu’au jour où peuplée en abondance, cette terre fait l’objet de conflits, de tensions. Doit-on accueillir et partager ses biens avec les nouveaux arrivants ou les laisser à l’abandon ? Vaut-il mieux se défendre et les tuer au mépris de la religion ou se laisser voler ? Les hommes se divisent et s’affrontent, précipitant leur chute. Au nord du monde pose des questions d’ordre existentielles, philosophiques et idéologiques car nul ne peut connaître sa réaction face au chaos. Avidité et instincts délictueux s’imposent dans un climat hostile à la survie de la nature humaine. L’écriture de Marcel Theroux est d’une grande force morale, d’une qualité indéniable. Roman d’anticipation inventif, Au nord du monde est une longue route difficile à la recherche d’un peu d’optimisme que l’on trouve paradoxalement dans la nostalgie d’une héroïne courageuse, attachante et magistrale…Un roman intelligent dont la puissance d’évocation force le respect.




L'avis tout aussi enthousiaste de Cunéipage

Vous pouvez retrouver ma chronique sur en association cette année avec CULTURA